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Paoru.fr, la 600e : Chronique de manga, mon amour !!!

Publié le 20 décembre 2015 par Paoru

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Pour cette nouvelle centaine je suis revenu à cet exercice qui m’éclate toujours autant : faire parler les autres ! Depuis la 500e du blog il y a 2 ans, j’ai pu croiser pas mal de nouvelles têtes sur Twitter qui appartiennent au monde du manga : je les ai donc invitées, eux et des plus anciennes connaissances, pour un échange sur un sujet universel… la chronique de manga !

Comment chroniquer, quoi chroniquer, à quel rythme chroniquer, que mettre ou ne pas mettre dans une chronique (that is the question), chroniquer d’amour et d’eau fraîche ou de rage et de désespoir mais aussi observer, décortiquer, goûter, savourer ou vomir avec les cinq sens du lecteur, de l’éditeur, du traducteur ou de l’attaché de presse en mi majeur !

J’ai donc frappé à de multiples portes et ils ont tous ou presque répondus présents et je les en remer … Ah NON les gars on avait dit pas de tomates pourries sur Rémi, il a dit qu’il avait piscine, faut le comprendre ! Et en plus vous allez me saloper le parkweeeeeeh !

Je disais quoi moi… Je ne sais plus là… Bon on s’en moque finalement : allez hop en route pour cette 600e !

Préambule : qui est-ce qui vient dîner ce soir chéri ?

Et oui, les présentations s’imposent. Je vous livre donc les invités de cette aventure, par ordre d’apparition à l’écran :

600e Paoru Guest list

Gérome aka l’Otaku Poitevin : J’ouvre le bal ! : Salut, moi c’est Gérome (L’Otaku Poitevin) 35 ans, je vis en couple avec deux enfants au foyer (ma belle-fille 16 ans et demi et Charlie 5 ans). De retour aux études pour devenir infirmier je me remets la tête dans les bouquins, j’ai donc un peu moins de temps en ce moment pour les animes du coup je me concentre plus sur le format papier. Mon lien avec le manga est simple, je suis un consommateur infecté par une collectionnite aiguë. Je ne suis pas un gros lecteur de chronique, j’en lis peut être 3 ou 4 par semaine et encore ça m’arrive de ne pas en lire pendant plusieurs semaines. Est-ce utile de préciser que je suis un passionné de l’univers manga depuis les années 90 ?


Fabien :
Je m’appelle Fabien Vautrin, je travaille pour les éditions Kurokawa depuis bientôt onze ans. J’y porte la double casquette de directeur artistique et conseil en stratégie, j’ai aussi la chance de m’occuper avec ma femme de l’adaptation française de certains titres (actuellement les œuvres de Hiromu Arakawa, Ultraman et Pokémon). Avant de bosser pour Kurokawa, j’ai tenu pendant quelques années un site nommé Sugoi! consacré aux jeux vidéo japonais et j’ai collaboré au magazine GameFan.


Meloku
: Joan (alias Meloku), 24 ans. Mon lien avec le manga a débuté très tôt, vers 5-6 ans, avec l’inévitable Dragon Ball. J’ai quasiment appris à lire avec, du coup je suis naturellement resté attaché au média. Aujourd’hui je lis une dizaine (voire une quinzaine) (bon ok, souvent beaucoup plus) de mangas par semaine. J’ai la chance d’à peu près comprendre plusieurs langues, ainsi je ne me contente pas que du marché français. Je donne mon avis sur Nostroblog (que j’ai créé avec des copains) et dans Animeland (que je n’ai pas eu la chance de fonder mais qui a débuté quelques mois après ma naissance. Coïncidence ?).


Guillaume :
Je m’appelle Guillaume Kapp, je travaille pour les éditions Ototo / Taifu Comics et Ofelbe depuis un peu plus de 3 ans maintenant. Je m’occupe de toute la partie communication et relations presse pour ces éditeurs. Il s’agit de mon premier poste dans le secteur de l’édition. Avant ça, j’étais étudiant et je travaillais parfois pour la librairie Manga Café à Paris. Outre les mangas et séries animées, je suis également passionné par la musique japonaise, notamment le JRock.


Ours256 :
Yo. Je m’appelle Salomon IFRAH. Prof de français et d’espagnol le jour, chroniqueur la nuit, j’ai fait mes armes il y a plus de 4 ans sur Krinein (j’ai commencé en tant que rédacteur avant de devenir Rédacteur en Chef). J’écris depuis quelques années pour Nostroblog et depuis septembre, je travaille, avec Kubo (Mangacast) sur mon nouveau bébé qu’on a nommé Manga Mag. Je passe tellement de temps aux toilettes que forcément, j’ai le temps de lire pas mal de trucs. Depuis le début de l’année, je me suis auto-proclamé gourou de la Secte des Adorateurs de Masato Hisa.


Wladimir Labaere
: Moi, à la base, j’adore les dim-sum (les bouchées à la vapeur, quoi). Et longtemps, j’ai cru que les mangas, c’était chinois. Alors je peux dire que je suis venu aux mangas sur un malentendu géographico-culinaire.


Victoire :
Moi j’aime beaucoup les Kinder ou encore la Marmite (et aujourd’hui c’est le jour du Panettone que j’aime très fort aussi) mais ça n’a rien à voir avec le manga. Sinon je suis tombée dedans à cause de mon mémoire de fin d’étude. Je trouvais que c’était une manière “intelligente” de rentrer dans cet univers que je zieutais depuis longtemps, tout en ayant peur de tomber dedans… Je ne voulais pas devenir une vieille nana coincée chez elle avec ses chats et ses mangas.

A ces joyeux drilles est venue s’ajouter une attachée de presse mystère qui a glissé quelques réponses directement par téléphone à l’oreille du chocobo. Sauras-tu retrouver de quelle maison d’édition elle s’occupe jeune lecteur ? Ludique et mystérieux ce papier, quelle chance pour toi petit scarabée !

Il était une fois… la première fois !

Et donc la question se pose : comment tout ça a commencé et quels souvenirs gardent-on de nos mains, autrefois fébriles et excitées, qui ont caressé les touches du clavier for the very first time, qui se sont laissées à l’extase de l’expression passionnée et des langues déliées ?

Pfiouuuu… Il fait chaud d’un coup, vous ne trouvez pas ?

Gérome/l’Otaku Poitevin : Je fais des chroniques manga depuis moins de deux ans, je suis donc un jeune chroniqueur comparé à certains. La chose qui m’a donné envie d’en faire c’était un concours sur Otaku Attitude, du coup je me suis pris au jeu et ai continué en faisant une page Facebook puis sur Mangalerie . J’aime bien donner mon avis c’est peut-être ça qui m’a aidé à commencer aussi. J’ai relu mes premières chroniques récemment, j’ai trouvé que mon écriture était bancale, tordue plutôt, elle l’est encore régulièrement, c’est que je dois l’être un peu aussi !

Mangalerie

Fabien : J’ai déménagé l’été dernier et je suis retombé sur de vieux magazines du début des années 2000 dans lesquels j’écrivais quelques pages (principalement des titres du groupe FJM sous la direction d’Iker Bilbao). C’est une expérience assez étrange de se relire 10-15 ans plus tard, le plus perturbant étant que je ne me souvenais absolument pas avoir écrit la plupart de ces articles. Il s’est passé tellement de choses depuis, aucun regret, il faut aller de l’avant.

