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Parier votre vie ou comment Las Vegas est devenue la capitale du suicide aux Etats-Unis

Publié le 30 octobre 2015 par Edelit @TransacEDHEC

Le paradis des flambeurs. Le terrain de jeu de l’Amérique. La ville de tous les possibles. La description de Vegas a mille visages. Si la capitale du Nevada fascine, elle est aujourd’hui la ville où la probabilité de se suicider est 2 fois plus importante que dans le reste du pays. Comment expliquer cette triste statistique? Espoirs brisés, simple coïncidence ou facteurs externes?

Etonnamment, ceux qui n’ont pas réussi « à se refaire» sont une minorité…

« Pourquoi braquer ce casino? Parce que le vainqueur, c’est la banque. Au bout du compte, les probabilités gagnent et toi, on t’enterre.» Avoir regardé Ocean’s Eleven n’est pas un pré-requis pour comprendre que, dans 95 pourcents des cas, le casino l’emporte.

Et la plupart des joueurs connaîssent les risques! C’est d’ailleurs ce qui a poussé des sociologues de l’université de Philadelphie à s’interroger sur la proportion de parieurs désespérés dans le nombre total de suicides: Si plus d’une personne par jour se donne la mort à L.V, seul 10% passent à l’acte parce qu’ils ont perdu tout ce qu’ils avaient.

Dans une ville où règne le vice du jeu, on pouvait tout de même s’attendre à bien plus…Tant mieux, au moins, les joueurs no-limit qui iraient jusqu’à parier leur famille à une table de poker peuvent se rassurer.

J’ai prévu de mourir à Vegas

Avec 600 000 morts volontaires pour 40 millions de décès analysés sur une période de 30 ans, on peine à imaginer les raisons d’une tendance aussi lugubre. Morton Silverman, chercheur à l’université du Colorado, donne une explication pour le moins singulière aux chiffres qui font de la cité du jeu la « national suicide-capital » : les personnes qui sont prédisposées à se suicider (raisons personnelles, influence génétique…) choisissent de visiter cette ville ou d’y habiter.

Las Vegas serait ainsi devenue la destination des suicidaires à la mode! C’est ce que confirme un autre de ses collaborateurs, Mike Murphy: « La majorité est insensible aux pertes. Ils viennent ici avec l’idée même d’en finir. Ils dépensent tout ce qui leur reste, comme une sorte de dernière volonté avant de partir ». Balancer tout son pognon au blackjack avant d’aller se pendre. Le rêve!

Si tu n’as pas de rolex à 50 ans, tu as raté ta vie

Plus que n’importe quelle ville, Vegas souffrirait de l’évolution d’une société de plus en plus cynique et totalement tournée vers l’argent. D’un côté, on pouvait s’y attendre : Quand on parle de Vegas, on pense plus aux fêtes à base de prostituées et de magnums de champagne qu’à une soirée passée au coin du feu à critiquer le système capitaliste.

Alors oui, l’image que nous renvoie les médias peut avoir un impact : pour être heureux, il faut consommer. Surtout à Vegas, où l’apparence est reine. Comment être heureux là-bas si tu ne roules pas en Porsche? Pour ça, il faut de l’argent, pour avoir de l’argent, il faut un boulot et pour avoir un boulot, il faut résister à la pression, ce qui rend les gens plus agressifs. Cependant, on peut tout de même se demander pourquoi les gens passent leur temps à se comparer avec l’incomparable. Quand on est pauvre, on ne se mesure pas avec celui qui mange du caviar dans sa limousine entouré de ses mannequins.

Ainsi, lorsque un cadre est licencié à Las Vegas, il a tendance à davantage culpabiliser, et c’est ce sentiment de ne pas avoir été à la hauteur qui le pousse à se tirer une balle dans la tête. (Alors qu’on pourrait s’attendre à ce qu’il prenne un fusil à pompe librement dans une armurerie et qu’il fasse un carton sur son directeur des relations humaines). Or à Vegas, le taux de chômage est de 13.6 %, soit l’un des plus élevés pour une ville des Etats-Unis !

D’autres facteurs qui en font la ville du bonheur…

Pour Matt Wray, (Université de Philadelphie), s’éloigner de Vegas diminuerait même le risque de dépression menant à l’acte fatal! Y vivre ou ne serait-ce que visiter l’augmenterait. Une explication plus rationnelle pourrait être liée à l’expansion ultra-rapide de la métropole et notamment à l’explosion de sa croissance démographique durant ces 25 dernières années. « Une telle rapidité peut mener à une isolation sociale, à un manque de cohésion au sein de la communauté… »

A ce facteur s’ajoute la superficialité dans laquelle baigne la ville du jeu. L’important dans l’existence des habitants est d’acheter des biens de consommation qui feront envie aux autres. En même temps, quand on est plein aux as, pourquoi ne pas jouer le jeu ? «  Chéri, ça ne va pas, le voisin a une nouvelle résidence secondaire plus grande que la nôtre ». Ah les problèmes de riches, c’est terrible. S’ils jouissent d’une supériorité consommatrice et attendent de leur entourage une forme de reconnaissance sociale et de jalousie, ne plus pouvoir exister dans le regard de l’autre est un point de non retour : A Vegas, plus que n’importe où, si tu n’as plus de quoi montrer, tu n’existes plus.

Oui, passer par Vegas peut changer votre vie. Si certains en font leur destination finale par choix, d’autres se battent pour rivaliser socialement. Sur le papier, la ville fait rêver. Encore faut-il pouvoir assumer d’y vivre…


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