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Kwabs : vers l'infini et l'au-delà (interview)

Publié le 08 septembre 2015 par Urbansoul @urbansoulmag

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Il en a fallu du temps ! En mai, je vous racontais avoir rencontré Kwabs sur la terrasse ensoleillée du Botanique lors de son concert sold out à Bruxelles, en avril, et je partageais avec vous ses derniers coups de cœur musicaux. Maintenant que son album très attendu, Love+War, est enfin sur le point de sortir ce vendredi 11 septembre, je peux désormais lever le voile sur l’intégralité de notre conversation.

Après avoir laissé dormer mon enregistrement pendant près de cinq mois dans mon ordinateur, ce fut un reel plaisir de redécouvrir mon interview avec le chanteur britannique. J’avais oublié à quel point il était éloquent, posé et confiant, très passionné par sa musique à laquelle il fait inconsciemment (ou non) très souvent allusion, parlant ni trop, ni trop peu. Et c’est exactement comme ça que j’aime mes interviews.

J’ai lu beaucoup d’articles sur Kwabs, son passé, son enfance, afin de me préparer à cette rencontre et je pense que cela explique très probablement pourquoi certaines de ses réponses m’émeuvent étrangement. J’admire la gratitude, le travail, l’ambition et la force qui émanent de lui, là où ses chansons osent le montrer dans toute sa vulnérabilité.

Ne ressassant jamais le passé pour profiter de l’instant présent tout en allant toujours plus haut, toujours plus loin, Kwabs a définitivement de beaux jours devant lui.

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Tu as commencé ton parcours musical en passant 3 ans au sein du National Youth Jazz Orchestra. Qu’est-ce qui t’a poussé à te diriger vers le jazz ?
On m’a montré des CD de jazz quand j’étais au lycée et j’ai vraiment aimé cette façon de chanter, ce style et la qualité des voix — tu sais, Frank Sinatra, Ella Fitzgerald… Donc j’ai voulu m’y essayer. Et mon professeur m’a parlé du National Youth Jazz Orchestra et m’a encouragé à y aller. J’ai vraiment été plongé dans cet univers : j’ai commencé à acheter plus de disques, comme Songs for Swingin’ Lovers! de Frank Sinatra, et j’ai découvert Sarah Vaughan et la musique en big band. J’ai fini par adorer ça et même par vouloir étudier le jazz. C’était cool ! C’était un peu une immersion dans le domaine, je dirais.

Tu avais eu des cours de musique à l’école auparavant ?
J’ai fait un A-level en musique ; c’est un genre de diplôme du secondaire en Angleterre. Donc j’ai essayé autant que possible d’apprendre la musique, j’ai suivi des cours de chant et j’ai eu des professeurs très encourageants qui m’ont vraiment aidé à décrocher des opportunités auxquelles je n’aurais pas eu accès autrement comme je n’étais pas l’enfant le plus privilégié à l’école : je n’avais pas d’instruments, pas d’argent pour payer les cours et je n’étais pas au courant des opportunités qui existaient donc j’ai eu beaucoup de chance d’être entouré de ces personnes qui m’ont aidé à être sur la bonne voie. Ça m’a été très utile et c’est comme ça que j’ai découvert l’école supérieure de musique et le Jazz Orchestra, que j’ai appris le piano… Cela m’a permis d’ouvrir les yeux.

Je trouve que tu as beaucoup d’assurance — mais dans le bon sens du terme ! D’où ça vient ?
Je pense que c’est dû à deux choses. D’après moi, quand tu es artiste, tu te retrouves un peu confronté à une situation de type combat-fuite face à tout ce qui te tombe dessus en même temps. Par exemple, je peux être ici aujourd’hui et… en Ukraine demain. Ou en France le jour d’après, pour un concert ou pour tourner un clip, peu importe. C’est la rapidité de cette vie et le fait qu’il faut s’adapter en permanence qui te force à être confiant, parce que tu dois assimiler tout ce qui te tombe dessus et ne pas fuir les opportunités quand elles se présentent à toi. Si tu te contentes de ton équilibre, si tu ne sautes pas sur les occasions, c’est très facile de tomber à plat et de se sentir faible. Et quand le monde continue à tourner et que tu te sens faible… Le monde ne t’attend pas ! Oui, en gros, tu dois continuer ! Et, en ce qui me concerne, j’ai vécu diverses expériences dans ma vie et je pense que celle-ci a été pleine de méandres. Suite à ces épreuves, on développe une certaine volonté, tu vois ce que je veux dire ? Et ça te fait réfléchit — au bout du compte, je viens d’où je viens et je suis bien mieux aujourd’hui, et ça veut dire que je peux continuer à aller toujours plus haut, toujours plus loin. Et ce genre d’état d’esprit est tout à fait sain. C’est le mien en permanence, compte-tenu de ce que j’ai traversé et d’où j’ai envie d’aller.