Solanin
Meloku : Je suis longtemps resté muet sur Internet, me contenant de lire les avis des autres (sur Mangaverse puis Manga-News principalement). Un jour, un manga m’a mis une claque monumentale, un peu comme s’il avait été écrit pour me parler. C’était Solanin d’Inio Asano. C’est ainsi que je me suis dit que s’il m’a touché à ce point, il a le potentiel de faire le même effet sur d’autres. Je suis donc devenu actif sur quelques forums de mangas. De fil en aiguille j’ai créé un premier blog, puis j’ai été recruté par Manga-News. Après quelques années sympas j’ai quitté le site pour parler plus librement de ce que j’aime, le tout entouré de copains du net qui partagent la même passion, mais pas forcément de la même manière.

A part ça oui, je relis parfois de vieilles chroniques. Et non seulement j’apprends des infos que j’avais zappé mais je suis également surpris par le vocabulaire que j’employais : j’écrivais bien mieux avant ! Du coup je ne sais pas ce qui me déprime le plus : être conscient que mon écriture se détériore ou réaliser que je perds la mémoire. Merci pour ta question Paoru, vraiment ! (note du chocobo : oh tu sais, moi, si je peux aider !)

Ours256 : Pour ma part, je suis l’exemple type du mec arrivé totalement totalement par hasard. Un jour, Plax (un ex-membre de Krinein qui a, depuis, fondé une chaîne appelée Memory Card) a débarqué sur Manga Sanctuary et mis une annonce de recrutement. J’étais étudiant à l’époque, ce qui me donnait pas mal de temps libre. J’ai tenté et j’ai été pris. Après tout, j’avais déjà lu pas mal de trucs et j’avais l’impression de savoir de quoi je parlais donc… Avec le temps, l’équipe s’est réduite et le responsable est parti. J’ai repris les rennes et il faut avouer que j’ai beaucoup fait évoluer la ligne éditoriale du site (je suis super indécis :D).

Lorsqu’on a décidé de lancer Manga Mag avec Kubo, il fallait du contenu de base. Je me suis donc dit qu’il ne serait pas une mauvaise idée de reprendre de vieilles chroniques. En me relisant, je me suis dit que c’était quand même pas top. Que ce soit au niveau de la structure de mes chroniques trop variable ou même du rythme, il y avait encore pas mal de boulot. Par contre, je n’irais pas jusqu’à dire que je ne les aime pas. J’ai pris un petit plaisir à les relire mais surtout à les éditer, à essayer de les moderniser, preuve que tout n’était pas à jeter.

Wladimir Labaere : Après des études, entre autres, de japonais (le malentendu cité plus haut était alors dissipé), et une année passée au Japon, j’ai décidé de travailler « dans le manga » (C’était quand même une passion depuis une vingtaine d’années !). J’ai tapé à pas mal de portes. On était en 2006, il était sans doute moins compliqué de trouver du boulot dans ce secteur à l’époque qu’aujourd’hui. J’ai alors mené une carrière très brève dans la presse manga. Animeland et dBD ont été les deux principaux magazines pour lesquels j’ai écrit pendant quelques mois. En parallèle de mes études de japonais aux Langues’O, j’avais suivi à l’Institut d’Études Politiques de Paris un cursus de sociologie politique appliquée à l’Asie. Mon mémoire de Master 2 portait sur les représentations de la fin du monde dans les mangas.

Les chroniques et articles de fond que j’ai rédigés ont ainsi été guidés, en plus d’une analyse littéraire, par la volonté de chercher ce que disaient les mangas et anime sur la société japonaise contemporaine. Très vite, j’ai commencé à traduire des mangas et anime, activité qui a rapidement pris le pas sur mes activités de chroniqueur. J’ai donc arrêté d’écrire au bout de quelques mois, faute de temps. (Pour l’anecdote, l’un de mes premiers boulots de traduction, je le dois à Animeland : je devais en être à mon troisième ou quatrième article, principalement pour la rubrique « transversale », quand la rédaction a reçu un coup de fil un peu paniqué de Kana Home Vidéo, qui s’était fait planter par un traducteur sur la série animée Sergent Keroro et cherchait donc quelqu’un pour reprendre la trad en toute urgence.) Aujourd’hui, mon rapport à la presse manga, papier et web, est celui d’un éditeur. J’aime beaucoup discuter avec les gens qui écrivent. Pour leur « vendre » mes mangas, bien sûr, en expliquant ce qui fait les qualités des titres, les raisons pour lesquelles je les publie, de quelle manière ils peuvent enrichir l’offre présente sur le marché francophone… Mais je prise tout autant ces échanges pour le regard différent qu’ils m’apportent sur mes titres.

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J’ai exhumé très récemment une chronique écrite en 2006, pour @ours256 qui a concocté un dossier hommage à Shigeru Mizuki pour @MangaMag. C’était une courte chronique sur 3, Rue des mystères. J’angoissais pas mal, et je m’étais promis d’enterrer ce texte si, presque dix ans après, je le trouvais honteux, mais à ma grande surprise, je ne l’ai pas trouvé si nul. J’ai également pu me rendre compte que je n’aurais pas du tout écrit ce texte de la même manière aujourd’hui. En troquant ma casquette de chroniqueur pour celle de traducteur et d’éditeur, j’ai vraiment adopté une autre manière d’appréhender et d’apprécier le manga.

Victoire : De mon côté, je ne chronique pas trop de mangas en fait… j’ai bien fait un ou deux articles (plus sur les anime que sur les mangas d’ailleurs) sur mon blog à l’époque mais sinon pas trop… Enfin si, je chronique MES mangas !

😀

C’est tout un art de présenter ses mangas aux journalistes, pour sûr ! Et oui, j’ai relu mes chroniques, et je les trouve carrément top : elles sont écrites comme je parle, avec des citations des films Disney un peu partout, c’est un bonheur à lire… En tout cas pour moi, je m’y fais rire moi-même… ahahah !! Par contre, si on ne me connaît pas je pense qu’on doit me prendre pour une folle ! ( Note du chocobo : parce que lorsqu’on la connait c’est différent ?

😉
 )

L’instant TOP CHEF : les ingrédients de la chronique !

Les personnages, le scénario, la narration, le graphisme ou le thème c’est comme le sucré, le salé, l’acide, l’amer et le mystérieux umami en cuisine : il y a une infinité de recettes possibles dans une chronique de manga. Même si l’on aime souvent aborder tous ces sujets, il y a toujours des saveurs qui sont plus appréciées par le palais et des aliments que l’on préfère cuisiner à d’autres. On a donc refilé des toques à nos invités et on a causé d’ingrédients et d’amour du bon pavé… Sans oublier d’évoquer des petites sauces plus spécifiques au format manga : la traduction et l’impression !

Noirs et manga
Gérome/l’Otaku Poitevin : J’aime bien parler de l’impression générale que me laisse un manga, j’évoque ces notions de narration, des scénarios etc mais n’étant pas un spécialiste je ne m’attarde pas trop la dessus. Quand je lis des chroniques j’aime bien avoir une sensation de maîtrise de la part de l’auteur, que je n’ai pas l’impression qu’il dise des conneries quoi ! Quand je lis quelqu’un qui s’y connaît dans un domaine, on a des précisions qu’on n’a nulle part ailleurs. De même les chroniques pleines de références sont super intéressantes car derrière tu découvres plein de titres cools ! C’est là que Meloku est fort, en une page tu te trouves avec 4 nouveaux titres dans ta wichlist !

Pareil quand les thématiques abordées sont pertinentes et originales, j’ai en exemple cet article que je viens de lire sur la place des noirs dans les manga, c’est simple, l’auteur ne met pas les blacks en victime mais rationalise sur les stéréotypes fréquemment utilisés par les mangaka, bref je l’ai trouvé cool.

