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Gottfried Honegger : le jeu de l’art et du hasard

Publié le 20 août 2015 par Pantalaskas @chapeau_noir

Il lui aura fallu attendre ses quatre-vingt dix sept ans pour que Gottfried Honegger obtienne une exposition personnelle au Centre Pompidou de Paris. Ceci n'est pas sans rappeler le cas d'Aurélie Nemours  accédant elle aussi à une exposition monographique au Centre Pompidou pour ses quatre-vingt quatorze ans.honeggerTableaux-reliefs

À travers une cinquantaine d’œuvres (dessins, peintures, sculptures), l’exposition consacrée à Gotffried Honegger retrace une trajectoire artistique totalement dédiée à l’art concret en portant l'éclairage sur un aspect de son œuvre : les Tableaux-reliefs.
A travers l’Europe, dans les années d’après-guerre, de nouveaux signes de vitalité confortent le mouvement de l’abstraction géométrique. Sur le terreau de l’art concret Zurichois poussent des idées neuves. Avant de partir aux États-Unis pour y exercer la profession de graphiste puis de s’installer à Paris au début des années soixante, le jeune artiste Gottfried Honegger fréquente à Zurich les artistes du groupe Allianz. Intéressé par les recherches de Max Bill, Richard Paul Lohse, Joseph Albers sur des systèmes déterminés, Honegger  prend ses distances, éprouvant quelque ennui par ce qu’il estime constituer un résultat connu d’avance. Ce n’est qu’en 1958, lors de son  séjour à New York, qu’il montre pour la première fois des peintures monochromes dont la surface est animée par des éléments géométriques répétitifs en faible épaisseur, les Tableaux-reliefs.

Honegger tableau

Cercle et carré 1961/1963 Gottfried Honegger

La lecture du livre de Jacques Monod Le Hasard et la Nécessité, en 1970,  puis la rencontre avec le musicien Pierre Barbeau exercent une influence décisive sur son travail. Il comprend alors que l’aléatoire doit se combiner avec un programme. Avec un mathématicien, il crée des dessins sur ordinateur. Pour Gottfried Honegger, le hasard détermine la matière créative de la nature. Depuis les années 1990, les Tableaux-reliefs  accèdent à la troisième dimension avec notamment les pliages.
Je garde personnellement  le souvenir marquant de ma rencontre avec Gottfried Honegger encore parisien dans les années quatre vingt dix. Cet artiste dont l’œuvre signalait son orientation vers un art concret rigoureux sans être pour autant sévère, exprimait avec force la volonté de retrouver la fraîcheur de l'enfance, le jeu sous toutes ses formes.
Souvent l'art concret s'est vu associé aux notions de rigueur,  voire d'austérité. Il est remarquable d'observer combien la personne de Gottfried Honegger m'est apparue à l'opposé de ces qualificatifs. L'homme, passionné, a tout connu, tout vécu. Venu en France, puis aux Etats-Unis, puis en France, puis en Suisse, il a dû épuiser ceux qui ont voulu le suivre à la trace. Il rencontre Miro, Le Corbusier, Arp, Hans Richter, Sam Francis, Barnett Newmann, Franz Kline, Rothko, Calder, Seuphor...

Espace de l'art concret

A son âge, avec sa notoriété, Honegger aurait pu consacrer, comme d'autres, son énergie et ses moyens au bénéfice de sa propre gloire. Plutôt que de se construire un cénotaphe majestueux, il a préféré donner du sens à la promotion de l'art concret qui a animé sa vie. Sybil Albers et Gottfried Honegger ont fait des choix de collectionneurs durant leur vie entière. Ils ont voulu rendre leur collection accessible au public. Mise en dépôt auprès de la ville de Mouans-Sartoux dans un premier temps, cet ensemble a fait l’objet d’une donation à l’état français en 2000. Six cent œuvres  regroupant cent quatre vingt artistes de multiples nationalités ont constitué ce fond exceptionnel. L'engagement des donateurs s'est confirmé au cours de cette décennie, avec trois donations complémentaires qui ont permis d'enrichir les grands ensembles déjà existants, aussi bien historiques que thématiques. L'Espace de l'art concret à Mouans-Sartoux a fêté l'an passé les dix ans d'existence de son bâtiment référence. Devenu Fonds National d’Art Contemporain, l’Espace de l’Art Concret est inauguré en 1990. En juin 2004, le centre d'art inaugurait un bâtiment manifeste : la Donation Albers-Honegger destinée à conserver et présenter le fonds d'œuvres concrètes données à l'État français entre 2001 et 2004 par Sybil Albers, Gottfried Honegger, Aurelie Nemours et la Browstone Foundation.
L'exposition du Centre Pompidou, en privilégiant la présentation des Tableaux reliefs  accentue peut-être l'aspect rigoureux de l'oeuvre d'un artiste dont la vie n'a pas ignoré la fantaisie, le plaisir du jeu, la richesse de ce que l'on nomme hasard à défaut de meilleure définition. Gottfried Honneger me disait : "L'art est un jeu. On dit : jouer le piano, jouer la peinture, jouer la musique, jouer la vie !"

Photos: Centre Pompidou

Gottfried Honegger
24 juin 2015 - 14 septembre 2015
Centre Pompidou
75004 Paris.


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