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Les effets et les causes (III) : République contre Djihadisme

Publié le 20 décembre 2015 par Vindex @BloggActualite
Bonjours à tous,
Il est temps à présent de terminer notre analyse des causes des attaques ayant touché Paris et Saint-Denis le 13 novembre dernier. Nous avons vu que ceux-ci révèle un Etat éprouvant des difficultés à assurer ses fonctions essentielles et une Société clivée. Voyons maintenant comment la République doit se comporter pour imposer ses valeurs face à un terrorisme djihadiste menaçant. C'est notre régime, par la politique qu'il mènera, par les valeurs qu'il défendra, qui pourra guérir les plaies de notre Etat et de notre Société qui, par leurs fractures et leurs faiblesses, ont enfanté ce groupe d'ennemis peu nombreux (déjà trop toutefois) mais déterminés à répandre la terreur et le chaos. 
République contre Djihadisme

Politique extérieure va-t-en guerre



On peut le dire, la République depuis quelques années adopte une politique extérieure va-t-en guerre. Pas seulement d'ailleurs dans un combat contre le Djihadisme. En effet, déjà en 2011, alors que Nicolas Sarkozy était encore président, notre nation intervenait en Libye non pas contre le terrorisme mais pour mettre fin à la dictature du colonel Khadafi. Ce retournement de veste peu glorieux n'est d'ailleurs pas étranger à la situation de guerre civile en Libye, devenue gravement instable au point que Daesh semble y étendre sa toile. Plus récemment, à partir de 2013, la France s'est engagée au Mali en proie à un conflit depuis 2012 dans le nord du pays où Touaregs et Djihadistes sont alliés. L'opération Serval, soutenue par ailleurs par une mission de pacification de l'ONU, fut donc la première intervention anti-terroriste à l'extérieur de notre pays de la série. Une autre intervention comporte aussi une composante religieuse, sans pour autant lutter contre le terrorisme : c'est l'opération Sangaris en Centrafrique, pour aider la République Centrafricaine à lutter contre ses dissensions internes entre musulmans et catholiques depuis la prise de pouvoir de Michel Djotodia, premier président musulman de l'histoire du pays.  
On le voit donc, François Hollande a amplifié l'interventionnisme français pour stabiliser des Etats clefs en Afrique, afin d'éviter un emballement qui pourrait favoriser l'émergence de groupes terroristes. Mais il a ensuite dirigé ces opérations plus précisément contre le djihadisme dès la deuxième moitié de l'année 2014. En effet, l'opération Barkhane au Sahel lutte activement contre une coalition de plusieurs groupes djihadistes dont AQMI (Al Qaeda au Maghreb Islamique) et l'Etat Islamique. Lancée en août, elle fut suivie de près par les premières frappes contre l'Etat Islamique (opération Chammal en septembre). Celles-ci n'ont pas manqué de susciter des répliques rapides, d'abord contre des français à l'étranger (Hervé Gourdel) puis contre les français sur leur sol, avec les attentats de 2015. 
Devant une situation de plus en plus grave, et même si l'interventionnisme n'était peut-être pas la panacée à l'origine, il faut amplifier cet effort mais il convient également de faire front intérieurement. Encore faut-il définir qui est l'ennemi. 