Meloku : Au départ j’aime bien analyser la structure narrative et la mise en scène graphique (mais moins le dessin, car je ne m’y connais pas suffisamment). Mais j’ai évolué. Aujourd’hui j’aime mettre en exergue l’impact social que peut avoir un manga, ce qu’il peut représenter pour celui qui le lit. Je me plais également à chercher ce qu’un auteur a voulu transmettre à travers son œuvre. Mais c’est dur et ça demande des efforts importants pour quelqu’un d’aussi peu futé que moi. Bon je vais essayer de pas trop me rabaisser quand même, mais je galère très souvent à écrire, alors quand je reçois les encouragements de quelqu’un comme Ours256, que j’ai des retours positifs sur un billet ou même que je reçois des prix, bah je suis soulagé, je me dis qu’en fin de compte je ne suis pas si nul que ça. C’était quoi la question déjà ?

Ours256 : Pour ma part, j’adore parler narration, encrage, imagerie. Mon amour pour la littérature est en cause pour le dernier bien évidemment et il y a de nombreux auteurs qui savent exprimer les émotions avec un talent certain. Pour utiliser un exemple récent, je vais prendre ARAI dans Les Misérables qui représente les états d’âme de Jean Valjean avec un lion d’une férocité folle. Pour l’encrage, impossible de ne pas citer FUJITA et Moonlight Act qui me donnent des frissons à chaque fois que j’en lis un tome. Le trait de cet auteur est tellement explosif qu’il ne peut laisser de marbre aucun lecteur. Qu’on aime ou qu’on aime pas, on aura un avis sur la chose. J’ai gardé le meilleur pour la fin mais niveau narration, c’est bien évidemment à Masato HISA que je tire mon chapeau. Il me fait rêver avec Area 51 mais aussi avec Jabberwocky. Avec lui, un seul mot d’ordre : le dynamisme. Si je commence à en parler, je vais plus m’arrêter donc je dirais juste qu’il fait partie de ceux qui parvient le mieux à allier le fond et la forme.

Area51-2-9

Wladimir Labaere : Au risque de me répéter, j’aime qu’une chronique prenne un peu de hauteur et/ou des chemins de traverse. Je me rends compte que j’apprécie aussi de pouvoir trouver, à un moment ou un autre d’un papier, une contextualisation de l’œuvre chroniquée : qui est l’auteur, qu’a-t-il fait d’autre ou que fait-il d’autre que le manga en question, que ce soit en manga ou dans d’autres domaines. J’aime aussi lire en quoi, selon le chroniqueur, le titre en question s’inscrit dans son temps (fait-il écho à quelque chose de réel ?). J’apprécie aussi pas mal le jeu des références, c’est-à-dire quand le chroniqueur replace une œuvre dans une famille (fût-elle graphique, scénaristique ou thématique). Le mieux étant que le chroniqueur trouve des résonances avec des romans, des films, des tableaux, telle ou telle musique (et surtout, pas uniquement en provenance du Japon)…

En fait, je me fous pas mal qu’on me raconte l’histoire en plus de deux lignes. Ça me donne généralement l’impression de perdre mon temps. Ce que j’attends d’une chronique, c’est une vision construite, argumentée, et surtout personnelle, d’un titre. Tout ça pour dire que les titres Sakka, on l’aura compris, c’est du pain bénit pour les chroniqueurs qui veulent s’amuser.

Victoire : J’aime bien qu’une chronique se déroule sans accroc ! Sinon, j’aime bien qu’elle évoque un peu de tout ça, et comme dit Wladimir d’une très belle manière, qu’il y ait une certaine réflexion (perso forcement) sur l’histoire, l’auteur, le message de l’œuvre, etc.

Les vacances de Jésus & Bouddha 10
Comme je le disais plus haut :  la traduction c’est très rare qu’on en parle dans les chroniques ou articles, excepté pour des débats sur les adaptations au contexte, comme l’humour dans Jésus et Bouddha par exemple qui est parfois écrit avec des références françaises… Donc si un chroniqueur non bilingue veut savoir s’il a un bon travail de traduction entre les mains pour l’évoquer dans sa chronique… il fait comment ? Réponses des concernés :

Fabien : Si la traduction n’est pas mentionnée, c’est qu’elle a rempli son rôle à la perfection. Le but ultime d’une traduction est d’être totalement transparente aux yeux du lecteur. Pour le sujet qui nous intéresse, elle doit aussi s’intégrer avec fluidité dans le découpage imaginé par l’auteur, retranscrire de manière cohérente les caractères des personnages ou même attraper le lecteur par la main dans les passages un peu compliqués afin qu’il puisse souffler et prendre du recul sur l’action. De mon point de vue, si tout ceci s’effectue sans même que le lecteur ne s’en rende compte, le pari est gagné.

Ours256 : Je ne suis pas éditeur mais je suis traducteur à mes heures perdues, d’anglais et d’espagnol soit, mais les problématiques sont les mêmes que pour le japonais. Ce que @Fab a dit est complètement vrai même si j’aimerais y ajouter une petite nuance. Une bonne traduction peut être considéré comme telle si le lecteur lambda ne se rend pas compte qu’il y a eu un petit remaniement (les structures des langues ne sont jamais les mêmes). Un lecteur spécialisé aura probablement déjà découvert sa série préférée dans une autre langue ou même dans la langue originale du titre. A partir du moment où il s’est fait sa propre idée, impossible (ou très difficile) de lui faire changer d’avis ou d’essayer de négocier sur un nom ou une transcription. Autre point : il faut que ça reste fluide et cohérent. Voir un jeune garçon parler comme un livre du XVIIe siècle ou des morceaux de phrases qui ne s’emboîtent pas vraiment… bof bof… Un dialogue reste un dialogue.

Wladimir Labaere : je suis très partagé sur la question du traitement de la traduction dans les critiques de manga. Je me dis que pour avoir la légitimité de parler de la traduction d’un titre qu’il chronique, un chroniqueur doit avoir lu le titre dans sa version originale. Il n’y a qu’ainsi qu’il pourra produire un discours pertinent sur ce point. Mais est-ce que ça intéresse les lecteurs ? Et est-ce que ça doit les intéresser ?

Je suis tout à fait d’accord avec Fabien sur la « transparence » d’une traduction. Si le lecteur ne se dit pas qu’il a affaire à une traduction, c’est souvent gage de qualité (sauf dans le cas où un traducteur réécrit talentueusement toute l’histoire, mais ça, j’ose espérer que ça n’existe pas). Mais une traduction ne doit pas être « neutre » pour autant. Par sa qualité, elle doit immerger le lecteur dans l’univers d’un auteur. Et je ne connais peu d’auteurs de manga qui se disent : « tiens, j’ai une idée : tous mes dialogues vont avoir un électro-encéphalogramme complètement plat. »

En tant que traducteur et éditeur, je sais qu’une mauvaise trad peut massacrer une œuvre, quand une bonne peut la sublimer (pour prendre les deux extrêmes du spectre des traductions). Et quand je dis « mauvaise trad », je ne parle pas uniquement du sens (là, c’est la responsabilité des éditeurs de trouver des traducteurs compétents), mais plutôt de l’adaptation. Je lis encore pas mal de mangas en français sans les avoir lus en japonais, et il m’arrive souvent de « voir » le texte japonais derrière le texte français. Je reconnais des structures grammaticales, des tournures calquées sur le japonais, ce qui est tout sauf naturel et me fait donc « sortir » de l’œuvre. Et pas seulement parce que je parle japonais, loin de là. C’est surtout que je considère la situation et que je me rends compte (à tort ou à raison), que là, en français, personne ne dirait ça comme ça. Le français et le japonais sont des langues d’une richesse immense, mais pas de la même manière.

