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Atelier d’écriture n°189

Par Ellettres @Ellettres
© Julien Ribot

© Julien Ribot

Trois semaines déjà que nous sommes arrivés à Lisbonne. Il me semble que j’y suis née, tant cette ville m’a ouvert très vite son intimité. Au cœur de ce mois d’avril lumineux nous avons paressé sur les places et empli nos yeux de bonheur du haut des miradouros ombragés. Le bonheur ici se nomme « mer de paille », « pastel de belém », « vinho verde » et « pastelaria ». Les rues montent et descendent comme des vagues, disséminant leurs petits pavés comme des coquillages brillants sous le passage fracassant des vieux trolleys jaunes. Les façades des maisons font assaut d’une coquetterie de vieilles dames déployant leurs plus beaux atours de faïence. Les petits cafés, innombrables, proposent leur fraîcheur au passant étourdi de soleil, désireux de se taper un petit « bico » (café) au coin du comptoir poli.

Nous nous enivrons des vers de Pessoa chantant son Lisbonne adoré, et des complaintes du fado dans les bars de l’ancien quartier des marins. A midi, nous aimons nous restaurer de beignets de morue sous l’ombre d’un bougainvillier, au coin d’une vieille église en dentelle. Les Lisboètes sont courtois et empreints de ce sentiment indescriptible de la saudade, mêlant nostalgie et amour de sa terre natale. Je crois que je ne suis pas loin de le comprendre, à la pensée de notre départ prochain : plus que trois jours ! Trois jours d’escapades, au Mosteiro dos Jeronimos, au Castelo São Jorge ou aux châteaux de Sintra.

Moi, ce que je préfère, c’est me mêler à la vie locale. Ce matin, une giboulée de printemps inonde la ville. Nous entrons dans un marché blotti sous sa bâche. Les fruits et les légumes luisent doucement dans leurs cagettes qui s’échelonnent côte à côte sur plusieurs rangées, comme des soldats au rapport. De vieux couples de Portugais tirés à quatre épingles traînant leurs cabas sont les seuls clients en cette heure matinale. Me laisserais-je tenter par une papaye ou par du fromage de l’Alentejo ? Mon mari lorgne vers le chouriço. Va pour les trois. S’il fait beau nous pique-niquerons sur les pelouses de l’Exposition Universelle, utopie océane de la modernité. Le vendeur me fait un signe et me rajoute un petit bouquet d’œillets dans mon sac en papier.

– « A poesia esta na rua. Hoje somos o 25 de abril. » [La poésie est dans la rue. Nous sommes le 25 avril].

Le 25 avril 1974, la Révolution des œillets mettait fin à la dictature au Portugal. C’était il y a quarante ans. Je risque un œil dehors. La pluie a cessé et le soleil a repris ses droits. Comme dit l’adage : après la pluie, le beau temps…

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D.B.

« A poesia esta na rua » est le titre d’un tableau de Elena Vieira da Silva représentant la révolution des oeillets.

Atelier d’écriture n°189


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