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Grégory Gadebois, joueur de l’année

Publié le 17 septembre 2015 par Morduedetheatre @_MDT_

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Critique de Victor, de Henri Bernstein, vu le 2 septembre 2015 au Théâtre Hebertot 
Avec Eric Cantona, Grégory Gadebois, Caroline Silhol, Marion Malendant, et Serge Biavan, dans une mise en scène de Rachida Brakni

Je le dis chaque fois que cela se produit : ressortir une pièce peu jouée comporte souvent des risques. Tenter de remettre au goût du jour un auteur oublié est, à mon sens, souvent synonyme d’échec. Mais il arrive parfois que cette tentative constitue une véritable réussite, comme le joli spectacle de Michel Fau l’an dernier. Mais c’est bien la première fois qu’un tel spectacle me laisse sans idée précise. Ici, on ne peut pas dire que ce spectacle soit un échec, car le texte, bien que parfois lourd et lent, possède un fil directeur intéressant et bien mené, notamment par un Grégory Gadebois au sommet, et une mise en scène plutôt rigoureuse.

Étonnante pièce, qui se joue en deux temps. Un premier temps dans lequel peut apparaître quelques longueurs, qui pose les bases de l’histoire, les amitiés, le passé des personnages. On se demande alors quel besoin de ressortir ce texte. Et soudain, la sauce prend. Lors de la première scène réunissant les trois personnage principaux, un déclic se fait. On se prend d’amitié pour les personnages, on suit leur évolution avec une attention nouvelle.

Et mon approbation n’était pas gagnée : en effet, dans un premier temps, j’ai eu beaucoup de mal avec le jeu de Caroline Silhol, et le duo curieux qu’elle formait avec Grégory Gadebois. Après quelques minutes, j’ai compris ce qui me gênait : les acteurs ne jouaient pas ensemble, et c’est si inhabituel que cela m’a tout d’abord dérangée. Mais peu à peu, je m’y suis habituée et ce duo grinçant a fini par me séduire. Dommage seulement que Caroline Silhol soit un peu âgée pour le rôle, et que cet aspect dissonant de leur duo empêche une réelle émanation de sensualité.

Plus de doute possible : Grégory Gadebois est un géant. Il devient vite difficile de détacher son regard de son jeu, au risque d’en rater les moindres détails. Sa scène un peu trop alcoolisée restera assurément dans les annales ; certes, j’ai déjà vu des scènes d’ivresse réussies, mais celle-ci dépassait toute concurrence. Enfin, je pense que tout le talent et la justesse de cet acteur peuvent se percevoir dans une scène, dans un mot : le dernier qu’il prononce durant cette pièce. J’en ai encore des frissons.

Enfin, et je pense qu’il sera la raison pour laquelle le spectacle attisera la curiosité des spectateurs, parlons d’Eric Cantona. Les bras ballants, la voix mal posée, l’accent marseillais qui choque au départ, on finit pourtant par s’habituer à ce jeu qui manque d’expérience, mais dont la naïveté, les faiblesses, l’attitude bourrue, collent finalement assez bien au personnage. Certes, Eric Cantona ne peut jouer que ce rôle là, mais dans ce gros bonhomme brusque aux airs mafieux, il s’en sort pas trop mal.

Rachida Brakni, réel metteur en scène ? J’en doutais tout d’abord, je suis plutôt convaincue à présent. Là où le texte a du mal à passer, elle compense par une mise en avant des acteurs, une belle utilisation de l’espace, et (heureusement !) jamais de lenteurs fabriquées. Mettre en scène son mari, Éric Cantona, n’était peut-être pas nécessaire ; mais on ne peut que remercier le choix de Grégory Gadebois : le revoir sur scène était un véritable délice.

Un spectacle étonnant, déroutant, et qui dérange, en ce sens qu’il laisse un peu le spectateur perplexe sur la réception du spectacle, du message, des émotions♥ 

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