Quand on considère que le manga, c’est avant tout des dialogues, il y a un « truc » très simple : je conseille fortement à tous les traducteurs auxquels je confie des titres de mettre leur travail à l’épreuve de l’oral. « Lis ta trad à voix haute, tu verras tout de suite si, en français, dans la vraie vie, dans cette situation donnée, on dit ça comme ça. » Il faut que ça coule ! Qu’on entende une musique ! (Je ne demande pas le gueuloir de Flaubert, mais presque.) Le tout en respectant l’alliance image/texte, le découpage des planches, la taille des bulles. C’est là que je me dis que parfois, une excellente maîtrise du français est sans doute plus importante qu’un niveau de brute en japonais. La pratique du sous-titrage de films ou d’anime oblige, du fait de la contrainte du nombre de signes, à une gymnastique intellectuelle permanente qui peut s’avérer très utile quand on traduit un manga. (Digression : désolé les fansubbbers qui balancent des sous-titres de 8 lignes et des « notes » sur l’écran, mais en sous-titrage, il y a des règles, la première étant qu’un sous-titre doit être lisible par l’œil humain dans le temps où il apparaît à l’écran, tout en laissant le possibilité de suivre l’action.)

Même question sur la fabrication : qu’est-ce qui nous dit que l’éditeur a mis les moyens sur la qualité de son bouquin ou au contraire qu’on a du caca d’éditeur entre les mains ?

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A cette question Gérome rajoute d’ailleurs la sienne : « Je me demandais si le “fabrication française” pouvait être un argument de vente, je parle du choix d’une imprimerie française ou italienne par exemple, vu que c’est un peu tendance en ce moment. Ou peut-être que la différence de prix/savoir faire est vraiment significative ? »

Fabien : Pour ce qui est de la qualité de fabrication du livre, il y a des critères objectifs et subjectifs. La souplesse et la blancheur du papier par exemple sont des éléments où chacun a sa préférence personnelle. Pour avoir eu des mangas venant de nombreux pays entre les mains, je peux affirmer sans trop de risque que le niveau moyen français est parmi les plus élevés et fait presque jeu égal avec le Japon. Il y a aussi l’aspect culturel qui entre en compte car en France, on aime les beaux livres. Les jaquettes, la création graphique, les pages couleur, les effets de couverture, toutes ces petites attentions qualitatives sont rares dans les autres pays. Je pense que les lecteurs de mangas en version française ne se rendent pas compte à quel point ils sont gâtés.

>> @ Gêrome : Ça tombe bien, en ce qui concerne Kurokawa, tous nos mangas sont imprimés dans la banlieue de Poitiers ! Je doute que l’argument « fabriqué en France » fasse autant d’effet sur les mangas que sur les produits frais mais il a le mérite d’exister. On parle des avantages financiers à délocaliser mais on oublie souvent les deux très gros avantages à imprimer en France : la confiance et les délais. La confiance car nous travaillons depuis des années avec le même imprimeur et il possède une expertise suffisamment grande pour nous alerter en cas de problème. Il est au moins aussi exigeant que nous car il a la fierté du travail bien fait. On peut même s’y rendre en cas de besoin, c’est à moins de deux heures en TGV. Les délais ensuite car imprimer à l’étranger rend dépendant de la logistique et des aléas des transports. Imprimer en France nous autorise aussi à être plus réactif et à peaufiner nos titres jusqu’au dernier moment.

Manga - Photo ©Paoru.fr
Guillaume : Je ne m’occupe pas vraiment de la partie Fabrication, mais j’ai la chance de pouvoir donner mon avis et je suis aussi consommateur !

Tout d’abord, pour le grand public, je ne pense pas (malheureusement) que l’argument “Fabrication Française” soit très important, mais pour nous, éditeurs, cela représente plusieurs avantages comme les délais, la flexibilité et la confiance. Ces critères sont très importants, car s’il y a un problème, c’est tout notre planning de publications qui peut être bouleversé. L’impact sur la partie communication est donc direct… et devoir décaler une campagne de communication prévue depuis longtemps est très compliqué…

Après, il y a des critères plus personnels comme la blancheur du papier, son épaisseur qui sont importants pour les lecteurs, car ils rendent leur lecture plus agréable.

Comme a pu le dire Victoire, le choix du papier également très important pour les éditeurs car il jouera sur la qualité d’impression. Le choix de l’imprimeur se fera donc également en fonction des différents papiers qu’il propose. Dans la partie Fabrication, il faut aussi parler de la partie création graphique avec les jaquettes, les couvertures, et la présence de pages couleur. Ces points sont très importants car ils participent à la mise en avant du livre. Comme dirait Fabien, il s’agit “d’attentions qualitatives” qui valorise le livre, l’édition.

Ours256 : Je rejoins Guillaume sur la partie fabrication. Je suis tout de suite plus attiré par un bel habillage graphique et par un vernis qui “en jette”. Les gros livres ne me font pas non plus trop envie, quand c’est trop lourd, ce n’est pas agréable. Je pense surtout aux intégrales de plus de 500 pages, c’est pas le top niveau plaisir de lecture.

Gérome/l’Otaku poitevin : >> @Ours256 les gros volumes ne me dérangent pas, au contraire même, j’aime bien le côté “bel objet” (quand l’édition fait bien son boulot). Mais j’admets que les belles couvertures sont un plus.

Wladimir Labaere : Du point de vue de l’éditeur, un « bon » imprimeur, c’est celui qui concrétise la volonté d’un éditeur pour ce qui concerne l’objet, volonté traduite par son service production en un cahier des charges. Peu importe la « nationalité » de l’imprimeur.

Cela dit, il est vrai qu’il y a des avantages pratiques (évoqués par Guillaume) à travailler avec un imprimeur français. Mais pour ma part, je pense d’abord à l’objet que les lecteurs prendront en main, à leur première impression, qui va conditionner leur expérience de lecture. De ce point de vue-là, ça ne me dérange absolument pas que, lorsque des lecteurs parlent d’Area 51, ils évoquent d’abord le « toucher » si particulier de la jaquette, ses couleurs ultra-pétantes… Parce que c’est complètement raccord avec l’intérieur, que ça forme un tout.

Victoire : Je rejoins Wladimir, un bon imprimeur va être celui qui suit l’idée de l’éditeur, l’écoute et travaille avec lui à la bonne réalisation d’un ouvrage, et ce, quelque soit sa “nationalité”. Pour être allée poser la question à notre chef de fabrication, elle dit qu’elle n’a pas forcement plus confiance en un imprimeur français qu’en un autre. Elle a, par exemple, une relation de confiance bien plus forte avec notre imprimeur italien… (NDLR : L.E.G.O., cf visuel ci-dessous). C’est une question humaine et pas forcement une question de “nationalité”. En ce qui concerne les questions de délais, effectivement elle a 3 jours de moins si elle prend un imprimeur français, ce n’est pas non plus énorme selon ses dires.

:)

Cependant, question prix, les français ont plus de mal à s’aligner avec les autres, notamment à cause du coût d’un employé en France… Enfin, la qualité d’un ouvrage ne dépendra pas seulement de l’imprimeur lui-même, mais aussi des choix de l’éditeur au niveau du matériel (papier, vernis, etc.)

LEGO

Pour finir, impossible de ne pas parler du 6e ingrédient essentiel, ce 7e sens qui fait brûler le cosmos du rédacteur et transforme sa plume en aile-dorée-façon-saiyajin-god : l’inspiration… et son fidèle nemesis : le manque d’inspiration !

