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Les pères, des héros, vraiment ?

Publié le 01 septembre 2015 par Davidme

Faire de sa vie un roman. Un roman dramatique. Un roman immense par sa puissance littéraire, mais aussi évidemment par la puissance de son propos, de son histoire. « Profession du père » de Sorj Chalandon paru chez Grasset est un uppercut qui confirme que Chalandon (Mon Traître, Retour à Killybegs, La légende de nos pères, le quatrième mur) est certainement l’un des plus grands auteurs français contemporains. Il faut lire tout Chalandon pour lui donner tout le succès qu’il mérite, tellement il touche juste, toujours, quelque soit le thème abordé.

L’histoire est simple. C’est celle d’un père omnipotent, omniscient qui a été compagnon de De Gaulle, footballeur professionnel, fondateur des compagnons de la chanson et aussi agent secret. André Choulans, le père d’Emile, est même un membre influent de l’OAS. Dans son omniscience, André impose ses lubies à Emile et à son meilleur ami. Lui ordonne des choses improbables et lui inculque une discipline militaire loin de tous les bonheurs de l’enfance : le rêve, l’imaginaire, la créativité.

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Evidemment, pour Emile cette situation si elle est au départ valorisante – il fait partie de l’OAS à 13 ans ! – devient vite un poids. Immense. La crédulité de l’enfant face à ce père mythomane compulsif, violent, et spectateur de son propre spectacle, vient de l’amour absolu qu’il lui porte. Cet amour n’en finira pas d’être déçu, malmené pour finalement être réduit à peau de chagrin...

Comme toujours chez Chalandon, la puissance romanesque rare vient du vécu. De son vécu. Son style est ciselé, précis, émouvant. Souvent, on peine à croire à ce qu’il raconte. Et pourtant, toujours, l’art narratif de Sorj Chalandon nous ramène dans l’histoire, faisant de nous les enfants crédules de ce père nocif. Rarement la relation complexe d’un père et de son fils n’aura été aussi bien racontée. Sans poncifs. Avec une puissance évocatrice totale.

Dans la dernière partie du livre, Emile/Sorj devenu adulte tente de comprendre comment sa mère a pu laisser les mensonges de son père prospérer. .. Il n’y parvient pas. Ce portrait en creux d’une mère déchirée entre son mari et son fils est lui aussi d’une cruelle vérité. Comme si le dysfonctionnement d’une famille – quel qu’il soit - était forcément un passage obligé.

 « Profession du père » est sans aucun doute l’un des romans les plus forts de cette rentrée littéraire 2015 et il démontre une nouvelle fois toute l’étendue du talent, de l’intelligence, de la sensibilité et de la qualité littéraire de Sorj Chalandon.

"Profession du père", Sorj Chalandon, Grasset, 316p, 19 euros.

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