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Chauds les romans, chauds !

Publié le 16 septembre 2015 par Nicole Giroud @NicoleGiroud

Chauds les romans, chauds !Voilà l'équinoxe de septembre, et la criée de la rentrée. La pêche est bonne, voire pléthorique, et les courbes des gens qui écrivent et de ceux qui lisent ayant tendance à s'inverser, les écrivains doivent donc aller au charbon, qu'ils le veuillent ou non.

Il est bon mon roman, il est bon ! Achetez-le pendant qu'il est chaud, pas sûr que l'année prochaine je vous révélerai tous mes secrets de famille, je ne vais pas continuer longtemps à me faire saigner le nombril, il faut profiter maintenant, absolument !

L'auteur sort ses tripes à la radio, à la télévision, sur internet, enchaîne les émissions littéraires, les habitués passent du plateau de TF1 à celui d'Antenne 2, plus tard ce sera M6. À la radio c'est la même chose mais sur la semaine. Le malheureux auditeur entend donc les mêmes confidences à la virgule près sur France Inter et France Culture avant de se rebeller et d'éteindre à la troisième mouture.

Il n'est pas sûr que la maison d'édition ait demandé son avis au marathonien de la confidence, mais bon gré mal gré celui-ci essaie de se vendre, camelot sur le marché du succès littéraire, obsédé comme son éditeur par les tirages de son livre.

Ils doivent se vendre comme des petits pains autrement c'est le pilon dans trois mois.

Le dernier *** ! Un livre définitif ! Le meilleur roman de la rentrée ! X se trouve au summum de son art !

Pendant des années je me suis régalée de cette période de l'année, écartant la cruauté de la foire d'empoigne, dévorant Lire, Le magazine littéraire, Le Monde des Livres et j'en passe. Avec un certain nombre de déconvenues à la clé, il faut bien l'avouer : le livre définitif et le chef d'oeuvre de la décennie se dégonflaient souvent, baudruches boursouflées de mots superfétatoires et de complaisance.

Tout de même, l'excitation des étals de nouveautés dans les librairies, la fébrilité des autres acheteurs potentiels, la course au moment du café :

Tu as lu le dernier *** ? Superbe, n'est-ce pas ? Je l'ai dévoré d'une traite.

J'ai fini par guérir du syndrome de septembre. Il faut dire que j'ai été aidée par ma propre expérience d'auteur enchaînant entrevues avec des journalistes (régionaux, certes, mais tout de même !) et les conférences, les signatures dans les librairies et dans les centres commerciaux. L'excitation de la pile qui grandit, le sourire du libraire qui s'élargit, que c'est bon pour l'ego ! Las, la nouveauté n'a qu'un temps et la pile est remplacée par une autre six mois plus tard, les courbettes des libraires changent d'objet.

Échaudée par certaines expériences malheureuses avec les maisons d'édition traditionnelles, je suis devenue auteur indépendant et Plumitive Éditions a pris le relais.

L'excitation de l'indépendance est retombée aussi vite qu'un soufflé. Les démarches administratives et le travail de fourmi qui précède la parution. Ce dernier est assuré par mon mari qui s'est attelé à cette tâche à la fois titanesque et ingrate : correction de l'orthographe et de la typographie, mise en page pour l'édition papier, autre mise en page pour l'édition numérique, spécifications techniques pour la couverture et j'en passe.

L'objet livre nécessite un énorme labeur lorsqu'on veut qu'il tienne la route. Ensuite, lorsque l'ouvrage est prêt, il faut trouver des lecteurs. Nous ne vendons pas directement les livres, nous passons par Amazon, ce qui veut dire que seules les personnes familiarisées avec le numérique et les achats sur internet sont concernées. Cela fait beaucoup de monde, je vous l'accorde, mais comment tous ces éventuels lecteurs savent-ils que Nicole Giroud (Qui c'est celle-là ?) a publié un nouveau livre.

Au début les journalistes précédemment rencontrés accourent pour écrire un article, mais dès qu'ils apprennent qu'il s'agit désormais d'autoédition, même sérieuse, même avec une formation de l'accompagnant de l'aventure, plus d'article : trop de maisons d'éditions à contenter, de retour d'ascenseur, d'intérêts étroitement imbriqués.

De la même façon, finies la presse et la radio locales.

Autant dire la mort du livre si le bouche à oreille ne remplit pas son office.

Reste une satisfaction, plutôt deux en fait : les messages de lecteurs postés sur Amazon, et Dieu sait qu'il faut de la motivation pour écrire, et l'indépendance.

Mon roman sur une Indienne retrouvée nue sur le glacier des Bossons après le crash d'un avion indien est prêt depuis un moment, mais pas question de le publier au milieu du raz de marée éditorial.

Ce qui est désormais à disposition, par contre, c'est le recueil de nouvelles intitulé Après la guerre, dont je vous ai déjà parlé plusieurs fois. Comment vivre après le traumatisme de la guerre ? Toutes les guerres se ressemblent dans leur façon de fracasser l'humain. Ces nouvelles sont issues de confidences faites après mes conférences, j'ai essayé de rendre ce que la douleur et la volonté de vivre recèlent d'universel.

Ce n'est pas drôle, plutôt bouleversant à vrai dire. Pas du tout dans la ligne de ce qui se publie cet automne, à vrai dire. Mais ne m'expliquez pas que c'est dépassé, l'actualité montre exactement le contraire.

Si jamais, l'édition papier coûte 7 euros (le prix d'un beau magazine) et l'édition kindle 2,99 euros. Avec une publicité aussi fracassante j'espère que vous serez nombreux à vous jeter sur ces douloureuses histoires nées d'une imagination fertile : le goût humain de la destruction.


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