La question est donc : Y a-t-il des auteurs ou un style/genre ou thématique de manga que vous aimez chroniquer plus particulièrement ou d’autres que vous aimez bien mais avec qui vous rencontrez un mal fou dès qu’il faut écrire dessus ?

Gérome/l’Otaku Poitevin : Il y a quelques sujets qui me font dépenser pas mal d’encre, c’est tout ce qui est impact psychologique sur les personnages lors d’événements ou selon leurs interactions, ou j’aime bien faire un rapprochement avec une discipline que j’étudie c’est la santé mentale. Les personnages ont souvent, comme dans la vraie vie, des personnalités diverses et sont souvent troublés par différentes choses. J’ai pris le parti d’en faire un article une fois. Je ne sais pas si les ça intéresse les gens mais moi si. L’aspect social est aussi très présent dans mes chroniques. Du coup j’adore des auteurs comme Usamaru Furuya ou Takehiko Inoue, ce dernier rajoute le côté sportif (basket) que j’adore.

Meloku : Kazuo Kamimura et Suehiro Maruo sont sans doute mes chouchous pour l’écriture, je ne me lasserai jamais d’écrire sur eux. En revanche, j’ai un mal fou à écrire sur Inio Asano, et principalement sur Solanin. Sans doute parce que je suis trop perfectionniste tellement cet auteur m’a marqué. Mais j’ai trouvé la solution avec cet article , j’ai comparé Inio Asano à Kazuo Kamimura et ça m’a permis non seulement de prendre du plaisir à l’écriture mais aussi d’être fier du résultat. Malin non ?

Ours256 : Pour les auteurs, c’est pas très dur quand on me connaît : Hirohiko ARAKI parce que Jojo, Masato HISA parce qu’il est tout simplement génial et Naoki URASAWA parce qu’il y a toujours un truc à dire ce qu’il fait ou ce qu’il décrit. Niveau thématiques, j’aime beaucoup parler d’adaptations d’œuvres littéraires, pas parce j’ai lu l’oeuvre de base mais parce qu’on sent que l’auteur doit faire un effort très particulier au niveau du rythme. En temps que lecteur vorace de roman, on le sent très bien. Que ce soit dans un titre comme Ascension ou même Battle Royale tiens ! Difficile de ne pas citer non plus les manga où les références foisonnent comme Genshiken, Bobobo-Bobobo ou plus récemment Bimbogami Ga qui est un petit bijou que tout le monde snobe.

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La question du bon et du mauvais chasseur… mais sans la galinette cendrée.

Vous l’aurez compris, la suite nous permet d’aborder cette épineuse question : c’est quoi une bonne chronique… ou une mauvaise ?

Gérome/l’Otaku Poitevin : Pour moi une bonne chronique, c’est quelque chose d’assez simple, il faut que le lecteur ait compris ce que tu voulais dire dans ton article (des fois je m’emballe ça doit pas être simple de piger le sens ^^). Pas besoin d’argumenter sur 50 pages pour convaincre le lecteur de lire tel ou tel manga. Mais le message doit passer, que ce soit une analyse de la narration, de la situation sociale, du dessin, ou autre. Pour la chronique « news » je pense que c’est différent, elle est là pour faire une courte présentation d’un titre. La mauvaise chronique serait un écrit sans véritable fond, qui serait écrit pour être écrit. Si on y ajoute des fautes à tous les mots (je suis assez tolérant car pas infaillible sur le sujet mais des fois c’est trop). En gros il faut aussi que l’on ait envie de continuer la lecture, si on trouve ça mauvais dès le début on s’arrête directement faut pas être maso .

Fabien : Une bonne chronique, c’est une chronique qui dit du bien de nos titres ou du mal de ceux des autres ! Plus sérieusement, j’élude en général toute la partie scénaristique pour m’attarder aux critiques générales émises sur le livre ou sur le travail de l’éditeur. On a la chance en France d’avoir une émulation positive entre éditeurs pour proposer de belles éditions de nos mangas. Du coup, c’est toujours appréciable quand ce travail est reconnu ou mentionné. Mais il faut aussi savoir appuyer là où ça fait mal. Contrairement aux simples commentaires, les points négatifs abordés dans une chronique sont souvent argumentés et constituent un retour précieux pour les éditeurs.

Mangas

Meloku : Pour moi une bonne chronique, c’est une chronique accessible. Ne pas perdre le lecteur avec des noms d’auteurs ou de personnages qui sortent de nulle part quand bien même c’est évident pour toi. Accentuer les points que tu veux mettre en avant par une tournure de phrase forte, qui rentrera dans la tête de celui qui lit. Structurer la critique de manière à ce qu’elle suive un plan limpide. En tout cas c’est ce que je me fixe, c’est sans doute pour ça que je passe des dizaines et des dizaines d’heures sur un seul texte (d’accord je suis lent aussi, et je n’arrive pas à me concentrer). Après il s’agit d’un but personnel auquel j’aspire mais que j’ai beaucoup de mal à atteindre. Les articles dont je suis satisfait se comptent sur les doigts des mains, et quand on sait que je gravite aux alentours de 500 textes…

Sinon une mauvaise chronique, c’est un texte qui reprend point par point un dossier de presse (d’autant plus quand celui-ci est erroné) (Oups).

Guillaume : Une bonne chronique est une chronique construite et argumentée, c’est-à-dire qu’elle ne fait pas “5 lignes” (Ah ah) ! C’est aussi une chronique qui s’attarde, bien évidemment, sur le fond, mais aussi sur le forme ! Parler de “l’objet livre” est aussi très important car notre travail est d’offrir un livre agréable à lire, qu’on a envie de garder, d’exposer. Bien évidemment, en tant qu’éditeur, on a envie de voir nos titres recevoir les éloges de tous les chroniqueurs, mais ce n’est pas toujours le cas, et il faut aussi se dire que même une chronique négative a ses points positifs (si elle est argumentée).

Les chroniques négatives nous permettent de cerner les attentes des lecteurs, de comprendre ce qui ne va pas dans notre politique éditoriale et de l’affiner. Si les critiques concerne le livre en lui-même, cela nous permet de réfléchir sur les améliorations à apporter (l’impression, le papier, etc.). Il en est de même pour la correction, la traduction, l’adaptation.

Ours256 : Je dois avouer que je suis assez d’accord avec @Gêrome dans l’idée. Pour qu’une critique me plaise, il faut qu’elle me motive à la lire. En temps que prof, je dois dire que ce n’est pas évident. Quand je vois des phrases commencer par des conjonctions de coordination ou même certaines utilisations du subjonctif qui n’ont pas lieu d’être, ça me donne des envies de suicide. Attention, je ne dis pas que l’erreur n’est pas humaine et qu’une ou deux fautes d’orthographe, c’est la mort… Cependant, si l’accroc est grammatical, la structure de la phrase est brisée et ça… ça ne pardonne pas !

En ce qui concerne l’argumentation, je ne la considère valide que que quand elle n’est pas de mauvaise foi et se base sur autre chose que du pinaillage d’otaku élitiste. Comme l’a dit @Meloku, une critique se doit d’être accessible, surtout si elle est publiée sur un site qui se veut grand public. Le lecteur lambda ne cherche pas à ce qu’on compare un manga avec un film muet de Kraczinoswki datant du 13e siècle… Il y a des sites spécialisés sur Sword Art Online, les séries d’URASAWA ou même Gantz qui font des critiques bien plus détaillées (et souvent plus pertinentes) que celles des sites généralistes et leur travail ne doit pas être délaissé.

