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[Critique] LE PARRAIN, 3ème PARTIE

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] LE PARRAIN, 3ème PARTIE

Titre original : The Godfather : Part III

Note:

★
★
★
★
½

Origine : États-Unis
Réalisateur : Francis Ford Coppola
Distribution : Al Pacino, Andy Garcia, Diane Keaton, Talia Shire, Eli Wallach, Joe Mantegna, George Hamilton, Bridget Fonda, Sofia Coppola, Raf Vallone, John Savage…
Genre : Drame/Suite/Saga/Adaptation
Date de sortie : 27 mars 1991

Le Pitch :
Michael Corleone, la soixantaine, tente plus que jamais de faire entrer les affaires de sa famille dans la légalité. Tiraillé par les remords, il se rapproche également de l’église, à laquelle il fait d’importantes donations, espérant également se réhabiliter, lui et son nom, aux yeux de la société. Alors qu’il reçoit justement une haute distinction religieuse pour ses bonnes œuvres, Michael doit, malgré ses bonnes résolutions, composer avec divers problèmes, qui ne cessent de le rappeler à son passé mafieux. Devant gérer le caractère impétueux de son neveu, Vincent, les questionnements et aspirations de ses enfants, et les requêtes d’anciens et de nouveaux partenaires, le parrain des Corleone a également de plus en de mal à cacher ses problèmes de santé…

La Critique :
Le Parrain 3 est clairement le mal aimé de la trilogie. Également réalisé par Francis Ford Coppola, à l’instar des deux films précédents, cet ultime volet est pourtant un immense morceau de cinéma. Détaché des deux premiers épisodes, car se déroulant en 1978, alors que Michael Corleone, le personnage d’Al Pacino, est âgé de presque 60 ans (contre une petite cinquantaine pour l’acteur, vieilli pour l’occasion grâce à la magie du maquillage), Le Parrain 3 est à part, ne serait-ce que parce qu’il ne partage pas une continuité aussi nette que celle qui unit le premier et le second, potentiellement envisageable comme une seule et même œuvre. Pourtant, loin de céder à l’appel d’une modernité qui corrompt bien souvent des projets alors dénaturés par un excès de zèle, Francis Ford Coppola a souhaité conserver la même patine. Les voitures ne sont pas les mêmes, les installations sont plus modernes, la mode a changé, mais la photographie et donc, in fine, l’ambiance dans laquelle baigne les personnages, est la même. Magnifiquement éclairé, le long-métrage, avec le thème indispensable de Nino Rota, toujours présent, permet de renouer d’emblée avec le parfum unique de ces deux prédécesseurs. Une cohérence formelle admirable, qui permet aux flash-backs de s’intégrer remarquablement et surtout au récit de continuer, dans la même tonalité, quand bien même il entend raconter la fin d’un règne. Une façon très maligne de souligner le caractère des personnages et plus spécifiquement du pivot qu’est Michael Corleone, qui, même si il tente de se racheter une conscience, semble condamné à rester englué dans les affres d’un passé criminel dont il veut s’extraire, comme il le dit lui même (« Alors que je m’en croyais sorti, voilà qu’on me ramène en arrière », en version française).
Du coup, la trilogie brille par sa cohérence. Par sa pertinence également. À l’instar des trois épisodes de Retour vers le Futur ou des trois Indiana Jones, elle ne déraille jamais pour céder aux sirènes d’une modernité hors-sujet, pour s’en tenir aux codes qu’elle a établi, mais sans faire du sur-place non plus. Il est ainsi tout à fait possible de regarder les trois films d’affilée sans sentir, entre le deux et le trois, un décalage, alors que 15 ans séparent les tournages.

