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Le Cadran Solaire - Shirley Jackson

Par Woland

The Sundial Traduction : Dominique Haas

Paru un an avant "Maison Hantée", "Le Cadran Solaire" risque de perturber le lecteur avide d'horreur pure. A moins qu'il ne songe à une histoire de hantise imaginée par Ionesco.

"Le Cadran solaire" reprend un thème cher à Jackson et qu'elle exploitera encore, par exemple, dans "Nous avons toujours habité le château", son dernier roman. __Il s'agit de la famille, une famille dont les membres sont soit désagréables, soit un peu (ou complètement) excentiques, parfois les deux, et qui, par la vision paranoïaque qu'ils ont de l'extérieur, finissent par basculer dans la folie et par vivre en autarcie.--

C'est ce qui va arriver peu à peu à la famille Halloran, retour des obsèques de son chef, Lionel, fils d'Orianna et de Richard. Selon son épouse, Maryjane, ce serait sa propre mère, Orianna, qui aurait poussé le malheureux dans l'escalier afin d'hériter de la maison et de la fortune. Pourtant, ainsi qu'elle le rappelle à sa petite fille, Fancy, en bonne logique, c'est à elles seules que la maison doit revenir. Et le lecteur sent d'ores et déjà que Mrs Halloran Senior se place au-dessus des lois.

Comme Hill House dans "Maison Hantée", la maison Halloran a été construite à la fin du XIXème siècle par un premier Mr Halloran, soucieux d'y amener sa jeune épouse. Et, comme dans "Maison Hantée", la jeune femme y est morte très vite. L'arrière-grand-père Halloran s'est donc remarié et, de ce second mariage, il a eu Richard, actuellement cloué dans un fauteuil roulant par la maladie.

Depuis de longues années, les Halloran vivent entre eux. Frances, la fille du premier mariage, est devenue, au fil des ans, "tante Fanny", bien qu'elle n'ait, quand début l'histoire, que quarante-huit ans. Vieille fille refoulée et un peu folle, elle redoute de devoir quitter la maison, maintenant qu'Orianna, sa belle-soeur, détient tous les pouvoirs.

Et elle n'a pas tort d'avoir peur car Mrs Halloran annonce sa décision d'habiter désormais la maison, seul à seule avec son mari.

Sous le choc, Tante Fanny se réfugie dans le vaste parc, dans le labyrinthe édifié autour du cadran solaire, et est assaillie par une vision : celle de son père défunt qui lui annonce, ni plus ni moins, que la fin du monde est proche et que seuls les Halloran seront sauvés pourvu qu'ils prennent la peine de se regrouper tous dans la maison et de s'y barricader ...

A partir de là, la folie s'installe crescendo, faisant alterner scènes de malaise (la poupée piquée d'épingles, la fuite avortée de Julia ...) et scènes satiriques (Tante Fanny rameutant des espèces de témoins de Jéhovah persuadés eux aussi de la fin de l'univers, les plaisanteries d'Essex, etc, etc ...)

Quant à la fin ... Eh ! bien, elle soulève beaucoup de questions, ce qui est souvent le cas dans les nouvelles et les romans de Jackson.

Menés tambour battant, les dialogues recèlent de véritables morceaux d'anthologie, dignes des meilleurs humoristes anglo-saxons. Moins noire - en apparence tout au moins - que celle de "Maison Hantée" ou de "La Loterie", l'intrigue évoque surtout, pour les connaisseurs, "Les Gens de l'Eté", qu'écrivit également Jackson, mais en moins glauque et en plus acerbe, en plus ironique. Un roman curieux, déroutant, qui tient plus de la pathologie mentale que de l'horreur classique et qui est superbement construit. A réserver peut-être aux inconditionnels de la romancière. ;o)


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