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Koffi Kwahulé : Prix Mokanda 2015 pour l ensemble de son oeuvre

Par Gangoueus @lareus
Koffi Kwahulé : Prix Mokanda 2015 pour l ensemble de son oeuvreJe ne connaissais pas Koffi Kwahulé avant le nouvel an chinois. Enfin ce n’est pas tout à fait cela puisque j’ai pu lire les profils atypiques de sa trajectoire d’homme de lettres. Haute et impressionnante carrure. Avant ce roman lu cette année et cette pièce de théâtre vue du côté de la Goutte d’Or en 2010, la plupart des critiques que je côtoie recommandaient avec une certaine unanimité la lecture de la prose de l’auteur ivoirien à défaut de voir son théâtre. Koffi Kwahulé a très bonne presse. Et d’une certaine manière, c’est totalement justifié.
J’ai déjà chroniqué son dernier roman Nouvel An Chinois, ainsi que la pièce de théâtre que j’évoquais plus haut. Naturellement, alors que l’homme de haute stature est un peu seul dans la salle de banquet du Saint-James, je l’aborde au sujet de son travail littéraire. Et la première chose qui me frappe c’est l’extrême simplicité de l’homme. Avenant, ouvert, nous avons entamé notre échange autour de l’entrée en matière sulfureuse de son nouveau roman. Une approche qui en a choqué plus d’un à propos des délires incestueux du post-adolescent narrateur. Ici, l’intérêt pour l’écrivain est surtout d'explorer le fantasme. Une frontière entre fantasme et réalité que son personnage ne transgresse pas, rappelle l'écrivain. Du moins, c'est son point de vue. Un point discutable quand le lecteur que je suis pense aux heures de pratiques solitaires auxquelles s’adonne le jeune homme désorienté. Désorienté est le mot. Perdu. Seul. Je fais remarquer à Koffi Kwahulé que je ne pense pas qu’il y ait une meilleure représentation en littérature de l'univers mental de ces jeunes candidats au djihadisme. Le romancier ivoirien valide cette thèse en soulignant les résistances du jeune personnage central aux avances sournoises de DeMontfaucon, un sinistre légionnaire qui harangue les foules bigarrées de leur quartier cosmopolite dans le 11ème arrondissement de Paris par un propos nationaliste, identitaire, xénophobe.
La discussion se poursuit. Les invités sont en retard. Pour mon bonheur. Koffi Kwahulé se définit avant tout comme un dramaturge. C’est son ADN. Avec près de 20 pièces de théâtre à son compteur, difficile de dire le contraire. « J’ai écrit trois petits romans ». En l’écoutant, l’écriture de romans serait comme une simple pause dans sa respiration de créateur. Son matériau, c’est le visuel. « Je vous recommande, Babyface », m’indique l’auteur. Je prends acte. Amusé, je dois dire car rarement les auteurs vous recommandent de manière aussi abrupte une oeuvre dans leur bibliographie. Au fil du temps, je me suis accoutumé à des sentences du type vous savez, mes romans, c'est comme mes enfants, il est difficile de choisir. Koffi Kwahulé assume ses préférences. Je note aussi une forme d’éloignement par rapport à son pays d’origine. En 32 ans, si j’ai bien saisi, il y est reparti à deux reprises. Du coup, sur la question de la réception de son oeuvre en Côte d’Ivoire, l’auteur est circonspect. Il souligne l’association qu’on fait très fortement à une de ses pièces de théâtre qui a rencontré un certain succès et qui continue à passer sur les télévisions nationales ivoiriennes. Est-ce Fama, l’adaptation théâtrale de plusieurs textes d’Ahmadou Kourouma que le critique Boniface Mongo Mboussa citera plus tard dans la soirée en introduction de la remise du Prix Mokanda?
Une autre déclaration en forme de regret est le fait de ne pas recevoir ce prix au Congo. Et j’ai compris dans son discours à l’occasion de la réception du Prix Mokanda 2015, le sens de ce regret. En répondant aux mots de félicitations de l’Ambassadeur Henri Lopes, président du jury, Koffi Kwahulé est revenu sur l’importance du prix Mokanda pour le monde des lettres africaines, en soulignant la faible légitimation des oeuvres littéraires africaines par les africains eux-mêmes avec une interrogation pleine de défiance consistant à savoir : « qui légitime qui et pourquoi? ». Cette question, Koffi Kwahulé n’est pas le premier à la poser ou du moins ce n’est pas la première fois que je l’entends de la bouche d’écrivains avertis. L’importance que revêt le Prix Mokanda aux yeux  du dramaturge ivoirien est qu’il est une initiative africaine - même si depuis sa création le jury est constitué de grands critiques littéraires, femmes et hommes de médias français. Une stratégie de visibilité du prix et surtout une possibilité d'ouverture sur l’ensemble de l’Afrique francophone. Car, c’est l’une des particularités du Prix Mokanda avec le prix Ivoire. Le refus de s’enfermer dans un espace national.
La pièce Big shoot de Koffi Kwahulé sera jouée au théâtre de Choisy-le-Roi en janvier 2016. Une bonne occasion de se faire une idée sur le travail du dramaturge ivoirien qui compte une vingtaine de pièces de théâtre à son répertoire.

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