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Le Rêve des Chevaux Brisés - William Bayer

Par Woland

The Dream of the Broken Horses Traduction : Gérard de Chergé

Tout apprenti-romancier devrait lire ce livre qui, par la rigueur de sa construction et la profondeur de ses analyses des personnages et des situations, atteint pratiquement à la perfection, une perfection que, jusqu'ici et dans le genre "polar", je n'ai rencontrée que chez Ellroy ou Lehane.

Si l'on excepte le flou qui entoure jusqu'à la fin le destin tragique de la petite Belle Fulraine, rien, dans ce livre, ne laisse à son lecteur une impression d'inachevé. (Encore peut-on penser que ce flou fait écho à l'épouvantable incertitude qui est trop souvent le lot des parents dont les enfants ont été enlevés et qui ne reparaissent jamais.) Tous les détails ont été peaufinés avec des tendresses d'horloger travaillant à une machine infernale. Les contradictions des caractères sont exposées, puis démontées et remontées avec une passion d'entomologiste. Enfin, contrairement à ce qu'il arrive trop souvent dans ce genre d'intrigue, la fin ne déçoit pas et les mobiles du meurtrier restent crédibles.

Avec tout cela, il ne faut pas s'étonner si l'ambiance de cette tranquille petite ville du Midwest, avec ses notables et ses moins notables, leurs secrets, leurs réussites et leurs échecs, est formidablement rendue. En prime, toute une palanquée de personnages dits "secondaires" qui auraient fait merveille dans l'un des grands films noirs des années quarante. Sans doute était-ce l'un des buts recherchés par Bayer puisque lui-même établit des parallèles entre le bar où se déroulent un bon nombre de scènes - l'omniprésent Chez Waldo - et le club dirigé par Bogart dans Casablanca (Chez Rick, si mes souvenirs sont exacts.)

Mention toute spéciale au personnage du psy qui tente de soigner Barbara et qui, peu à peu, grisé par l'idée qu'il tient un cas digne de "L'homme aux loups" de Freud, va dériver complètement.

Et puis, quelle maîtrise des flash-backs ! ...

L'intrigue déroule ses spirales empoisonnées autour du meurtre de Barbara Fulraine, épouse en instance de divorce du magnat des aciéries locales, et de son amant, Tom Jessup, qui était l'un des professeurs de leurs deux garçons, Mark et Robin. Les deux amants ont été criblés de balles, dans la chambre 101 d'un hôtel miteux local. Au-dehors, l'après-midi était splendide et chaud.

David Weiss, qui n'est autre que le fils de l'ancien psychanalyste de Barbara, a l'occasion de revenir sur les lieux en qualité d'illustrateur pour un procès à huis-clos, le procès Forrest. Et, fatalement, tout cela remue pas mal de souvenirs en lui, d'autant que son père s'est suicidé peu après l'affaire Fulraine qui, vous vous en doutez, n'a jamais été résolue.

Décidé à obtenir au moins quelques réponses, même s'il doit pour cela remuer la boue, Weiss s'enfonce dans sa propre enquête ...

Le reste, je ne vous le raconterai pas. Procurez-vous "Le Rêve des Chevaux Brisés" et venez nous dire ici si vous partagez mon enthousiasme - ce que je vous souhaite. Et merci à Gémini, de Nota Bene, qui m'a suggéré cette lecture. ;o)


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