SAO

Wladimir Labaere : À mon humble avis, une bonne chronique est signée par quelqu’un qui a su extraire ce qui fait à son sens le sel (bon ou mauvais) d’un titre et a su l’exprimer. J’aime les chroniques dont l’auteur adopte un angle qui lui est propre. Pour le dire autrement, j’aime bien quand un auteur vient avec sa sensibilité et met en lumière des choses que d’autres ressentiront autrement, n’estimeront pas essentielles ou ne verront même pas.

La mauvaise chronique, logiquement, c’est celle qu’on va lire dix fois sous dix plumes différentes. Je dirais que c’est celle du paresseux qui n’a pas donné sa chance à un titre, qui ne fait que survoler un manga et, pour une raison qui m’échappe, décide d’écrire quelque chose dessus (en mal ou en bien). Il faut gratter la surface !

Victoire : Une bonne chronique est écrite par quelqu’un qui va poser un regard intelligent sur l’histoire qu’il lit, le livre qu’il ouvre et qui prendra le recul nécessaire s’il n’est pas la cible (par exemple). Il fera son travail d’investigation si besoin et parlera du fond comme de la forme. Car, comme il est dit plus haut, l’ouvrage en lui-même compte aussi pour un éditeur mais comme pour tout vrai amateur de BD en fait ! Il n’est pas nécessaire qu’elle soit trop longue mais claire, simple à lire, intéressante et intelligente.

Notre invité mystère se souvient d’une anecdote à ce sujet qui illustre bien le papier inutile et le temps perdu : une bloggeuse avec qui elle travaillait lui demandait avec insistance de recevoir l’un de ses ouvrages, un comics relativement onéreux qui devait avoisiner la vingtaine d’euros et que nombre de chroniqueurs eurent aimé avoir entre les mains. La bloggeuse prétextant un papier important et continuant d’insister, elle le reçoit donc et l’article tombe : un copier coller de résumé éditeur, deux lignes d’analyse à tout casser et fin de l’histoire. Le genre de chose qui donne envide de décrocher son téléphone pour expliquer ce qu’est un travail honnête d’écriture…

Chronique manga : utile ou futile, c’est selon !

Quelque soit le contenu, chroniques et critiques manga ont aussi une spécificité : celle de pouvoir revenir plusieurs fois l’année sur le même titre… Mais qu’est-ce qui est mieux pour une série de plusieurs tomes ? Plusieurs chroniques ou un seul et long article ? Nan parce que chroniquer systématiquement des shônens qui ont dépassé les 30 tomes ça devient un peu compliqué… n’est-il pas ?

Gérome/l’Otaku Poitevin : C’est une question compliquée, personnellement j’ai du mal à m’attaquer à des œuvres dépassant les trente tomes trop de choses à dire et je ne m’en sens pas le courage car j’aime bien relire le manga en entier avant de faire une chronique dessus et ça prend du temps, des fois beaucoup de temps de tout relire.


Meloku :
Le tome par tome c’est marrant 5 minutes, mais franchement ça m’a fait chier. Lire pour chroniquer et non pour le plaisir est devenu un véritable enfer, à tel point que j’ai abandonné durant quelques mois les mangas (je ne lisais que Bonne nuit Punpun). Bon, j’y suis vite revenu et en créant Nostroblog je suis retourné à ce que j’aimais : une longue critique sur un titre. J’évite les shonen fleuves et ce genre de trucs, non pas par snobisme mais parce que je n’ai rien à dire dessus de plus que ce que tout le monde dit. Des milliers de personnes en parlent mieux que moi, alors qu’écrire ? “ C’est cool, lisez-le “ ? Bah oui, mais tout le monde le lit déjà. Bref, du coup je me concentre sur ce que je préfère, ce que je trouve intéressant et cetera. Soit je fais une critique complète banale, soit je tente de trouver des angles un peu différents (avec plus ou moins de succès hein).

One Piece 77
Ours256 : Le tome par tome… Qu’on aime ou pas, il faut en faire, ça fait vivre un site en termes de visites et de pages vues, ça aide à créer une base de lecteurs mais c’est quand même super chiant, même si on adore la série. Même si arriver au tome 77 de One Piece, j’ai toujours des trucs à dire sur la série, je ne suis pas sûr que ça soit vraiment pertinent.  Même si d’autres en ont parlé, je ne vois pas pourquoi je me priverais de le faire. Après tout, si j’ai envie…

Quand j’ai démarré sur Krinein, on tournait quand même à 3 ou 4 critiques de tomes par mois. Ensuite, on s’est tourné vers “les sorties du mois de chaque éditeur” et là, depuis quelques temps, c’est freestyle, je vais plutôt rester sur des critiques de séries complètes ou des avant-premières.

Faire un seul long article, c’est sympa mais ça peut vite s’avérer casse gueule. Il y a tellement de choses à dire, tellement de thématiques à aborder que ça devient très vite consumant. Après, j’aime bien faire comme @Meloku et aborder des angles un peu différent mais pour ça… il faut avoir le temps.

Wladimir Labaere : Les deux mon capitaine. En tant qu’éditeur, oui, je pense que des chroniques à chaque tome permettent à un titre de se rappeler au bon souvenir des lecteurs, et que c’est donc une bonne chose. Encore une fois, charge au chroniqueur de déterminer s’il a quelque chose à apporter au débat.

Victoire : Wladimir, mon maître à penser apparemment, a raison, les deux mon ami ! Après ça peut être aussi, un point tous les X tomes si le chroniqueur estime qu’il n’y a pas assez à dire tome par tome à chaque fois. Mais les journalistes qui me disent qu’après le tome 1 ils s’arrêtent… C’est aberrant. C’est comme ceux qui refusent de me chroniquer un titre parce qu’il est sorti y’a trois mois et que c’est plus d’actu… Sérieusement, depuis quand une BD devient obsolète, encore plus au bout de trois mois ?

Puisque l’on parle de quantité, voici l’occasion de poser une question à nos spécialistes de l’édition :  lisent-ils beaucoup de chroniques ? Car si ce sont les chroniqueurs qui en parlent le plus ce sont les éditeurs qui en mangent encore bien davantage, forcément. Notre invité cachée nous explique qu’il y a deux types de « lectures » : d’un côté le contenu à proprement parler, les chroniques qu’on lit donc, parfois en entier ou parfois la seule conclusion faute de temps, et il y a la recherche de la visibilité d’une œuvre de l’autre côté, selon le nombre de chroniques publiées sur la toile et qui les a publiées. Nos autres invités nous dévoilent ensuite les détails sur leur façon de procéder et les multiples utilités des chroniques…

Kurokawa
Fabien : A minima, je survole tout ce qui est porté à ma connaissance et qui concerne Kurokawa. Je lis plus en détail les titres dont j’ai la charge pour comparer mon avis avec ceux d’autres lecteurs ou découvrir d’autres points de vue sur ces œuvres. Quand on parle du travail d’adaptation sur un livre, il s’agit de le rendre accessible à son public cible. Du coup, c’est toujours bon d’en savoir un maximum sur les gens qui vous lisent. Je lis aussi les critiques des premiers tomes qui sortent chez les autres éditeurs, surtout les titres dont on avait discuté en interne qui nous ont échappé ou sur lesquels nous n’avions pas donné suite.

Guillaume : J’essaye d’avoir un œil sur tout ce qui peut être publié sur nos titres. J’apporte forcément plus d’importance aux tomes 1, mais il est important de faire un suivi des titres pour continuer à communiquer dessus et lire ce que pensent les lecteurs. Encore une fois, lire les chroniques est importants pour moi, car cela me permet de mieux comprendre nos lecteurs, de savoir ce qu’ils recherchent.

