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[Critique] A TOUCH OF SIN

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] A TOUCH OF SIN

Titre original : Tian zhu ding

Note:

★
★
★
★
☆

Origine : États-Unis
Réalisateur : Jia Zhang-ke
Distribution : Wu Jiang, Zhao Tao, Wang Baoqiang…
Genre : Drame
Date de sortie : 11 décembre 2013

Le Pitch :
Un mineur exaspéré se révolte contre la corruption dans son village. Un travailleur migrant, de retour chez lui pour le Nouvel An, découvre les possibilités infinies offertes par une arme à feu. Une jeune réceptionniste dans un centre de kinésithérapie est poussée à bout quand elle se fait agresser par l’un des riches patients. Un jeune ouvrier à l’usine va de boulot en boulot, essayant d’améliorer son milieu de vie. Ces quatre individus vivent dans quatre provinces différentes, mais tous sont affectés par le changement de la Chine contemporaine : un géant économique qui est lentement en train de se faire dévorer par la violence…

La Critique :
Connu pour l’immersion de ses études filmiques de personnalités et des drames perceptifs comme Still Life et The World, le réalisateur chinois Jia Zhang-ke prend un virage inattendu vers le sensationnalisme avec A Touch of Sin, soit un regard sanglant et désespéré sur la face cachée de la Chine et son miracle économique. Divisé en quatre vignettes (séparées géographiquement mais unifiées par le même thème) où les démunis de la mondialisation sont poussés à bout, le choc brutal et traumatisant du film sert de discours furax sur l’État et tous ceux laissés pour compte maintenant que le capitalisme s’est installé dans les villes.
Le film commence avec un soubresaut impitoyable lorsque trois bandits de la route choisissent le mauvais gars à cambrioler. La violence stylisée qui s’ensuit relève du nouveau pour le cinéaste, mais il s’y attache avec le zèle d’un missionnaire. Après un prologue pareil (et le générique n’a même pas commencé !), le ton est donné : on est dans le meilleur des mondes, mais c’est chacun pour soi.

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La première histoire suit un Wu Jiang trapu et grognant dans le rôle de Dahai, un mineur au chômage qui perd ses journées à rager contre tous ceux qui daignent l’écouter comme quoi le chef du village a trahi son peuple en vendant son âme (et la ville) à une ordure d’industrialiste. Des jets privés et des voitures de sport servent d’insultes visuelles acerbes pour des gens comme Dahai qui arrivent à peine à se nourrir. Quand il se déchaîne enfin dans un massacre lourdement symbolique, la catharsis n’est que temporaire. Jia se fixe surtout sur la futilité de l’ensemble.
La désolation increvable de A Touch of Sin est parfois trop dure à supporter. Alors que les histoires se poursuivent, la colère des protagonistes devient intérieure, constamment en galère dans leurs tentatives précipitées de joindre les deux bouts dans un pays où il semblerait que les seules opportunités soient des boulots déshumanisants à l’usine qui ne mènent nulle part ou l’industrie de la prostitution qui, comme le reste de la Chine, est en pleine croissance.
Le récit le plus touchant du film reste son troisième, avec au centre Xaio Yu (femme de Jia et muse fréquente de son cinéma) dans la peau d’une réceptionniste engagée dans une aventure amoureuse avec un homme marié, sans avenir. C’est une séquence petite mais magistrale, où les indignités du quotidien s’accumulent en puissance comme un effet de boule-de-neige. Le film entier peut se résumer facilement à travers l’image d’un gros richard en train de gifler l’actrice sans arrêt avec un paquet de fric, demandant à ce qu’elle se prostitue simplement parce qu’il a les moyens de l’acheter.
Un épilogue un poil trop ambitieux tente de renouer les quatre récits ensemble, et ô coïncidence, le plan final amusera peut-être par sa ressemblance à celui du Loup de Wall Street. Décidément, tous les laïus fous-furieux sur les salauds capitalistes doivent maintenant se terminer avec une image inculpant le spectateur. A Touch of Sin est une expérience difficile et déprimante, mais qui paraît tristement nécessaire.

@ Daniel Rawnsley

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Crédits photos : Ad Vitam


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