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Où partir avant qu'il ne soit trop tard ?

Publié le 26 août 2015 par Pralinerie @Pralinerie
On continue nos lectures qui font cogiter avec cet ouvrage d'Alrid Molstad. Pour les vacances, certains cherchent de l'exotique, de l'authentique. Pour cela, ils vont au bout du monde. Mais à quel prix pour ce lieu ? Comment le visiter sans le dégrader ? Et nos voyageurs trouvent-ils réellement ce qu'ils venaient y chercher ? On voudrait tous découvrir notre propre petit paradis mais avec l'explosion du tourisme et des vols low cost, on est rarement seul dans notre île.  Où partir avant qu'il ne soit trop tard ? Voilà la problématique qu'expose Molstad :"J'ai commencé à m'intéresser aux raisons qui pouvaient expliquer pourquoi elles [les destinations] perdaient si souvent et si vite leur identité, beaucoup parmi elles étant désormais marquées d'une boite de péremption invisible. Le tourisme était en train de ronger ce qui les avait justement rendues attirantes à l'origine : les modes de vie et de pensée, la nature et l'environnement". Je vous propose donc de le suivre dans un petit tour du monde de lieux de rêve !

Birmanie. Voyager ou rester chez soi ? 

Non, être touriste ne signifie pas simplement profiter des voyages. Dans certains lieux, le tourisme a un poids politique et financier qui dépasse le divertissement. Ainsi, faut-il ou non se rendre en Birmanie ? Est-ce qu'y aller c'est financer forcément le régime des généraux ? Faut-il suivre l'appel de Aung San Suu Kyi au boycott ? A travers le récit de son voyage en Birmanie, les rencontres qu'il a pu y faire, le journaliste propose un tourisme attentif et responsable, qui montre aux birmans que le monde ne les oublie pas et qui apporte des subsides directement aux habitants, en évitant le plus possible les entreprises d'état. Il souligne toutefois qu'une bonne partie de nos devises finance tout de même la junte et lui donne du crédit.

Croatie. La Méditerranée telle qu'elle fut autrefois

Après la guerre des Balkans, il est peut-être difficile de revenir dans des lieux que l'on a connu plus riants. Pourtant, le rôle du tourisme est essentiel pour la relance de cette économie, pour l'emploi des populations, pour la conservation des lieux d'histoire. C'est ce que Molstad appelle le tourisme solidaire, un tourisme qui permet au pays de se reconstruire de l'intérieur, avec sa population. Il y oppose les investisseurs étrangers qui viennent acheter des châteaux et les transformer en hôtels en les dénaturants ou qui bétonnent des plages sauvages... Il signale qu'il vaut mieux miser sur le long terme pour dénaturer le moins possible son pays et que les gains à courts termes sont souvent fatals pour le charme d'une destination. "Pensez à chacune de vos transactions comme à un vote -"J'aime, ça rend l'endroit spécial"- et investissez votre argent dans ce qui préserve le caractère de l'endroit."

Norvège. Å et après ?

Il est des lieux où le tourisme devient plus rentable que les activités traditionnelles : le tourisme peut-il alors participer à la sauvegarde de ces façons de vivre ou vient-il forcément les détruire ? Pour répondre à cette question, quel meilleur lieu que les petits villages de pêcheurs norvégiens ? Là, les activités traditionnelles deviennent un Disneyland pour touristes, une vitrine, un décor... Quel est l'avenir de ces lieux dont les habitants deviennent des acteurs ? 

Costa Rica. Un jardin d'Eden ?

A travers l'exemple du Costa Rica, on aborde la question de l'écotourisme, respectueux de l'environnement. C'est la nature qui est le véritable but du voyage et le touriste est prêt à agir (ou à payer) pour la garder intacte. Là encore, il est question d'investir dans ce qui préserve la destination et ce qui profite à la population.

