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[Avant-Première] Le lichen des caribous, de la résistance à l’individualisme consumériste

Par Rémy Boeringer @eltcherillo

[Avant-Première] Le lichen des caribous, de la résistance à l’individualisme consumériste

Dans le cadre du 3ème Festival du cinéma russe à Nice, nous avons pu assister à l’avant-première du dernier film de Vladimir Toumaev : Le lichen des caribous, inspiré des romans d’Anna Nerkagi. Cet invitation au voyage dans le pays des nenets, peuple nomade du cercle polaire sibérien, nous a porté vers des cieux étoilés, presque vierges de technologie, où un peuple fier en lien étroit avec la nature, tentent de concilier modernité et tradition.

Aliocha (Evgueni Sangadjiev), jeune nenets, accepte par dépit et pour contenter sa mère (Dolgin Tangatova), de se marier à une voisine, Ilnié (Galina Tikhonova). Cependant, il ne vit que dans l’attente du retour d’Aniko (Irina Mikhaïlova) qui a quitté sa terre natale pour faire ses études sur le continent, il y a dix ans.

[Avant-Première] Le lichen des caribous, de la résistance à l’individualisme consumériste
Aliocha (Evgueni Sangadjiev)

S’il y a une chose qui frappe immédiatement en regardant Le lichen des caribous, c’est l’esthétique magnifique des plans sauvages qui n’ont pas besoin d’autres soins que d’exister. Le tournage qui a eu lieu dans les conditions réelles du grand nord a apporté à Tournaev les matériaux nécessaires pour saisir dans sa majestueuse grandeur, l’immensité neigeuse de la région. Quasiment vierge de toute civilisation industrialisée, ce territoire autonome de Russie offre un ciel sans obstruction où cohabitent les galaxies les plus lointaines et les aurores boréales. Les nenets sont un peuple nomade qui suit les troupeaux en fonction de leur besoin en lichen. Lorsque ces derniers ne trouvent plus de quoi paître alors les nenets doivent les suivre sans attendre. Adeptes, sans que cela soit l’objet d’une réflexion écologique, d’une consommation raisonnée, les nenets vénèrent les cerfs. Un respect où se mêlent la reconnaissance d’un besoin vivrier et les anciennes croyances animistes. Le loup est quant à lui, l’ennemi juré des cerfs comme des nenets. Chassé pour sa peau, il inspire le respect autant que la peur.

[Avant-Première] Le lichen des caribous, de la résistance à l’individualisme consumériste
Ilnié (Galina Tikhonova)

Dans ce pays à la nature hostile, ce n’est pas l’Homme qui a dompté la nature mais bel et bien la nature qui le domine et détermine la plupart des événements quotidiens. Une partie de la jeunesse nenets rêve d’une autre vie, plus moderne, en ville. Les anciens déplorent l’acculturation qui va de pair avec cet exil. Cependant, Le lichen des caribous ne fait pas dans la réaction en rejetant les apports de la modernité. Il fait plutôt sienne le concept selon lequel il est d’abord nécessaire de connaître ses racines pour s’ouvrir aux influences extérieures. Ce n’est qu’alors que l’on peut juger, en âme et conscience, de ce qu’il faut prendre et laisser. A travers l’histoire de deux jeunes gens qui reviennent de la ville pour faire une visite à leur père, Tournaev met en exergue, non pas la nécessaire modernisation, par exemple, des moyens de transports, les nenets ne négligeant pas l’usage de moto-neige, mais la perte des valeurs de fraternité et de solidarité propre aux sociétés consuméristes et capitalistes. Ici, les enfants indignes viennent réclamer une part du troupeau au grand désarroi du père qui n’arrive pas à leur faire comprendre que tout ne s’achète pas. Pour lui, les cerfs sont des êtres vivants avant d’être des marchandises marchandes.

[Avant-Première] Le lichen des caribous, de la résistance à l’individualisme consumériste

Illustration du dialogue inachevé entre modernité et tradition, dont de grandes questions sont encore à discuter, Le lichen des caribous emprunte la voie médiane. Sûrement une preuve de sagesse, de nos jours, où les esprits les plus bornés se voit contraint au repli nationaliste tandis que les autres prônent une inévitable mondialisation qui n’a pour but que de niveler par le bas les conditions de vie des classes laborieuses. A son niveau, Tournaev repose la question fondamentale, la technologie doit-elle nous libérer ou demeurer un objet de contrôle ? Le jeune Aliocha, partagé entre l’amour de sa terre et celui d’Aniko devra faire un choix douloureux.

Boeringer Rémy


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