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Crânes rasés et idées courtes (Courrier International)

Publié le 05 juin 2008 par Aurialie

Cette semaine, Courrier international fait sa une sur les gangs de jeunes et leur violence. La Russie y a sa place, par la multiplication des actions de groupes de jeunes néonazis. Ci-dessous la traduction d'un article de Evguenia Zoubtchenko publié dans Novoïé Vremia

Dans les grandes villes russes, des groupuscules néonazis recrutent des ados de plus en plus jeunes. Leur jeu favori : agresser ceux qui ne sont pas blancs.

Tous les jours, nous sommes informés de nouvelles agressions visant des étrangers, au point que nous en sommes devenus blasés. Pour les défenseurs des droits de l'homme, toutefois, ces attaques ne sont pas une simple succession de cas isolés. Sous l'égide du Bureau des droits de l'homme de Moscou sera bientôt publié un rapport sur l'implication de jeunes dans ce qu'il faudra bien appeler des organisations terroristes. Ce document an­nonce que de nombreux groupuscules d'extrême droite pourraient à court terme se transformer en véritables organisations de combat, et que ces mouvements effectuent un véritable travail de sape. Les militants des droits de l'homme qui surveillent les activités de ces nationalistes affirment que nous avons d'ores et déjà affaire à un mouvement clandestin néonazi structuré.

Leur étude porte un long intitulé : “L'implication des jeunes dans les activités d'organisations terroristes de combat : un facteur de déstabilisation des relations interethniques dans la Russie contemporaine”. Elle a été rédigée par l'avocat Sergueï Belikov, déjà auteur de plusieurs ouvrages sur les “crânes rasés” en Russie. Cet expert note qu'il y a encore quinze ans la xénophobie concernait surtout les personnes âgées. C'est au milieu des années 1990 que la situation a basculé. La jeune génération s'est révélée très réceptive aux idées radicales d'extrême droite. Dès le début des an­nées 2000, le niveau de xénophobie de la jeunesse dépassait nettement celui de la plupart des autres tranches d'âge.

La situation sociale et politique de la Russie a contribué à politiser les jeunes. D'une masse amorphe de fans de contre-culture et d'autres courants informels ont émergé un certain nombre de groupes dotés d'une idéologie propre. Le mouvement des skinheads, vieux d'une dizaine d'années, exerce sur les relations interethniques une influence négative dont on constate partout les effets. Selon les chercheurs, la Russie comptait en 2007 pas moins de 141 groupuscules de jeunes extrémistes.

Ces “crânes rasés” ont de plus en plus recours à la violence physique directe à l'encontre de leurs adversaires idéologiques : cela va de l'insulte jusqu'au meurtre, en passant par toutes sortes d'agressions. Leur tactique habituelle consiste à s'attaquer en bande à une victime isolée. Ce genre de bandes existe dans la majeure partie des grandes villes. Pour l'instant, les violences se limitent à des attaques de rue, mais M. Belikov estime que, si cela continue, certains fanatiques seraient capables de planifier des “agressions systématiques dirigées contre des groupes de personnes”. Les bandes de jeunes se transformeraient ainsi en organisations terroristes. Les faits montrent que de tels groupes existent déjà.

Sergueï Belikov cite plusieurs exemples, dont le groupe Borovikov, une bande d'extrémistes responsables de meurtres d'étrangers dirigée par Dmitri “Kisly” Borovikov, qui a été tué en 2006 par les forces de l'ordre. Ce groupe rappelle les exactions de la fameuse “légion Werwolf” [en allemand, “loup-garou” ; nom d'unités nazies de lutte clandestine à la fin de la Seconde Guerre mondiale], démantelée par la police en 1994. Cette organisation conspiratrice néonazie sévissait dans les régions de Moscou et de Iaroslav. Belikov rappelle également l'attentat du marché de Tcherkizovo.

Galina Kojevnikova, vice-directrice du centre d'information et d'analyse Sova, nous confirme que ces drames ne font pas partie d'un avenir hypothétique, mais bel et bien de notre terrible quotidien. “Dès aujourd'hui, nous avons affaire à une mouvance néonazie clandestine organisée. Pendant trop longtemps, personne n'a prêté attention au phénomène, et voilà le résultat. Maintenant, le parquet de Moscou s'occupe vraiment des skinheads, mais il aurait fallu réagir il y a quatre ans, dès les premiers raids de ces bandes sur les marchés de Iassenevo et d'Orekhovo.” Les skinheads sont pour l'essentiel des mineurs. Fait inquiétant, si les adolescents viennent de plus en plus jeunes grossir les rangs de ces mouvements, les plus âgés ne décrochent pas. Auparavant, après s'être “amusés” un moment, ils arrêtaient de participer. Aujourd'hui, ils restent et, pis encore, reviennent parfois après leur sortie de prison. Pour Mme Kojevnikova, c'est un indice de profonds changements chez les néonazis. Or cette vague de terreur ne pourra pas être stoppée par les moyens habituels, tels que les arrestations en flagrant délit. “Lutter contre ces groupuscules passe par un vrai travail de renseignement, qui n'est pas mené à ce jour. Ce qui complique la situation avec les skinheads, c'est leur âge : comment trouver des adolescents pour infiltrer ces organisations ? C'est tout simplement illégal.”

Alexandre Brod, directeur du Bureau des droits de l'homme de Moscou, souligne lui aussi l'imminence du danger : “Ils sont bien armés, suivent un entraînement spécial et fabriquent des explosifs. Ils représentent une sérieuse menace pour la sécurité publique.


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