Je prends souvent des notes, car ça me permet aussi de mettre en avant nos titres lors d’argumentaires de vente. Ces notes me permettent également de faire des retours aux infographistes, correcteurs / adaptateurs, traducteurs et à mon directeur.

Sakka
Wladimir Labaere : Tout pareil que Fabien (mais vraiment) ! Avec, également, un accent mis sur les titres que j’aurais peut-être voulu publier chez Sakka. Tout comme je regarde de près le travail réalisé sur ce titre par l’éditeur qui le publie en français, je suis aussi attentif à ce que les chroniqueurs et le public en disent. Et comme le souligne Guillaume (c’est cool de passer en dernier ou presque !), j’aime bien moi aussi informer les éditeurs japonais, les auteurs et l’équipe Casterman du contenu des chroniques des titres Sakka. D’un point de vue pragmatique, on peut trouver au détour de certaines chroniques des arguments ou des points de vue qui vont nous servir en interne, lorsqu’on présente les tomes suivants à nos équipes commerciales.

Victoire : Tout comme Fabien et Wladimir mon maître à penser. Pour le retour de chroniques aux japonais c’est mon éditeur qui fait remonter l’info ou Mai, son assistante donc je vais juste mettre en avant dans mes dossiers les chroniques les plus “belles” (= intéressantes, bien présentées, originales, celles des grands média notamment en presse – aaaaah les japonais et le papier…)

Sur ce sujet je pose une dernière question, à l’ensemble des intervenants cette fois-ci : quand j’ai débuté dans la chronique (en 2001-2002 de souvenir) tous les sites ou presque disaient “nous, on chronique tout”. Avec 1600 tomes à l’année vous trouvez que ça a encore du sens ?

Chiisakobe
Meloku : Je trouve que ça n’a aucun intérêt. Déjà car ceux qui prétendent tout chroniquer aujourd’hui, le font via des sp et du coup ne s’intéressent pas à de très bons mangas d’éditeurs comme Cornélius ou Lézard noir qui n’en envoient pas (ou peu). Alors au final, je vois beaucoup de ce genre de blogs parler encore et toujours de ces mêmes éditeurs, je trouve ça lassant à force. Les italiens de Hollow press sortent un bouquin de Shintaro Kago muet et donc accessible à tout le monde mais personne n’en parle, aussi génial soit-il. Les éditions Ki-oon lancent leur nouveau titre, tout le monde en parle (même si c’est un énième survival game qu’on en a marre bon sang de bois). Alors moi, au lieu de parler de tout, je préfère mettre en avant ce que je découvre et qui m’interpelle, car je trouve que la découverte est un plaisir au moins aussi important que la lecture. Si ce n’était pas clair, je suis pour moins de chroniques et plus de qualité dans la sélection.

Ours256 : En fait, je crois qu’aujourd’hui, dire on chronique tout n’est qu’une ellipse pour dire “on chronique tout… ce qui nous intéresse, qu’on donne ou qui a piqué notre curiosité en bien ou en mal”.

Chroniquer absolument “tout” ? Après tout, pourquoi pas ? S’il y a une structure qui possède les ressources pour, en quoi ça serait un mal ? Que l’objet culturel soit obtenu de la poche du rédacteur ou d’un SP, quelle différence si celui qui écrit sait faire la part des choses et rester objectif ? Que les éditeurs envoient leurs produits pour qu’un certains nombres de médias les teste relève de leur choix marketing (qu’ils envoient en physique ou en digital). En 2015, c’est un aspect non négligeable du commerce international et même si c’est une méthode qui vient cristalliser certains abus, elle n’en reste pas moins efficace.

Pour ma part, j’essaye vraiment de parler de tout ce que je veux. Comme j’aime pas mal de trucs, ce n’est pas si facile mais bon j’estime offrir un panorama assez vaste de ce qui sort, que ce soit au niveau des gros hits mais aussi des titres plus confidentiels.

En ce qui concerne la visibilité, c’est aux sites spécialisés et aux médias généralistes grand public de faire leur travail et de parler de ce qui en a besoin. Chaque site à sa façon de mettre en valeur une œuvre (un concours, un bandeau sur la page, un harcèlement via Twitter…). A mon avis, c’est plutôt sur cet aspect qu’il faudrait travailler, pas seulement sur l’idée de quantité.

Wladimir Labaere : Tant que le discours produit apporte quelque chose au débat… Il revient à chaque lecteur qui souhaite se tenir au courant d’identifier les supports qui correspondent à ce qu’il attend ! Entre la simple info pure sur une date de sortie, l’article de fond sur une série, et le papier transversal sur un thème, il est vrai qu’il y a un gros tri à réaliser pour se constituer son faisceau de sources.

Victoire : En fait, ça va dépendre de ce qu’ils en font. Si les chroniques / papiers sont bien, qu’ils prennent le temps, que le tout est fait de manière intelligente et que les gars n’y perdent pas la santé ou leur intérêt pour le manga pourquoi pas ! Oui, ça ne court pas forcement les rues… mais ceci est une autre histoire. Après, à part pour de vrais coups de gueule construits qui aident généralement au débat, je vois pas vraiment l’intérêt d’aller chroniquer un titre qu’on n’a pas aimé par exemple… Déjà parce que les journalistes confondent trop souvent un mauvais titre avec un titre dont ils ne sont pas le cœur de cible.

La chronique et le web 2.0 : amis ou ennemis ?

Au sein de ces questions sur la construction d’une chronique, quid du média employé, de la forme après le fond ? J’ai donc profité de ce papier pour aborder les nouveaux médias d’expression : les réseaux sociaux. Est-ce que les chroniqueurs ou les types de media qui font de la chronique manga ont évolué ces dernières années ?

Fabien : Pour avoir tenu un site web pendant près de cinq ans, j’ai bien conscience de la charge que cela représente. Les réseaux sociaux permettent à tout le monde de donner son avis mais rarement de le développer. On perd l’aspect analytique et argumenté d’un article au profit de phrases à l’emporte-pièce. C’est d’autant plus dommageable que les chroniques sont un marqueur pérenne du travail d’un éditeur mais aussi un garde-fou le forçant à un certain degré de qualité. Même si l’écrit reste prépondérant, des chroniques vidéo ou des podcasts intéressants commencent à faire leur apparition. Je regrette juste qu’il n’y ait pas plus de débat, par exemple une émission où plusieurs personnes auraient lu un même titre et discuteraient de ses forces et de ses faiblesses (en se mettant dessus au passage). On garderait l’aspect critique tout en renouvelant un peu la formule.

Guillaume : Les réseaux sociaux permettent à plus de lecteurs de s’exprimer, mais cela reste très léger. On trouve peu de chroniques développés sur ces réseaux. Ceux-ci viennent surtout apporter plus de visibilité aux médias qui publient sa chronique.

Un réseau qui est de plus en plus utilisé pour partager son avis sur ses lectures est Youtube. C’est une bonne chose, car si ce format est bien utilisé, on peut tomber sur de très belle mises en avant ! Jusqu’à maintenant, Youtube était surtout utilisé par les lecteurs de romans et c’est un réseau très puissant. Il est plus interactif et “attractif” pour les nouvelles générations.

Je n’oublie pas les Podcasts qui permettent également d’avoir des chroniques développées tout en gardant ce côté plus “attractif” en captant plus facilement l’attention des lecteurs. Tout comme Fabien, je pense que ça serait bien d’avoir un peu plus de débats dans ces vidéos Youtube et Podcasts, car c’est l’un des avantages de ces nouveaux formats !

