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Harmonia – Complete Works Box Set

Publié le 08 septembre 2015 par Hartzine

Que celui qui n’apprend qu’à travers cet article la triste disparition de Dieter Moebius se flagelle sur le champ (nécro à lire ici).  Avec son comparse de toujours Joachim Roedelius, mais aussi Michael Rother, Conrad Schnitzler, ou encoreBrian Eno… Moebius fait partie de ces artistes qui ont élevé cette musique inclassable qu’est le krautrock au rang  de grand art. Notamment grâce à Kluster mais aussi et surtout grâce à Harmonia. Si l’on connaît tous la genèse de la trilogie Berlinoise de Bowie – trois hommes dans un château en Bavière (Bowie, Eno, Visconti) – on oublie de citer qu’elle s’inspire de la gestation et des conditions de production d’Harmonia, super-band qui allait faire se rencontrer deux formations emblématiques de l’époque Kluster et Neu !.

On serait tenté de croire que Grönland Records a eu le nez creux en apprenant la maladie de Dieter Moebius, et s’est empressé de nettoyer les pistes des vieux masters qui dormaient dans les placards pour les compresser en albums posthumes prêts à débouler en cas de trépas. Cependant, ce serait avoir les idées mal placées et bien morbides tant ce coffret semble avoir été préparé depuis des mois voir des années, accumulant des heures d’archives musicales autant indispensables que parfois inédites. Au programme, les albums Musik Von Harmonia et Deluxe mais également  le LP Tracks and Traces, apparu à l’époque sous le nom d’Harmonia 76, dû à l’intégration de Brian Eno à la formation, l’impressionnant Live 1974 ainsi qu’une palette d’inédits live regroupés sur un disque sobrement intitulé Documents 1975… On retrouve bien entendu dans ce magnifique écrin nombre de gadgets qui feront les jours heureux des collectionneurs mais surtout un booklet emplis de photos aussi uniques que nostalgiques…

Harmonia

Alors, à l’heure où la réédition est un vrai marché nourrissant l’industrie du disque pour parfois pas grand chose, ce Complete Works était-il vraiment nécessaire ? Sans hésitation oui ! Car à défaut, Harmonia a souvent été l’enfant maudit du kraut : très peu réédité, peu playlisté ou entendu, cette expérience aura été d’une importance majeure pour les deux formations mises en branle durant une période. Il suffit d ‘écouter Neu ! 75 pour s’en convaincre. Sans Deluxe, David Bowie n’aurait jamais enregistré Low, , sans parler du travail de Brian Eno pour David Byrne. Il est parfois de ces petites apocalypses dont on ne mesure l’impact qu’en constatant les bienfaits qu’elles ont engendrés. Il suffit d’écouter leur premier album pour s’en convaincre. Car contrairement aux productions de l’époque, les trois comparses livrent des compositions labyrinthiques mêlant synthétisme lyrique et rock psychédélique. L’auditeur se voit happé dans des dédales de mélodies se faisant écho, comme des petits microcosmes harmoniques tortueux chamboulant les certitudes de l’auditeur le plus éclectique, assailli de sonorités jusqu’alors inconnues et devant réapprendre à découvrir la musique à travers de nouveaux spectres auditifs. C’est bien simple, on n’avait peut-être rien entendu d’aussi novateur dans le registre depuis Kraftwerk ou Pink Floyd, certains morceaux dépassant largement le registre expérimental du catalogue déjà bien fourni de Kluster. Quant à Deluxe, tout est une question de mise en scène. Souvent considéré comme le meilleur album d’Harmonia, il en est surtout le plus accessible. Walky-Talky sonne comme du Conny Plank pur et dur (celui-ci signe la production de l’album) alors que Monza aurait pû aisément figurer sur le LP de Neu ! 75 à paraître la même année. Deluxe est un condensé d’énergie tellurique, tantôt calme, parfois virulent, qui ne laisse jamais indifférent. L’année suivante, Brian Eno rejoint le trio pour un ultime album, qui sonnera le glas d’Harmonia, ils composent alors le brillant Tracks & Traces qui ne sortira finalement qu’en 1997; Michael Rother décidant d’abandonner l’aventure pour se lancer dans une carrière solo tandis que les trois autres poursuivent avec une toute autre formation pour pondre After The Heat, œuvre classique, qui se veut au final la continuité parfaite de cette ultime orfèvre. L’album porte bien son nom car il serait bien difficile de relier les titres entre eux tant ceux-ci semblent prendre des orientations différentes et multiples. Pourtant, on se retrouve encore une fois devant un chef d’œuvre d’innovations, certaines mélodies semblant si modernes qu’on a dû mal à imaginer que le trio n’a pas profité du blocage de la sortie du disque pour le peaufiner à l’excès. Point d’orgue de l’aventure Harmonia, des morceaux tel que Vamos Companeros, Almostou encore Trace sont de vrais joyaux résonnant encore dans les productions electro et kraut récentes et font de ce groupe un véritable puits d’inspiration pour les générations actuelles. Et si l’on passe malheureusement très rapidement sur ce Documents 1975 qui n’apporte pas grand chose au Schmilblick, l’oreille, elle, s’attardera plus longuement sur ce superbe live de 74, car si même si la qualité sonore reste discutable, l’enregistrement de ce concert de Mars 1974 à Griessem reste l’un des moments mythiques dans la courte discographie d’Harmonia. Entre improvisations expressives, transe chamanique et déstructuration de pièces déjà existantes, Roedelius, Moebius et Rother se livrent à un exercice de style médusant parfaitement retranscrit par le grain du vinyle. Une expérience auditive de haut vol qui donne l’impression d’y être ou du moins de regretter de ne pas y avoir assisté.

Voilà donc encore un coffret qu’il vous faudra certainement posséder, du moins si vous n’avez pas déjà tous les disques en séparés. Car au final, les bonus n’apportent rien de vraiment intéressant et ne raviront que les fans hardcore du groupe. Cependant, ce coffret sera votre compagnon parfait si vous ne connaissez pas Harmonia ou débutez dans le kraut. Œuvre à la fois emblématique et accessible, qu’on aime parcourir dans le désordre et hanté par le fantôme d’un Dieter Moebius qui n’en a toujours pas fini de nous livrer les clés de son inspiration inépuisable. Dans un sens ou l’autre, on sera toujours parcouru d’une certaine nostalgie au moment de soulever la cellule et de ranger le bras, donc inutile de vous dire que les disques d’Harmonia n’ont pas fini de tourner sur vos platines et ne risquent pas de prendre la poussière.

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