Désigner et combattre l'ennemi intérieur


Si notre politique extérieure se concentre grandement sur le terrorisme djihadiste, force est de constater que notre politique intérieure a sous-estimé ce danger et que nos erreurs accumulées depuis quelques années n'ont rien arrangé (voir les articles précédents). Et la division de la société française (souhaitée par les auteurs des attaques) ne doit pas aggraver cette situation. 
Toutefois, il paraît important de délimiter clairement l'ennemi, son idéologie, ses moyens. La République doit aussi gagner une guerre presque "idéologique", ou en tout cas imposer ses principes là où ils ont perdu de leur force. En ce sens, les louables déclarations contre les amalgames semblent insuffisantes. Oui, une majorité de musulmans ont une pratique modérée et ne partagent pas les idées de l'Etat Islamique. Mais non, le problème n'a pas rien à voir avec l'Islam, quand on sait qu'aucune véritable autorité ne peut vraiment délégitimer cette interprétation minoritaire mais fondamentaliste du Coran (l'Islam n'ayant pas de clergé du moins pour les sunnites). Cette interprétation sunnite, de la branche salafiste djihadiste, se veut être un retour aux sources, à l'Islam médiéval et conquérant des premiers siècles. Millénariste et s'appuyant sur les prophéties et l'eschatologie musulmane, l'organisation s'inscrit dans la poursuite de l'action d'Al Qaeda avec une dimension supplémentaire existant depuis 2014 : celle de l'appui sur une base territoriale considérée comme le Califat. C'est d'ailleurs l’allégeance à celui-ci qui change tout, puisque l'existence même du Califat "active" une partie des règles s'imposant à tous les musulmans selon l'interprétation radicale de l'EI. L'action de cet Etat, si zélée et "authentique" soit-elle, n'est pas sans conséquence pour de nombreux musulmans considérés comme apostat par une pratique trop relâchée. Ils souffrent parfois du takfir : une fatwa de déchéance du statut de musulman. En fait, son organisation politique se fonde sur la Loi Islamique, la Charia, considérée comme étant l'émanation de Dieu. La logique est donc de plaquer certains passages du Coran, liés à un contexte guerrier d'expansion, à l'époque actuelle, tout en l'alimentant d'une idée de choc civilisationnel (avec les Etats-Unis, les Occidentaux). Le tout saupoudré bien sûr d'une référence aux sionistes et au conflit israélo-palestinien. Sur ce point, la recette n'a pas changé depuis Ben Laden et c'est au nom de cette idéologie que le djihad est prôné. Comme dans les autres religions monothéistes, la direction est la même : le salut de tous en vue de la fin des temps et du Jugement Dernier. Et c'est précisément ce zèle eschatologique qui amplifie la radicalité de l'Etat Islamique, en plus de son idéologie. Il s'agit de se préparer à la dernière Bataille de l'Islam contre les armées de Rome, celle de Dabiq. On comprend mieux alors les références aux "croisés" : cela ressemble à l'esprit de croisade de la Chrétienté médiévale mais appliquée à l'Islam de Daesh aujourd'hui. Ce zèle eschatologique permet aussi de mieux comprendre l'attitude de personnes jeunes et qui n'hésitent pas à donner leur vie : ils se mettent au service de l'accomplissement d'une prophétie dont le sort est déjà décidé par Dieu. 
On le voit, la question du rapport entre l'Etat Islamique et l'Islam n'est pas si simple. Peut-être révèle-t-il un problème quant aux institutions de l'Islam qui ne peut adopter unanimement et avec autorité refuser le fondamentalisme de l'EI, quand bien même la plupart des musulmans n'adoptent pas ses positions. La volonté de réforme de l'Islam, est un enjeu mais également un tabou, tout comme la question de l'interprétation. Alors même que l'Islam est censé être Un, il en est tout autre de la réalité. La balle est dans le camp des organisations musulmanes qui condamnent bien sûr, mais paraissent difficilement en mesure de faire plus. 
Une fois l'ennemi identifié, isolé, que doit faire la République ? L'unité nationale, le retours aux symboles, sont des éléments forts. Et c'est à grands renforts de laïcité, de liberté, que cela se produit. Mais toutes les traditions, et pas seulement celle au servie de la neutralité religieuse et idéologique, doivent être mobilisées. Le questionnement sur le fait d'être français doit aussi se poser car c'est par marginalisation et par le manque de sentiment d'appartenance à une communauté et à une culture que certains sont tentés par le djihadisme qui bouche cet appel d'air identitaire. A cela, on ne ferait rien de trop en retournant à une exigence républicaine et assimilatrice depuis trop longtemps abandonnées. Les fameuses "valeurs communes" ne peuvent rester des coquilles vides et neutres. 