Le-Parrain-3-Andy-Garcia-Sofia-Coppola

Drame centré sur la quête de rédemption d’un homme gangrené par les regrets, Le Parrain 3 ne se départit jamais de la tristesse qui imprègne son protagoniste principal. Au début du récit, Michael est un homme amoindri. Malade, il entretient néanmoins l’image d’un leader désireux de conserver une autorité qu’il sait indispensable à la réalisation de ses plans, à savoir ramener définitivement la famille Corleone dans le droit chemin, avant de passer le flambeau à ses enfants. Autour de lui, si les temps ont changé, les choses elles, sont plus ou moins restées les mêmes. Les gangsters sont toujours là, attendant que le roi tombe de son trône, en feignant l’admiration et le respect. Rongé par la mort de son frère Fredo, qu’il a directement commandité, Michael joue sur deux tableaux sans cacher ses nobles ambitions. Son âme est perdue, il le sait et semble l’accepter, même si dans l’ombre, il reste un homme détruit et apeuré. Al Pacino, de retour dans les costumes trois pièces de l’un de ses personnages emblématiques, compose ici un numéro ahurissant, en cela qu’il traduit à la fois la faiblesse physique et morale d’une figure importante de la Cosa Nostra, sans se départir d’un charisme encore menaçant et impressionnant. Alternant brillamment les phases de recueillement durant lesquelles Michael tente de rattraper ce qui peut l’être, et les accès propres à ses jeunes années où la violence et la soif de pouvoir conditionnaient des décisions cruciales et aujourd’hui amèrement regrettées, le comédien campe un Don Corleone ambivalent et impressionnant. Détestable pour tout un tas de raisons, il réussit à déclencher suffisamment d’empathie pour prendre le spectateur à la gorge. Comme lors de ces échanges avec le futur pape, où le mafieux confesse l’inavouable, se dévoilant corps et âme à celui qui serait le plus susceptible de lui accorder le pardon de Dieu. Défini en grand partie par ses contradictions, celui qui fut le diable, mais qui regarde aujourd’hui en direction du ciel, parvient à émouvoir. Sans être pathétique, ni totalement faible. Sans céder au cabotinage ni à la facilité de réactions attendues. Pour sa dernière apparition en tant que Michael Corleone, Pacino sort le grand jeu, retrouve instantanément les mécanismes, joue avec précision, émotion et remporte la mise. Définitivement.
Dernier survivant de la fratrie Corleone (même Tom Hagen, le consigliere, frère adoptif de la famille, n’est plus ), Michael ne peut aujourd’hui compter que sur sa sœur, à nouveau campée par Talia Shire. Logiquement, cette dernière occupe une place plus importante que précédemment où son personnage était mis à l’écart des affaires. Solide, intense, l’actrice fait preuve d’une présence indéniable et emmène son personnage sur un terrain dont il fut longtemps écarté. Dévoilant un tempérament forgé durant des années de frustrations, elle étonne autant qu’elle effraye, parfaitement raccord avec l’ambiguïté qui définit les Corleone en cette période trouble. Diane Keaton pour sa part, dont le personnage de Kay, l’ex-femme de Michael, fait aussi son retour, se pose plus que jamais comme le vecteur d’un point de vue extérieur. Elle sait tout, fait bonne figure pour ses enfants, mais vit dans la peur en permanence. Comme dans Le Parrain premier du nom, Diane Keaton incarne brillamment le regard du spectateur. Effrayée par Michael, elle ne sait plus sur quel pied danser quand celui-ci lui avoue avoir changé. Comme nous, elle se demande si elle doit apporter du crédit à ce revirement tout en gardant en tête les crimes indélébiles. Ce qui n’est pas le cas pour les enfants, devenus grands, dont les différences (la fille, incarnée par Sofia Coppola, qui veut s’impliquer dans les affaires de la famille, et le fils et sa carrière dans la musique) ne font qu’accentuer le caractère dysfonctionnel d’un empire fatalement condamné à s’auto-détruire après avoir volé si près du soleil pendant toutes ces années, en toute impunité.
Andy Garcia, le nouveau venu, qui joue Vincent, le fils illégitime de Sonny (James Caan dans Le Parrain), incarne la jeune garde. Celle qui veut la jouer old school en reprenant à son compte les vieilles méthodes, brutales, voire carrément sauvages. Portrait craché de son paternel, sanguin au possible, il bénéficie de la hargne d’un comédien visiblement très heureux de rejoindre le clan. Déjà remarqué dans Les Incorruptibles, Garcia passe de l’autre côté et trouve chez les gangsters une belle occasion de prouver sa valeur. Parfaitement intégré, il fait son trou, dans l’ombre de Michael/Pacino et peu à peu prend de l’ampleur, juste assez cabotin et finalement parfait d’outrance et de rage plus ou moins canalisées.
Emmené par une distribution renouvelée, dans laquelle on peut aussi retrouver l’excellent John Savage (Voyage au Bout de l’Enfer) et le roublard Eli Wallach, sans oublier John Mantegna et Bridget Fonda, Le Parrain 3 s’efforce d’orchestrer l’ultime tentative des Corleone pour faire coïncider leur passé avec leur vision de l’avenir. Il ne fait pas que ressasser le passé mais construit une nouvelle histoire. Il écrit une nouvelle page. Un récit dont la principale (et unique aurait-on envie de dire) vocation est d’accompagner par son éloquence la lente déliquescence d’un puissant.

