Magazine Cinéma

[Critique] ROCKY II : LA REVANCHE

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] ROCKY II : LA REVANCHE

Titre original : Rocky II

Note:

★
★
★
★
½

Origine : États-Unis
Réalisateur : Sylvester Stallone
Distribution : Sylvester Stallone, Talia Shire, Carl Weather, Burt Young, Burgess Meredith, Joe Spinell, Leonard Gaines, Sylvia Meals, Franck McRae, Al Silvani, Frank Stallone, Tony Burton
Date de sortie : 29 février 1980

Le Pitch :
Après son combat épique contre le Champion du Monde Apollo Creed où il fut déclaré perdant par les juges, Rocky Balboa profite des gains que sa petite célébrité lui a apporté. Cependant, la vie n’est pas tendre avec le boxeur qui se retrouve bien vite à nouveau à sec. Apollo de son côté, est victime des amateurs de boxe qui remettent en cause sa victoire aux points. Frustré, Creed propose à Rocky une revanche…

La Critique :
Depuis la sortie et le triomphe, autant critique que public, de Rocky, Stallone a tourné deux films. Tout d’abord, il s’engagea corps et âme dans le trop méconnu (et donc très bon) F.I.S.T, un drame social « syndicaliste » réalisé par Norman Jewinson, qui remporta un succès d’estime poli. Ensuite, Sly décida de se lancer dans la réalisation avec La Taverne de l’enfer. L’occasion de tâter à nouveau du drame urbain avant de reprendre les gangs. Pour Rocky II, profitant du départ de John G. Avildsen, Stallone prit ainsi les commandes, à nouveau soutenu par les producteurs Irwin Winkler et Robert Chartoff. Le film, s’il ne connaîtra pas le même succès que son prédécesseur, confirme aux yeux de son auteur l’attachement du public pour son alter-ego cabossé. Rocky est une valeur sûre. Les fans, qui sont déjà nombreux, sont aux anges. La critique se désintéresse un peu de la chose, tout comme les Oscars, qui avaient largement salué le premier volet, mais peu importe pour Sly, qui commence ici véritablement à construire une réputation qui aujourd’hui encore perdure. Alors comparé aux plus grands acteurs « classiques », Stallone fait le choix de sa vie. Orchestrer la revanche de Balboa, l’outsider suprême, contribue assez largement à la façon dont il sera perçu par le grand public. Même si au fond, c’est surtout avec Rambo 2, qui a littéralement transformé son personnage de victime du trauma post-Vietnam en bête de guerre, qui entérina l’image de gros bras de Sly.

Rocky-2-Sylvester-Stallone

Pour autant, l’attente est longue pour les admirateurs du gaucher de Philadelphie. Depuis la défaite de Rocky face à Apollo, de l’eau a coulé sous les ponts et de l’avis de tous, ce retour sur les rings est justifié. Car Rocky II ne casse pas le message du premier, qui illustrait avant tout la lutte d’un homme face aux préjugés et à la fatalité. Rocky II enfonce le clou et continu de tisser une chronique sociale tout à fait pertinente. Stallone assume son triple rôle (acteur/réalisateur/scénariste) avec brio, et impressionne par sa faculté à livrer un portrait dénué de cynisme. Il n’hésite pas pour cela, et alors même que le héros vient d’accéder à la célébrité suite à son combat contre le champion du monde, à faire de Rocky un gosse de plus trente ans, en décalage quasi-total avec la nouvelle vie qui s’ouvre à lui. Un héros qui passe la première moitié du film à bousiller systématiquement les opportunités que son nouveau statut social pourrait lui offrir. Rocky ne change pas alors que l’argent et une certaine reconnaissance auraient pu lui permettre de s’acheter une nouvelle respectabilité. Ce n’est plus à proprement parler un pariât, vu que la société en a fait une sorte de symbole. Mais ce n’est pas non plus un héros. Dans sa tête, Rocky pense déjà à la retraite et n’aspire qu’à une existence paisible aux côtés d’Adrian.
Remarquable démarche de la part de Stallone qui ne cède pas (pour le moment) et qui réalise un film simple, aux personnages travaillés et en adéquation avec le cahier des charges de son prédécesseur.
Construit comme une sorte de roller-coaster dramatique, ce deuxième volet voit son protagoniste central jouir de son nouveau statut avant de retomber. Là est tout l’essence de Rocky : faire face aux épreuves et se relever. Son ADN le programme à nager à contre-courant et à défier tous les pronostics. C’est comme cela dans tous les épisodes de la saga, d’une façon ou d’une autre, et chaque occasion de se relever lui permet de s’élever un petit peu plus haut.

L’attachement de Sylvester Stallone envers Rocky est flagrant. Sa démarche est sincère. L’acteur/réalisateur ne surligne pas ses effets. Sa mise en scène reste proche de celle d’Avildsen dans le premier volet. Même si il raconte une revanche (non désirée dans un premier temps, c’est important), le long-métrage y va doucement et en profite surtout pour continuer à explorer la psyché de ses personnages, avec notamment la continuation de la belle love story entre Rocky et Adrian. Sly profite également que le décors soit posé pour approfondir les relations entres Rocky et Mickey, sans oublier Paulie, inénarrable beau-frère, lui aussi toujours présent et indispensable à plus d’un titre, et Apollo, qui n’est plus ce champion arrogant, mais un homme moqué mu par la colère et le désir d’une respectabilité perdue. Encore plus fort, Stallone impose à son alter-ego une nouvelle épreuve. Avant même qu’il se retrouve sur le ring face à Apollo pour le fameux match retour, Rocky doit se battre contre un destin qui ne lui fait pas de cadeaux. Le sort s’acharne et à l’écran, l’émotion s’en trouve décuplée, avec le point culminant qui voit Rocky reprendre l’entraînement sur la fameuse musique de Bill Conti.
Parfois décrié, Rocky II est pourtant situé dans la droite lignée de son prédécesseur. Il semblerait que les avis négatifs se basent d’ailleurs sur le fait que cette fois-ci, Rocky l’emporte, mais ce serait mal juger un dénouement en somme toute mérité et totalement justifié par tout ce qui précède. Une manière également d’emmener Balboa au sommet pour en étudier les effets.
Autrefois dans l’ombre, le gaucher de Philadelphie chemine doucement vers la lumière. Son parcours est une pure source d’inspiration.

Plus massif, touchant quand il ne lâche rien alors que les nuages noirs s’amoncellent au-dessus de sa tête, Rocky sait aussi se montrer drôle. Le passage où il prête son image à une marque de parfum en est le parfait exemple, même si, là encore, le propos nourrit l’émotion et la complexité d’un personnage décidément à part dans le paysage cinématographique.
Durant sa longue carrière, Stallone n’a jamais eu peur de prendre des risques et de se moquer de son image. Ce qu’il accomplit dans Rocky II force l’admiration car l’équilibre est total. Raison de plus de considérer cette revanche, dont l’affrontement final touche au sublime à tous points de vue, comme un grand film.

@ Gilles Rolland


Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Onrembobine 57561 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazines