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[Chronique] Dr. Dre – Compton

Publié le 11 août 2015 par Wtfru @romain_wtfru

DrDre-compton(Aftermath/Interscope)

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L’été se passait tranquillement dans le monde du rap, un peu trop peut être, seulement secoué par l’album de Future – à peine – et le clashounet entre Drake et Meek Mill – un peu plus-.  Jusqu’à l’annonce aussi surprenante qu’excitante de l’arrivée pour le 7 août d’un album de la légende Dr. Dre.
DETOX ENFIN ?!? APRÈS SEIZE ANS D’ATTENTE ?? Non. L’arlésienne du docteur ne verra finalement jamais le jour et c’est sans doute un mal pour un bien après de trop nombreuses rumeurs entourant le projet durant plus d’une décennie, provoquant l’écœurement. A la place, Dre lance Compton, album concept qui se place en parallèle du film Straight Outta Compton, retraçant la carrière de N.W.A., son fameux groupe. Et d’annoncer qu’il s’agit ici de son tout dernier disque. C’est dire l’événement.

Débarrassé du poids de Detox une fois pour toute, l’ami Andre peut relâcher la pression et se faire plaisir. C’est d’ailleurs ce qui ressort en premier à l’écoute de l’album. Il n’y a pas de volonté de révolutionner le genre, bien conscient que la relève, biberonnée à sa musique, s’en chargera, mais juste de jeter un coup d’œil dans le rétro d’une riche carrière et d’offrir un ultime kif’ aux fans. Difficile de ne pas y trouver son compte, il faut bien l’avouer. On retrouve l’ADN du son « Dre » façonné pendant plus de vingt ans, que ce soit à travers les bangers surpuissants Just Another Day ou Satisfiction renvoyant directement à Chronic 2001 ou les vibes de chill d’un All In a Day’s Work et de l’immense Genocide.

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Dr Dre – Genocide (feat. Kendrick Lamar, Candice Pillay & Marsha Ambrosius)

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Ne pas croire cependant qu’il s’agit d’un opus d’un vieux croûton de cinquante berges, ancré dans le passé. Dr. Dre est bien trop fort pour ça et son oreille de génie n’a pas failli. On parle là du plus grand producteur rap de l’Histoire. Peut être pas au sens beatmaking et technique du terme mais bien d’un ingé son/lanceur de talents sans concurrence. Rien n’est laissé au hasard donc et l’on croise tout un tas d’ambiance bien d’aujourd’hui et totalement dans l’air du temps. Si la trap de Talk About It n’est pas forcément bien sentie, des productions comme Deep Water ou For the Love of Money et son sample de Bone Thugs-n-Harmony auraient largement leur place sur n’importe quel album de n’importe quel rappeur à la mode d’aujourd’hui. Que ce soit Drake, ASAP, Schoolboy Q ou Kendrick Lamar, ce dernier étant présent d’ailleurs sur plusieurs tracks.

Il faut en placer une pour lui tant qu’on y est. Lamar prouve une fois de plus qu’il est en train de marquer le rap de son empreinte, chacun de ses couplets étant une claque dans la tronche, mention pour Deep Water et Genocide. Et son influence se ressent même sur Dre en personne, lui qui n’a jamais aussi bien rappé que sur cet album. On le voit ne pas hésiter à voler des skills de son poulain (c’est criant sur Genocide) et sans doute à kicker des couplets sortis de son jeune cerveau. Sans parler de cette construction d’album autour du quartier de Compton et de ses dangers, et qui se veut cohérente et pensée comme un film, renvoyant naturellement à Good Kid M a a d City, loin de l’effet compilation de hits que l’on pouvait craindre

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Dr Dre – Deep Water (feat. Kendrick Lamar, Justus & Anderson .Paak)

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Kendrick n’est évidemment pas le seul guest présent sur Compton. Que serait un album du docteur sans son casting d’invités ? Pour clore le chapitre en beauté, Dre a convié tous les rappeurs qui ont accompagné sa carrière (et qui lui doivent beaucoup). Et chacun veut y aller de son couplet fort pour marquer le coup. On retrouve un Snoop Dogg plus énervé que jamais dans One Shot One Kill avant de sortir sa panoplie du cool guy pour Satisfiction, un Game du niveau de The Documentary et les XZibit, Ice Cube ou encore Cold 187um d’Above the Law en vieux tauliers sûrs de leur force. Seul Eminem est irritant à vouloir trop en faire sur Medicine Man, comme trop souvent ces derniers temps. Manque juste 50 Cent pour compléter le tableau mais qui s’en chagrine honnêtement ?
Il y a aussi des petits nouveaux, prêts à reprendre le flambeau: King Mez qui a l’honneur du premier couplet de l’opus, le texan Justus et le très intéressant « poseur de refrain » Anderson .Paak.

Pour les productions, Dre délègue toujours autant et il est important de rendre hommage à ces ghostproducers trop souvent dans l’ombre des têtes d’affiche. Ici DJ Dahi, le toujours présent Focus…, Best Kept Secret et mention pour Dem Jointz, en co-production de certains des meilleurs morceaux. Quelques gros noms viennent également filer un coup de main, DJ Khalil, Bink et surtout Dj Premier pour une collaboration de légende entre deux des plus grands noms du hiphop sur Animals. Bref, la fête est belle.

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Dr. Dre – Satisfiction (feat. Snoop Dogg, Marsha Ambrosious & King Mez)

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Dr. Dre – Animals (feat. Anderson .Paak)

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Attention cependant à ne pas s’enflammer de trop non plus, on est loin d’être sur un classique en devenir. Il y a quelques moments de flottement, It’s All On Me, Medicine Man ou Talking In My Diary en tête, objets pop-rap emo à l’air de déjà-vu qui renvoient aux derniers albums (très moyens) d’Eminem. On n’a clairement pas signé pour ça. Puis le tout manque peut être un peu d’énergie, d’un peu plus de titres phares – un ou deux gros tubes à grande rotation quoi-, pour avoir une durée de vie très longue.
Mais il ne faut pas faire les fines bouches. Déjà que l’on ait un album de Dre, c’est une victoire après toutes ces années d’attente frustrantes. Et qu’il tienne aussi bien la route, c’est carrément un bonus.

Maintenant il est l’heure de remercier l’un des hommes les plus importants de l’Histoire du rap et de la musique tout court. Son impact aura été immense à travers plus de deux décennies et on ne peut qu’être admiratif du parcours. Chapeau bas monsieur Andre Young.

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3.5

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