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Ces milliards qui dorment tranquillement sous nos yeux…

Publié le 11 janvier 2016 par Edelit @TransacEDHEC

La thésaurisation désigne le fait d’épargner, de ne pas transformer ses  accumulations monétaires en investissements. Cette pratique est de plus en plus répandue parmi les grosses entreprises mondiales. On compte 2800 milliards de dollars qui dorment dans la trésorerie de 975 entreprises. Coup d’œil sur ces mises en réserves à la fréquence croissante.

Du cash qui s’accumule, encore et encore

Nous noterons tout d’abord que la trésorerie, les actifs liquides, et les investissements de court terme constituent la totalité du « cash » d’une entreprise.

Alors que les PME font face à des problèmes croissant de financement de capital, elles voient les grands groupes accumuler d’abondantes réserves d’argent. Selon l’agence de notation Moody’s, de décembre 2013 à décembre 2014, l’ensemble des 672 entreprises non financières d’Europe, du Moyen-Orient et d’Afrique a accumulé 840 milliards de dollars, soit une augmentation de 6%. Près d’un quart de cette somme est détenue par seulement 10 entreprises parmi lesquelles Volkswagen qui détient à elle seule près de 25 milliards d’euros.

Nos champions nationaux ne sont pas les plus dépensiers puisque dans le classement des entreprises accumulant le plus de cash figurent Total et EDF avec 22 milliards de dollars de réserves chacune.

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Malgré ces montants astronomiques, le mot d’ordre reste la prudence

Prudence, oui car ces entreprises sont réticentes à effectuer des investissements de long terme ou même à participer à des financements de projets. Le sondage (2014) de Bank of America Merrill Lynch est révélateur : 67% des investisseurs estiment que les entreprises n’investissent pas assez !

Concrètement, cette montagne de cash ne sert dans l’absolu à rien du tout étant donné qu’il ne fait l’objet d’aucun investissements. Le Financial Times explique par exemple que dans le domaine du High Tech, pour des entreprises comme Apple ou Microsoft « les besoins en capital sont habituellement faibles…les dépenses en usines, équipement et acquisitions n’ont rogné que 10 à 15% du cash flow opérationnel ». Les grosses entreprises n’ont pas besoin de l’ensemble de leur argent frais pour financer leurs projets.

L’explosion des fusions-acquisitions aurait pu permettre une diminution du cash flow opérationnel. 4 400 milliards de dollars de fusions-acquisitions ont été enregistrées lors de l’année 2015, un record. En effet, les achats d’entreprises peuvent être financés directement par du cash, ce qui fait automatiquement baisser le volume des réserves. Les entreprises ont cependant privilégiées les rachats par dette en profitant des conditions d’emprunts avantageuses à l’instar d’Apple.

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Le champion de l’accumulation : Apple

Les réserves du géant américain représentent 5% du total des réserves, soit environ 150 milliards de dollars. Chez Apple, le fonctionnement est particulier. L’entreprise ne veut absolument pas toucher à un centime de ses réserves, quitte à ne rien paye aux actionnaires ! La direction a décidé de verser ses premiers dividendes il y a deux ans non pas en puisant dans son épargne mais en s’endettant. Apple a lancé une émission de dette en avril 2013  afin de rémunérer ces actionnaires. Le montant des réserves n’a pas bougé d’un dollar…Cet endettement est d’autant plus intéressant qu’il se fait à moindre coût, les taux d’intérêts étant historiquement à un niveau extrêmement faible.

Mais que fait Apple de ces 150 milliards ? Où sont-ils ? En réalité, il est difficile d’expliquer l’existence de cette somme car une grande partie de ne se trouve pas aux Etats-Unis mais dort dans des paradis fiscaux. L’entreprise pourrait payer cher si ces avoirs étaient amenés à être rapatriés sur le sol américain. Apple explique que prochainement, une meilleure redistribution aura lieu, au profit des actionnaires. Actionnaires d’Apple, méfiez-vous quand même.

Selon le professeur d’Harvard Mark Roe, les choix d’Apple symbolisent l’incertitude, cause principale de la non reprise des investissements de long terme. L’incertitude sur l’instabilité fiscale due à la rétroactivité de certains impôts mais également l’incertitude sur les normes et règles administratives. Les grands groupes ont donc tendance à épargner davantage.

Il est enfin possible de croire que l’entreprise est arrivée au bout de sa croissance, que ses produits ne sont plus aussi innovants que les précédents. En conséquence, il n’est plus nécessaire de dépenser les montants importants du début des années 2000 et possible d’effectuer des mises en réserves.


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