Une longue guerre s'annonce



Après le grand élan de solidarité qui a suivi les attentats du 13 novembre, la France a tant bien que mal réussi à s'entourer d'autres nations dans la lutte contre l'Etat Islamique. En effet, le Royaume-Uni a mené ses premiers bombardements en Syrie, l'Allemagne participe avec 1200 soldats de la Bundeswehr, les Etats-Unis semblent vouloir renforcer la lutte et la Russie a orienté certains bombardements contre l'Etat Islamique et plus seulement contre les opposants au régime syrien. D'ailleurs, la participation allemande est tout à fait significative de l'objectif commun aux européens et aux américains : elle est la première opération militaire extérieure menée par la chancelière Angela Merkel, pourtant au pouvoir depuis 10 ans. De même, les décisions prises par le Conseil de Sécurité de l'ONU sur un plan de paix en Syrie constitue un petit progrès vers la pacification de ces zones grises qui sont si favorable au terrorisme. 
Mais malgré une coalition de plus en plus grande, il faut signaler que la nature de l'intervention des occidentaux n'est qu'aérienne : elle permet probablement d'affaiblir ponctuellement l'Etat Islamique, mais en rien d'enrayer l'organisation et son contrôle territorial. Or, c'est précisément la territorialité de ce groupe terroriste qui fait sa force et sa richesse. Dans ce domaine, seules les forces au sol, notamment l'armée Irakienne et les Kurdes, permettent par leur remarquable courage et leur détermination, de faire reculer Daesh, comme ce fut le cas à Sinjar les 12 et 13 novembre dernier. Aussi pouvait-on remarquer qu'après un an d'intervention de la coalition, les positions et forces du Califat n'avaient que peu reculé et même progressé dans certains secteurs. En outre, les morts que l'organisation a subi ont été compensées par un recrutement toujours très efficace sur les réseaux sociaux. Par ailleurs, l'implantation du groupe terroriste au Yémen ou encore en Libye multiplie les sources de problèmes et les cellules du réseau djihadiste. 
On le voit donc, la question d'une intervention directe au sol pourrait se poser. En effet, la situation actuelle (frappes de la coalition, forces armées kurdes et irakiennes) ne peut suffire à battre Daech. D'autant plus que compter sur les acteurs locaux et leurs forces pour lutter contre la menace que constitue ce pseudo-état semble naïf. Entre l'Arabie Saoudite (en partie responsable de l'émergence de l'EI et occupée par les difficultés que lui posent les minorités chiites), la Turquie (officiellement contre l'EI mais qui écoule son pétrole de contrebande et refuse d'aider les Kurdes), ou encore l'Irak et la Syrie (états très instables), difficile de trouver un Etat régional suffisamment puissant pour prendre la tête d'une intervention au sol et sans ambiguïté contre le Califat. Et si l'Iran a repris ses discussions avec les Occidentaux, la République Islamique en profite aussi pour agir en sous-main contre sa rivale sunnite : l'Arabie Saoudite, excitant les minorités chiites. Les tensions entre chiites et sunnites, le morcellement de certains Etats et la nouvelle place prise par Daech agissent de consort vers un attentisme des Etats de la région qui voient tous dans l'organisation un avantage dans la lutte contre l'ennemi traditionnel. Ils n'en ont d'ailleurs pas forcément les moyens. L'Irak, par exemple, est encore incapable de déployer une armée en capacité de reprendre les territoires sous le contrôle de l'EI, faute de généraux suffisants, d'une véritable organisation et d'une volonté de se battre. Les difficultés pour battre Daech sont d'ailleurs bien symbolisées par le général Américain John Allen, qui pense qu'il faudrait "une génération" pour battre l'adversaire.Outre cette difficulté des pays de la région, il semble également qu'il soit complexe pour les pays de la coalition de s'impliquer dans une intervention au sol. Les Etats-Unis l'ont fait à maintes reprises et celle d'Irak en 2003 n'est pas sans lien avec la situation actuelle. Les Européens auront du mal à s'entendre et à intervenir clairement au sol. Quant à la Russie, il serait étonnant de la voir aller au sol quand on sait qu'elle a déjà eu du mal à frapper Daech dans un premier temps. 
La stratégie actuelle (frappes, aides aux forces déjà au sol, suppression des financements) semble donc celle qui devrait s'imposer au moins à moyen terme. Mais l'issue de celle-ci n'est pas certaine et même si elle permet d'abattre notre ennemi, cela sera long. Gérard Chaliand parle ainsi d'un conflit qui peut durer 2, 3 voire 5 ans. 





Pour aller plus loin
Le Courrier International
Le Monde
Le Figaro
Géopolitique et Géostratégie
L'Express
Les Affaires
Challenges



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