J’ai aussi l’impression qu’il est vraiment important pour toi de te construire seul — ça a un peu été comme ça tout au long de ton parcours. Quel a été le plus grand défi que tu aies pu rencontrer jusqu’à présent, dans ta carrière ou durant la création de l’album ?
Le plus difficile dans ma carrière a été de faire de la musique que j’aime et qui parle aux autres, à grande échelle. Pour ce projet, j’ai plusieurs aspirations différentes que j’aimerais concrétiser — tu sais, ce projet ne tourne pas uniquement autour de moi. C’est aussi mon manager, la maison de disques, les fans et toutes les personnes impliquées. Et il s’agit aussi de mon intégrité artistique et de créer quelque chose qui me parle vraiment, tout en proposant quelque chose que les fans aimeront et qui parlera aux autres et permettra de porter ma musique sur le long-terme. Je ne veux pas que ce soit juste l’affaire d’un an, où je fais un album que j’adore avant de disparaître ! Je veux que ce soit quelque chose qui dure et c’est difficile car cela m’incite à être vraiment ouvert à l’opinion d’autrui. Et c’est vraiment dur quand on est artiste parce qu’on a cette obsession, on se dit « Je veux faire mon truc, je veux faire mon truc ! ».

J’ai lu qu’au départ, tu ne faisais en effet de la musique que pour toi. Qu’est-ce qui t’a incité à finalement la partager ?
Mais la musique est tout simplement faite pour être partagée ! Elle est faite pour être écoutée ! Et quand est-ce que tu t’en es rendu compte ? J’en ai pris un peu plus conscience quand… en rencontrant des gens dans la rue, on a commencé à me dire « Oh, j’adore ta musique ! ». Plus je recevais des tweets et des messages de personnes touchées par mes chansons, plus j’ai réalisé que le pouvoir de la musique résidait plus en sa capacité à toucher autrui qu’à la façon dont ça me touchait moi. Et c’est vraiment un aspect important parce que je trouve que… Enfin, ça dépend du genre d’artiste que tu es mais, en tant qu’artiste moi-même, je pense que j’ai une responsabilité, que je dois pouvoir sortir de ma propre tête et réfléchir à l’importance que cette musique pourrait avoir pour les gens si j’arrive à les toucher. Et donc j’ai eu envie de les toucher. C’est ce sur quoi je me concentre en ce moment : faire de la musique que j’aime du plus profond de mon cœur, mais qui relève aussi ce défi qui est de toucher le cœur du peuple. Et en fait, c’est plus difficile que de ne faire que l’un ou l’autre. Tu pourrais juste faire de la musique pour le peuple et la détester ! Ou tu pourrais la faire que pour toi au risque de n’avoir peut-être pas de carrière (rires) ! Sauf aux yeux d’un très petit groupe, tu comprends ? Voilà ce que j’essaie de faire en ce moment et je suis prêt à relever le défi.

Est-ce que cela explique en partie le titre de ton album, Love+War?
Je suppose que oui, d’une certaine manière, parce que pour moi, Love+War décrit les combats intérieurs et les différentes facettes de soi qu’une personne a besoin d’expérimenter pour être heureuse. Tu sais, la lumière, les ténèbres, la joie, le mécontentement et la satisfaction… Ces choses ont toutes une place dans notre parcours et dans notre esprit. Et si l’une d’entre elles est super présente et l’autre aspect pas du tout, tu ne peux pas vraiment être humain ; je ne pense pas que tu puisses avoir cette perspective. Je suis plutôt à l’aise avec cette idée, et c’est de ça que parle l’album : d’être à l’aise avec tout son spectre d’émotions.

Je retrouve vraiment tous ces contrastes dans ta musique, comme dans le clip de Perfect Ruin !
C’était l’idée, donc cool !

Je me demandais à quel point cet aspect visuel pouvait t’influencer quand tu écris ta musique ?
Quand j’écris, j’ai toujours une image dans la tête. Ce n’est pas nécessairement celle qui finit par donner naissance au clip, mais j’ai toujours une idée. Ça peut être aussi simple que « Je pense que ça va se passer à l’extérieur. Cette chanson donne l’impression d’être dehors ». Et donc, pour Perfect Ruin, je me suis un peu dit : « Dans cette chanson, je ressens un immense espace et la sensation d’être avalé par les lieux ». Je suppose que c’est ce qui a inspiré le clip, c’était logique. Donc, oui, j’ai toujours une image dans la tête. Et je trouve ça super important parce que je pense, qu’en tant qu’artiste, ça permet aux gens de visualiser l’intégralité de ton projet, son esthétique : si c’est urbain, épique ou super artistique dans la veine de FKA twigs. Et puis, ça peut aussi être amusant. Je me souviens que, dans mon enfance, je regardais les clips et en découvrant ceux de certains artistes, comme Michael Jackson par exemple, je me disais « Oh mon Dieu, je me demande ce qu’il fera la prochaine fois ». Je pense que ça aide vraiment à emmener les fans dans ton univers. La musique est faite pour être appréciée aussi bien avec les yeux qu’avec les oreilles.

