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[Critique] KNOCK KNOCK

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] KNOCK KNOCK

Titre original : Knock Knock

Note:

★
★
½
☆
☆

Origine : États-Unis
Réalisateur : Eli Roth
Distribution : Keanu Reeves, Lorenza Izzo, Ana de Armas, Aaron Burns, Ignacia Allamand, Colleen Camp…
Genre : Thriller/Remake
Date de sortie : 23 septembre 2015

Le Pitch :
Un soir d’orage, deux jeunes filles visiblement égarées viennent frapper à la porte de la luxueuse maison d’Evan, un architecte resté seul chez lui pendant que sa femme et ses enfants sont partis en week-end. Prétextant vouloir donner un coup de fil, les deux visiteuses ne vont pas tarder à séduire le père de famille, avant de lui faire payer son infidélité…

La Critique :
Hostel 2, le dernier film réalisé par Eli Roth, remonte à 2007. Cette année, hasard du calendrier, le cinéaste nous en propose deux ! Knock Knock donc, et Green Inferno, son hommage à Cannibal Holocaust, tourné avant mais proposé après, en e-cinéma. 8 ans d’absence derrière l’objectif passé à tourner chez les potes (avec du très bon, comme Inglourious Basterds et du super moyen comme Aftershock), ou à produire des longs-métrages à la qualité relative. C’est ainsi après avoir déversé des litres de sang dans la jungle que l’enfant terrible de la série B a décidé de tourner le remake de The Seducers, un thriller avec Sondra Locke (qui fut Madame Eastwood et qui est ici créditée en tant que productrice) et Colleen Camp, qui fait d’ailleurs une apparition. Rebaptisée Knock Knock, sa version reprend le même postulat de départ et voit donc un bon père de famille se laisser séduire par deux nymphettes sévèrement barjots, qui vont rapidement investir son quotidien pour le lui pourrir en y mettant les formes.

Knock-Knock

Knock Knock se place dans le sillage des home invasion et met face à face un type bien sous tous rapports à deux zonardes animées d’un sens de la morale bien particulier. En avouant à qui voulait l’entendre qu’il avait pensé à Hitchcock, à Basic Instinct, mais surtout au Liaison Fatale, d’Adrian Lyne, Roth a du même coup définit les contours de sa démarche. Loin de se complaire dans une violence graphique outrancière et de balancer à la tronche du spectateur des tonnes de sang, Roth a cette fois-ci préféré opter pour l’horreur psychologique, via un thriller moderne en forme de huis-clos. Un type est piégé chez lui par deux filles canons et puis c’est tout. D’emblée, Knock Knock affiche sa simplicité et ses ambitions limitées, malgré les propos de son réalisateur, qui souligne une volonté d’étudier des thématiques plus ou moins profondes, comme par exemple, la façon dont internet et les réseaux sociaux ont changé notre société, la vie de famille, l’infidélité, le pouvoir du sexe et du désir, etc… Reste que Knock Knock ne va pas chercher bien loin.
Comme toujours, et même si il a laissé le ketchup au frigo, Roth met en scène des personnages assez crétins, qu’il implante au cœur de dynamiques extrêmes. Ici, le père de famille incarné par Keanu Reeves fait exactement ce qu’on a attend de lui, couche avec les nanas et s’en mord ensuite les doigts. Quand vient le moment de morfler, il semble prendre un malin plaisir à enchaîner les mauvaises décisions et s’enfonce donc dans une spirale infernale, régie par des codes rabâchés, remixés à la sauce « cul ».

Dès le départ, Knock Knock a tout du truc gentiment anecdotique. Si ce n’était la présence de Keanu Reeves, rien ne permettrait au film de se détacher de la masse. La réalisation est assez conventionnelle, la direction d’acteurs est, comme souvent chez Roth, en roue libre, le scénario se focalise sur une outrance lisible dans des répliques bas de plafond principalement axées sur un seul sujet (le cul, toujours), et l’approximation est terriblement de rigueur. Accompagné de son pote Nicolas Lopez, qui a co-écrit le script (et réalisé Aftershock, dans lequel jouait Roth), Eli Roth prouve avec Knock Knock qu’il peine toujours autant à canaliser son énergie et à mettre en ordre ses idées. Certes, Hostel allait directement à l’essentiel et mettait en avant une « morale » claire et concise, mais c’est presque le seul, car finalement, tous les autres, et spécialement Knock Knock, s’apparentent à des gros bordels. Et ce qui passe dans le gore, tient beaucoup moins la route ici. Le long-métrage jongle avec les tonalités, joue sur les ruptures de rythme. Conte moral propulsé par un féminisme bancal, réflexion sur la jeune génération, Roth ne choisit jamais. Le cul entre deux chaises, il finit par en tomber et sombre peu à peu dans un ridicule parfois drôle, mais pas en faveur du film. Alors qu’il se veut dans l’air du temps, il paraît curieusement un peu périmé et table sur des mécanismes qu’il ne maîtrise qu’indépendamment, mais qui, mis ensemble, contribuent à donner à l’ensemble des airs de gros foutoir. À trop vouloir nous prouver à quel point il est cool, Eli Roth finit par devenir irritant et fatalement pas aussi cool qu’il a l’air de le penser.
Et comme dit plus haut, ce ne sont malheureusement pas les acteurs, à peine dirigés, qui relèvent la sauce. Si ce n’est les physiques de Lorenza Izzo (madame Roth à la ville) et d’Ana de Armas et le charisme de Keanu Reeves, pas grand chose à retenir de leurs performances, définies par des clichés bien voyants.
Plutôt sage, pas effrayant pour deux sous, mais curieusement glauque à certains moments, Knock Knock rate le coche et s’apparente à un pétard mouillé. Tout n’est pas à jeter, mais difficile de se défaire de l’impression d’être en train de regarder un téléfilm de luxe emballé à la va-vite par un type peu convaincu par son sujet. Et ce n’est pas la conclusion, certes vicieuse, mais ancrée dans une morale bien américaine comme il faut, qui arrange la sauce. Mis à part cet excellent gag final bien sûr, qui fait enfin rire, après 1h30 d’un spectacle bien lourdingue et plutôt indigeste.
Toc toc ! Qui est là ? C’est Eli. Eli-qui-aurait-peut-être-mieux-fait-de-s’abstenir-avec-sa-morale-puritaine-à-la-mord-moi-le-noeud.

@ Gilles Rolland

Knock-Knock-Keanu-Reeves
Crédits photos : Synergy Cinéma


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