Dubaï. Enraciné dans le sable

Je crois que c'est avec cet exemple que je me suis vraiment rendue compte qu'on ne voyageait pas tous de la même façon et que le tourisme responsable dont nous parlait l'auteur depuis le début du livre s'adressait essentiellement à des personnes très à l'aise financièrement. Quid des voyages low cost des humbles ? Visiblement, on peut plus ou moins aller se faire voir ! L'expérience du désert est celle de l'espace, du silence et du temps ; c'est aussi pour notre auteur des excursions dans le désert qui soient le plus neutre possible... Et pour faire les choses bien (et de façon confortable), il faut limiter le nombre d'accès aux lieux. Comment le faire ? Par l'argent ! Vous allez me dire que pour certaines destinations, c'est déjà le cas. Mais là, le tourisme deviendrait un luxe inabordable.

Venise. Une beauté fragile

Le tourisme de masse rend Venise fragile : elle est inhabitable car hors de prix, elle s'enfonce, se dégrade... et risque de disparaître. Faut-il la sanctuariser et préférer à la visite réelle une visite virtuelle ? C'est un tourisme du pauvre que propose Molstad : moins impactant pour les lieux, plus propre... mais tellement fade !

Kenya. Rêve d'Afrique

Séjour de rêve avec des Massaï : accueilli chez eux, notre journaliste les suit dans un safari à pied. Pas question de safaris en voiture qui abîment le paysage, on reste dans une relation de respect avec les lieux et les hommes. Mais là encore se pose la question de l'influence du touriste sur le pays qu'il visite, ce en quoi sa façon de vivre change celle des habitants et gomme leur identité. Vaste problème, inhérent au tourisme depuis ses origines.

Vietnam. Un périple à vélo

Cet exemple asiatique complète la question posée plus haut sur le changement des modes de vie : "A Sapa, il n'est pas nécessaire de vendre beaucoup de broderies pour que le revenu des ventes dépasse ce que rapporte un mois de longues journées à travailler dans les rizières en terrasse. En quelques années seulement, le tourisme a bouleversé la structure familiale de plusieurs ethnies. Les hommes ont perdu beaucoup de leur pouvoir. Aux yeux des touristes, ils ont été éclipsés par les femmes, plus entreprenantes. Quand ce sont les broderies qui nourrissent une famille, la personne chargée de subvenir aux besoins de la maison n'est plus la même". 

Cuba. L'île aux vieilles voitures américaines

Rien de très neuf dans cet exemple. Il y est question du tourisme à bas coût. Des clubs qui ne mettent même pas les touristes en contact avec la population mais profitent uniquement des ressources.

Bali. L'île des dieux

Avec l'exemple de Bali, il est amusant de voir que le tourisme peut détruire comme renforcer une culture. Ainsi, il semble que c'est parce que les visiteurs viennent pour leur culture que les Balinais ont commencé à se rendre compte de son importance. Certes, cette culture a certainement été modifiée, ne serait-ce que parce qu'elle a acquis une valeur économique que les habitants ne lui accordaient pas. Mais ce changement semble se faire avec les habitants, en conservant les racines historiques et religieuses. Mais pour combien de temps encore ?  Les chapitres suivants reprennent les questionnements déjà présentés plus haut. Je ne vais donc pas vous assommer avec de nouveaux exemples mais simplement vous indiquer les titres, pour que votre lecture vous porte vers ce qui vous attire le plus.

Penang (Malaisie). La perle de l'Orient

Maroc. Le Maroc au petit bonheur

Rwanda. Rencontre avec les gorilles géants

Aruba (Caraïbes). Les îles de nos rêves

"Voyager aux quatre coins de la planète n'est pas un droit mais un privilège" conclut Molstad. Et voyager a un réel impact, notamment environnemental. La question du changement climatique, esquissée dans chaque destination (ou presque) est considérée de manière globale par rapport au tourisme : l'auteur rappelle que nos voyages ne sont pas neutres en carbone, que nous avons à respecter et à favoriser la conservation de la nature là où nous nous rendons... Il présente le tourisme comme une activité responsable : c'est à nous de décider où vont nos capitaux lorsque nous voyageons. En investissant localement, nous pouvons aider à conserver un peu d'authenticité aux lieux. Le seul point qui me titille un peu est celui du tourisme écoresponsable, compris uniquement comme un tourisme de luxe. Plus de voyage pour les autres ?

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