Tu as collaboré avec beaucoup de bon monde pour cet album. Peux-tu nous en dire plus ?
Les principaux contributeurs de cet album sont Felix Joseph — qui a produit Perfect Ruin, SOHN — qui a produit Wrong or Right et deux autres morceaux, et Cass Lowe — dont les gens n’ont pas encore beaucoup entendu parler pour l’instant. Et ce sont tous des gens que j’ai rencontrés pendant le processus ! Enfin, j’ai rencontré Felix et Cass un peu plus tard. Felix vient de Londres. Je l’ai rencontré via mon manager et c’est un partenaire mais aussi un ami, ce qui est très pratique pour moi. Les gens avec qui je travaille bien sont ceux avec qui j’ai une relation humaine en plus de notre relation entre auteurs. Parce que la musique est très humaine ; de nature, elle est personnelle. Donc Felix a écrit de la musique pour moi mais il a aussi pris le cliché qui illustre la couverture de l’album. Donc, tous ceux qui sont impliqués dans le projet, le sont vraiment à fond. Je connais Cass depuis un an maintenant. On a écrit plusieurs chansons ensemble avant de finir par écrire celle qui est devenue la chanson-titre de l’album, Love+War, que les gens entendront très prochainement. Et puis il y a SOHN, que je connais depuis deux ans maintenant. Je me suis remis à écrire avec lui au début de l’année dernière, en janvier, pour contribuer à un autre morceau de l’album et il a également produit une autre piste. Et, à nouveau, c’est un pote, un ami. C’est ce qui a donné naissance au corps du projet : je trouve que ce sont probablement mes collaborations les plus importantes, à l’instar également de celle avec Royce Wood Junior et… J’essaie de parcourir les titres dans ma tête…

Qui a produit My Own et Cheating On Me ? J’ADORE ces chansons !
My Own, c’est SOHN, en fait. Sérieusement ? Ouais ! C’est tellement surprenant ; ça ne ressemble pas à ce qu’il fait d’habitude ! Ouais mais, tu sais, c’est un vrai amateur de R&B ! Oui, on dirait un morceau des Destiny’s Child ! J’adore ! Super, c’est vraiment super ! Et Cheating On Me, c’est Felix Joseph. Ces morceaux sont énormes ! Merci beaucoup, je les adore aussi ! Tu sais, j’ai hâte que les gens puissent les entendre parce que tu passes tellement de temps à créer un album et puis, tu es là « OK, ben, c’est le moment d’y aller ! Go ! » (rires). Donc j’espère simplement que les gens l’aimeront autant que moi.

Quelle est la chanson de l’album la plus précieuse à tes yeux ?
Oh mon Dieu ! Je pense que c’est Perfect Ruin. Parce que c’est celle que je traîne depuis le plus longtemps — ou une de celles, en tout cas ! Je l’ai écrite quand j’étais encore à l’université et je me souviens l’avoir fait lors de l’un de mes rares jours de congés. Je l’ai écrite avec Royce Wood Junior et mon claviériste George Moore — qui est un ami à moi et que je connais depuis des années maintenant. Ça c’est vraiment fait de la manière la plus naturelle possible ; c’est la chanson qui a été la plus facile à écrire. Est-ce que tout est toujours aussi organique ? Non. Et c’est ce qui rend la chanson encore plus spéciale ! Il n’y avait rien de conventionnel. Rien de… préparé à l’avance. Il n’a pas trop fallu réfléchir. Ça s’est fait tout simplement. On s’est occupés de la mélodie, des accords… puis, je suis rentré à la maison et j’ai écrit les paroles. Et c’était plus ou moins fini. Et je pense qu’on a réussi à faire un titre à la fois universel et intéressant, dans le sens où il y a ce petit truc en plus, je trouve… C’est un peu ce que je veux faire : créer quelque chose de distinctif mais qui a aussi ce truc qui fait que cela parle à tout le monde, que cela puisse être compris de tous.

Tu es parti pour la première fois au Ghana (ndlr : son pays d’origine, mais il est né à Londres et a passé une partie de son enfance en foyer) il y a quelques années et, à l’époque, tu postais encore tes états d’âme sur Tumblr et tu avais déclaré que tu écrirais probablement une chanson à propos de cette expérience. Est-ce le cas sur cet album ?
C’est une très bonne remarque. Je ne l’ai pas fait, tu sais. Mais si je devais écrire une chanson sur le sujet, je suppose qu’elle parlerait de nouveaux départs parce que c’est lié à ma vie au sens général. Il y a certaines expériences dans la vie qui ouvrent de nouveaux chapitres, mais peut-être que ce sera pour le prochain album. Peut-être que le suivant incorporera ces nouveaux chapitres. Tu sais, à partir de maintenant, tout est un nouveau chapitre, je suppose ! Ouais, on verra (rires) !

Découvrez la première partie de l’interview ICI.

Si vous habitez en Belgique, vous pouvez déjà écouter Love+War en streaming via Deezer.
Love+War sera dans les bacs le 11 septembre. Pré-commandez l’album sur iTunes.
Kwabs se produira au Vooruit, à Gand, le 5 novembre prochain.


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