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Gisèle Pineau : Les voyages de Merry Sisal

Par Gangoueus @lareus
Gisèle Pineau : Les voyages de Merry SisalLes voyages de Merry Sisal Gisèle PineauCollection Littérature générale, Mercure de France, février 2015
L’exil ou les voyages intérieurs de Merry Sisal 
Gisèle Pineau, auteur guadeloupéenne, s’apprêtait à partir pour Port-au- Prince dans le cadre des Etonnants Voyageurs quand le séisme s’est produit en Haïti.  Sollicitée pour écrire sur le séisme, elle a attendu cinq ans pour écrire ce roman, qui décrit très finement les affres vécus par les survivants ainsi que les blessures intimes de deux êtres. 
Merry Sisal, jeune haïtienne, a été recueillie  par sa marraine, après le suicide de sa mère. Surnommée « jambe fine », en raison d’une légère infirmité, elle s’éveille à l’amour avec François-Jean, qui ne rêve que d’exil vers un pays occidental. Deux enfants, Tommy et Florabelle naîtront de cette relation, sans que jamais François-Jean n’assume cette paternité. Il finira par obtenir un visa pour se rendre en France. 
Merry se démène pour subvenir aux besoins de ses deux enfants jusqu’au jour du séisme meurtrier du 12 janvier 2010. Survivante de ce drame, après avoir vécu bien des horreurs, elle s’embarque pour Bonne-Terre, île francophone prospère de la Caraïbe, afin d’offrir un avenir à ses deux enfants, qu’elle espère faire venir plus tard.
Parmi ses compatriotes retrouvés à Bonne Terre, Merry apparait mystérieuse ;  elle inspire la méfiance, car elle semble dissimuler un secret. En dialogue permanent avec  ses enfants,  elle semble vivre avec des ombres, entre rêves, souvenirs et réalité. Tout se fond dans son univers mental. 
Merry trouve une place d‘employée de maison chez un couple de Français à la retraite, Raymond et Anna, qui vivent sur le Morne d’Or, enclave où vivent des Français  à l’écart de la population locale. 
Anna et Merry vont nouer une amitié très forte qui va panser leurs blessures secrètes. Elles ont toutes deux vécu des événements traumatisants (suicide de la mère, mort d’un bébé, etc.).

Anna permet à Merry de croire en nouveau en quelque chose. Nous assistons à la renaissance d’un être, marqué par la vie.   Anna voulait payer « sa dette », et cesser d’assister passive au déluge de malheurs qui s’abattait sur Haïti. Grâce à Merry, Anna se réconciliera avec elle-même et assumera ses origines sénégalaises.  L’intensité de cette amitié suscitera un sentiment de jalousie chez Raymond, qui se sent exclu.Le roman évoque le long cheminement de deux femmes vers leur être intime. L’auteur nous plonge dans leurs souffrances, dans leur intimité. Elle témoigne d’une connaissance profonde de la psyché humaine qui fait de ce roman une riche aventure intérieure.La prose de Gisèle Pineau est inventive et légère. La répétition de certaines phrases,  comme un refrain, au début du roman, créée un rythme chantant et poétique. Le lecteur retrouve ce réalisme merveilleux propre à la fiction caribéenne : la frontière est ténue entre les vivants et les morts, la réalité et les rêves ; les sortilèges sont présents. Enterrer, physiquement et métaphoriquement,  ses morts et ses blessures est un acte vital pour aller de l’avant.Au-delà de ces magnifiques portraits de femmes, Gisèle Pineau brosse un portrait acide de cette société caribéenne, en proie au chômage, à la drogue, au racisme, à l’exploitation humaine et à la misère. Elle pose un regard sans indulgence sur l’attitude de la population locale vis-à-vis des Haïtiens, et sur celle  des Français qui quittent la métropole pour s’installer dans ce coin de paradis, et vivre en autarcie. 

Ce roman est d’une grande portée humaine et sociale.  
Vincente Duchel-Clergeau

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