Ours256 : Je n’utilise que Twitter qui, je trouve, est un formidable vecteur d’information. Bien utilisé, il permet de booster énormément la fréquentation d’un site assez rapidement et avec très peu de moyens, juste du contenu. L’idée de partage renvoie à celle du bouche à oreille, celle-là même qui a fait le succès de la petite boutique de mon père et qui m’est donc très chère. Dans le même temps, j’ai du mal à comprendre pourquoi les lecteurs considèrent Twitter comme un “cahier de doléances “live” qui ne leur permet que de se plaindre aux éditeurs. Là… Je passe…

Les podcasts intéressants, pour moi, il n’y en a qu’un niveau manga et c’est Mangacast (non je vous jure, Kubo ne m’a pas payé :x). Il est structuré, bien documenté, souvent drôle et pertinent. J’ai essayé d’en écouter pas mal d’autres et force est de constater que c’est de l’amateurisme pur et simple.

Mangacast

Youtube pourrait devenir un très bon outil et un excellent moyen de diffuser la culture manga mais il est (malheureusement) surtout utilisé comme une plateforme de “vlogging” ou “video blogging”, à savoir un guignol qui montre un objet, donne son avis sans trop élaborer (et généralement en disant que c’est trop bien) et voilà… C’est mou, “sensass”, “dans la culture buzz”… Bref, c’est sans intérêt. En fait, c’est… tellement XXIe siècle dans l’attitude que ça m’énerve.

Gérome/l’Otaku poitevin : @Ours256, dans l’ensemble tu as raison, mais on arrive quand même à trouver des choses sympa sur youtube, les “lives” de certains tels que Jefferinne sont vraiment bien, le concept est simple , c’est du question/réponse basic mais quand la personne a une maturité dans ses propos et ses points de vue ça élève le niveau. De plus ça permet quelques échanges alors que les vidéos classiques ne le peuvent pas.

Wladimir Labaere : Pour le meilleur et pour le pire, le web 2.0 permet à tout le monde d’exprimer un avis. Un de mes chantiers chez Sakka (quand j’ai le temps), en marge de mes relations avec les chroniqueurs plus « installés », est de repérer des « électrons libres », parfois débutants en matière de manga, dont la démarche est sincère (ça va du youtubeur au journaliste « culture » qui se met à la bande dessinée japonaise). C’est-à-dire des personnes mues par l’envie de produire un discours construit sur les mangas qu’ils lisent, avec lesquels j’aime développer des échanges que je considère « profitables » aux deux parties. « Tu me dis que tu as aimé tel ou tel titre pour telle raison, ben tiens, lis ce titre Sakka, ça devrait peut-être te parler. » Au-delà de voir mes titres chroniqués, je me dis que plus il y aura de gens qui parlent *intelligemment* de mangas (et pas seulement les miens) que j’estime bons, mieux le marché se portera en termes de richesse de l’offre. (Peut-être que je pisse dans un violon, mais je n’en ai pas l’impression à ce stade.)

Victoire : Pour avoir des retours de fans oui, mais pour ce qui est des chroniques, comme dans tout, il y a du bon et du moins bon sur le web ! On y trouve donc des chroniques très intéressantes comme des articles qui le sont un peu moins… Cependant, toute publication web donne un peu plus d’existence à un ouvrage sur Internet, et aujourd’hui, il est dur de mettre un titre en avant et de vouloir toucher le plus grand nombre de lecteurs, sans une présence sur le net !

Clin d’œil final…

On finit sur une note positive : la plus belle chronique que vous ayez jamais lue ou celle qui vous a paru le plus convaincante et pourquoi ?

Meloku : Bon, on va se contenter de cette année, parce que sinon c’est trop compliqué. C’est donc la critique d’Ashita no Joe de Madame Fujoshi. Elle a saisi la force du manga et l’exprime à la perfection. Ses mots ont un poids et impossible de ne pas avoir le cœur serré à la lecture. On connaissait les mangas qui prennent aux tripes, et bien voilà une critique capable d’avoir le même effet. Et forcément, ça m’a donné envie de relire Ashita no Joe.

life
Ours256 : Pour moi, c’est pas vraiment un truc que j’ai lu puisque, comme je l’ai dit, je n’en lis que très peu mais celle qui m’a paru le plus convaincante et qui m’a fait faire un instant buy, c’est la chronique de Life, un titre paru chez Kurokawa il y a plusieurs années déjà, par Marcy dans un Mangacast (Omake Hors Série 2 de mémoire). Depuis, je l’ai lu et c’est un titre poignant que je recommande chaudement à tout le monde. Pourtant, je n’ai jamais osé en faire une critique, ne sachant pas comment je pourrais dire les choses mieux que Marcy, l’exercice serait sûrement casse gueule.

Et ce cher Wladimir de nous faire un coup de teasing dont il a le secret pour la fin de cet article :

Wladimir Labaere : Ce qui me vient à l’esprit là tout de suite, je ne peux pas en parler : c’est une présentation super chouette d’un titre que Sakka va publier dans quelque temps. Je suis tombé dessus alors que je planchais sur les « éléments de langage » dont j’aurai bientôt besoin pour prêcher la bonne parole, en interne d’abord (prod, presse, marketing, diffusion), puis, plus proche de la sortie, auprès de certains chroniqueurs et des lecteurs (pour le coup, merci le web 2.0).

C’est aussi pour ça que j’aime bien avoir du temps entre le moment où j’acquiers les droits français d’un titre et le moment où il sort en librairie : ça me laisse le loisir de développer un argumentaire construit, fouillé, et assortis de références. Je le « teste » en interne chez Casterman et je le travaille jusqu’à ce que toute la maison soit surmotivée pour donner à ce titre le succès qu’il mérite.

Pour revenir à ce long article, il est rédigé en français sur un blog par une personne qui a lu le titre en japonais, l’a aimé pour tout un tas de raison (dont la plupart sont les mêmes que les miennes) et propose un discours super intéressant. D’une, ça m’a rassuré : quelqu’un a trouvé à ce titre les qualités que j’avais décelées de mon côté. De deux, l’auteur du papier mis le doigt sur des choses que je formulais différemment, ce qui m’a permis d’affiner mon discours !

C’est sur cette mystérieuse chronique que nous avons achevé nos échanges et aussi cette 600e qui a pu démontrer que nous avons vraiment tous une façon de faire assez subjective à l’écriture ou d’apprécier les chroniques à la lecture, mais que l’on rejette finalement les avis en post-it où qu’ils soient, qu’on est loin d’avoir tous le même avis sur la quantité ou le rythme de publication, qu’il existe des médias qui favorisent l’opinion et ceux qui veulent aussi ou avant tout informer, qu’il y a plus qu’une simple utilité financière ou publicitaire à faire une chronique, qu’on n’est surtout pas obligé d’être exhaustif et que les qualités d’une œuvre peuvent aussi se lire en creux et « entre les lignes » d’un bon article… On se révèle, en partie ou totalement, dans nos choix d’œuvres, nos angles et nos écrits et c’est cette touche unique qui intéresse tout un chacun, des lecteurs aux éditeurs en passant même par les autres chroniqueurs.

En définitive, alors que ce blog entame son voyage vers les 700 articles je terminerai ainsi : écrivez jeunes gens, écrivez assidûment et passionnément, objectivement et subjectivement, en analysant ou en vous enflammant, avec un angle précis ou au gré du vent… Le manga c’est bien meilleur en le partageant !

Remerciements à tous les intervenants d’avoir pris le temps de répondre et d’échanger, et d’avoir fait tout ça dans une bonne humeur collective ! Pour en savoir plus sur eux, cliquez sur leur nom lors de leur présentation en début d’article !


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