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Concert : les Accrochages de Gérard Caussé à la Salle Gaveau avec Richard Dubugnon

Publié le 29 septembre 2015 par Nicolas Bourry @nicolasjarsky
©www.tOrange.us

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Nous sommes retournés hier à la Salle Gaveau pour une soirée au concept intéressant. Gérard Caussé nous convie à trois concerts autour du lien entre littérature et musique. Chaque soirée met à l’honneur un compositeur contemporain. Hier c’était Richard Dubugnon qui nous promettait une soirée « baudelairienne » avec une création propre et Scriabine, Fauré, Chausson et Schoenberg.

D’origine Suisse, Richard Dubugnon a été couvert de prix dans les années 1990 avant de connaître une très belle carrière de compositeur dans les années 2000 avec notamment la création devenue célèbre d’un concerto pour deux pianos et double orchestre ainsi que des résidences artistiques aux Etats-Unis et à Montpellier.

Le concepteur de cette soirée, Gérard Caussé, est un très grand altiste français, ancien soliste de l’Ensemble intercontemporain et régulier camarade de jeu de Renaud Capuçon. D’ailleurs ajoutons à cela, que nous avons retrouvé sur scène hier soir le jeune et si talentueux violoncelliste Edgar Moreau, lui aussi proche des frères Capuçon, et grand curieux de la musique contemporaine, toujours prêt à découvrir de nouveaux horizons. Pour les accompagner dans ce programme, le pianiste Itamar Golan, la mezzo Marie Kalinine et le célèbre Quatuor Modigliani.

Le programme de la soirée est composé d’une création de Richard Dubugnon, Carnets de synesthète op. 74, associée à des œuvres de Scriabine, Chausson et Fauré. La deuxième partie du concert est consacrée à une œuvre majeure avec La Nuit transfigurée op.4 de Schoenberg. Il s’agit d’une œuvre de jeunesse du compositeur viennois, avec encore des accents romantiques. Composée en 1899, année de la mort d’Ernest Chausson, elle est basée sur un poème (on vous rappelle qu’il s’agit du thème de la soirée) narrant la promenade d’un couple dont la femme annonce qu’elle est enceinte d’un autre mais qui se voit rassurer par son amant, prêt à assumer la paternité.

  • Compte-rendu :

La soirée démarre avec une présentation par Richard Dubugnon autour de sa création et de l’interdisciplinarité. Une introduction beaucoup trop « Moi je ».

Surprise, le concert ne démarre pas avec la création de Dubugnon mais avec Schumann et on profite du plaisir trop rare d’entendre la beauté de l’alto servi ici avec brio par un Gérard Caussé « à qui on ne la fait pas ». Accompagné au piano par Itamar Golan, ils proposent tous les deux une interprétation très vivante. Peut-être un peu trop de vibrato.

Passé Schumann, Richard Dubugnon reprend malheureusement la parole, s’essaie à l’accent américain et nous perd dans un étalage de références. L’arrivée d’Edgar Moreau sur scène nous fait oublier ce moment gênant. Dans une courte pièce de Scriabine on est tout de suite enchanté par le jeu profond du violoncelliste. Bravo. Richard Dubugnon s’installe ensuite au piano pour du Britten, aidé par Itamar Golan et nous narre ses rêves. Agaçant et c’est dommage car sur le principe l’idée de voyager dans l’œuvre, d’en parler et d’en rire nous plaît.

Pour Chausson et Fauré l’interprétation de Marie Kalinine ne nous convainc pas du tout. Il se dégage un manque de complexité, une absence de subtilité. À l’inverse le Quatuor Modigliani propose un accompagnement très délicat. La création de Richard Dubugnon qui suit nous laisse perplexe avec un humour et un décalage qui ne nous séduit pas du tout et ce malgré le plein investissement de Gérard Caussé et Itamar Golan très à l’aise dans ce répertoire. Nous n’adhérons par contre toujours pas à la mezzo-soprano.

Après l’entracte et une introduction très utile et pertinente de Marie Kalinine qui nous permet de mieux appréhender l’œuvre, on s’attaque à La Nuit transfigurée de Schoenberg.

Très vite il se dégage un vrai souffle, une grande fraîcheur. On surprend Edgar Moreau à sourire tant les musiciens prennent plaisir à jouer. Une très belle énergie intergénérationnelle naît de l’interprétation de ces artistes de talent. L’entente entre le quatuor Modigliani, Gérard Caussé et Edgar Moreau permet aux notes de s’envoler. Un moment rare.

Nous garderons de cette soirée, le souvenir d’un Schoenberg formidable.

Encore deux autres soirées Accrochages de Gérard Caussé. La prochaine le 26 octobre.

Notre précédente soirée musicale en ce début de saison ? Souvenez-vous.



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