On a beaucoup tapé sur Le Parrain 3 au fil des années. Le revoir aujourd’hui, à la suite des deux premiers, fait pourtant ressortir sa valeur. En cela qu’il ne raconte pas la montée en puissance de Michael Corleone, mais au contraire, sa quête de rédemption, il s’avère certes moins brutal, ou ne serait-ce que moins ambivalent. Dès lors que Michael Corleone se repend, et même si on se souvient de ses forfaits, son identité d’anti-héros se modifie, pour prendre une forme moins claire. Toutes proportions gardées, et pour rester chez Pacino, cela reviendrait un peu à comparer Scarface et L’Impasse. Dans le premier, Pacino est Tony Montana, cette bête incontrôlable, aussi drôle que flippante, quand elle goûte au sang et en demande toujours plus. Dans le second, il regrette, tente de prendre la tangente. Comme Michael Corleone. Quand il s’en croyait sorti, voilà qu’on le ramène en arrière. Toujours. L’enfer se résume à des souvenirs douloureux , ainsi qu’à une seule certitude aussi cruelle qu’omniprésente : on ne peut rien changer à ce qui a déjà été fait. La fin du film venant apporter une tragique confirmation à cet état de fait.

Magnifiquement réalisé par un Francis Ford Coppola ayant réussi à retrouver l’identité et la fougue qui jadis, ont permis au Parrain et au Parrain 2 de devenir des classiques, Le Parrain 3, superbe épilogue d’une saga crépusculaire fascinante, ne pouvait pas briller de la même façon que ses prédécesseurs. Lui revenait la lourde tâche de conclure l’histoire. De s’immerger dans une mélancolie pénétrante et de faire le bilan. Néanmoins, il faut absolument saluer la capacité du scénario de se fondre dans la réalité, notamment quand il pénètre les coulisses du pouvoir du Vatican, sans ambages. Un coup de pied audacieux démontrant que le long-métrage ne veut pas se limiter à la simple expression d’adieux. Le Parrain 3 parle de la chute d’un homme. D’une débâcle qui va entraîner de profonds bouleversements. En s’ancrant dans la grande Histoire, l’œuvre de Coppola gagne en profondeur et en pertinence et finalement, il n’est pas tant question de se demander si l’homme va se relever une dernière fois, mais plutôt de savoir qui il va entraîner avec lui. Plus qu’un simple film, Le Parrain 3 achève de conférer à la saga des airs de fresque contemporaine, dont les personnages et leurs aspirations sont aussi le reflet d’une réalité régie par des lois dont nous sommes les pantins et face auxquelles nous réagissons tous différemment. Quitte par la suite à devoir en assumer les conséquences à plus ou moins long terme.

@ Gilles Rolland

Le-Parrain-3-Al-Pacino
Crédits photos : UIP


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