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Marguerite, film de Xavier Giannoli

Publié le 27 octobre 2015 par Onarretetout

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Marguerite (Catherine Frot) ne s’entend pas. Mais qui l’entend ? Sans doute pas son mari (André Marcon) qui ne l’a épousée que pour l’argent. Sans doute pas cette société qui s’en moque sans qu’elle s’en aperçoive parce qu’il n’en faut rien montrer : elle pourrait arrêter ses largesses… Pourtant, peu à peu, des attentions vont lui être portées : un jeune journaliste (Sylvain Dieuaide), maladroit avec la jeune femme (Christa Théret) qu’il admire sans savoir le lui dire, va transformer son intérêt matériel en affection sincère. La maîtresse du mari (Astrid Whettnall) saura aussi dire à celui-ci qu’il ne regarde pas assez sa femme, cette Marguerite qui ne chante que pour être vue, admirée, aimée. Tous, donc, à part quelques-uns, s’en détournent ou l’utilisent, comme ce jeune anarchiste (Aubert Fenoy) qui lui fait chanter, faux, la Marseillaise, vêtue d’une robe blanche sur laquelle est projeté un film où les soldats vont se faire tuer. C’est en 1920. Après la guerre. Venant de lire Au revoir là-haut, je ne peux m’empêcher de penser à cette société qui s’enrichit sur le dos des héros et se moque bien des misères des autres. Bien sûr, on peut aussi penser au mouvement Dada, qui prenait appui sur cette affirmation de Richard Huelsenbeck en 1915 : « Nous voulons supprimer le désir pour toute forme de beauté, de culture, de poésie, pour tout raffinement intellectuel, toute forme de goût... ». Mais la bourgeoisie d’après-guerre ne peut que s’offusquer de ces trublions irrespectueux.

Le majordome Madelbos (Denis Mpunga) est sans doute le seul à porter une réelle attention à Marguerite. Sa façon de la photographier, de caresser les clichés en développement, de lui faire livrer des fleurs, des fleurs et encore des fleurs en disent long sur son attachement. Mais il sait aussi que le jeu finira un jour. Sa présence discrète mais permanente maintient l’illusion. Il attend la fin.

Si Marguerite se gave de musique, c’est qu’elle n’a pas son compte d’amour. Comme le lui dit son professeur de chant (Michel Fau), elle chante « la musique d’un homme qui n’a jamais été heureux en amour ». Marguerite répond : « Merci. » Pourtant Marguerite, comme la célèbre Marie de Ronsard a dans son prénom les lettres du verbe aimer, et on retire les pétales de la fleur qui porte le même nom pour déterminer à quel point on aime. Et elle aime, Marguerite, elle aime passionnément, elle aime follement, et sans retour. Son amour n’est pas entendu. Éperdue, elle est perdue.


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