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[Critique] LES PRÉDATEURS

Par Onrembobine @OnRembobinefr

[Critique] LES PRÉDATEURS

[Critique] LES PRÉDATEURS

Titre original : The Hunger

Note:

★
★
★
★
½

Origine : Grande-Bretagne
Réalisateur : Tony Scott
Distribution : Catherine Deneuve, David Bowie, Susan Sarandon, Cliff De Young, Beth Ehlers, Dan Hedaya, Willem Dafoe…
Genre : Fantastique/Romance/Adaptation
Date de sortie : 13 juillet 1983

Le Pitch :
Miriam et John vivent dans le luxe et l’oisiveté, d’amour et de sang frais. Leur romance a débuté il y a 300 ans, lorsque Miriam a donné à son mari l’immortalité. Pour rester jeunes, ils doivent boire du sang humain tous les sept jours. Mais le sang ne fait pas tout et John subit un vieillissement accéléré. Pour le sauver, Miriam entre en contact avec une spécialiste du vieillissement. Dès leur rencontre, c’est le coup de foudre…

La Critique :
Un club dans lequel le groupe de rock Bauhaus joue son titre emblématique Bela Lugosi’s Dead… La scène d’introduction du film Les Prédateurs n’a rien d’un hasard. D’une, le groupe de rock gothique/post-punk est un de ceux qui ont le plus été influencés par David Bowie (même goût pour la théâtralité et le dandysme, le même côté arty, des éléments de glam rock…), et de deux, le titre est un gros clin d’œil à Bela Lugosi, l’acteur de l’un des plus célèbres Dracula et on est ici dans un film de vampires. Au cours de cette séquence, on peut voir Catherine Deneuve vêtue de Yves Saint-Laurent dans une tenue d’hôtesse de l’air fantasmée et dominatrice et David Bowie dandy androgyne rappelant Ziggy Stardust mais aussi le Thin White Duke de la période berlinoise du chanteur. Lorsque le producteur du film, Richard Shepherd (producteur entre autres de Diamants sur Canapé), le propose à Alan Parker qui enchaînait les succès critiques et publics, ce dernier décline et suggère de lancer sur le projet un jeune cinéaste sorti de la pub. C’est ainsi que Tony Scott est recruté. Avec son frère Ridley, il a fondé une agence de publicité après avoir étudié le cinéma et l’art graphique. Quand l’aîné sortait coup sur coup Les Duellistes, Alien, et Blade Runner, Tony réalisait une centaine de spots. Et c’est cela qui donne au film cette esthétique si particulière. Les tenues, les coiffures tantôt dans l’imagerie sexy chic, tantôt dans le revival XVIIIème siècles, rappellent les pubs pour parfum qu’on a vu tout au long de la décennie, mais aussi dans les clips. Ce sera d’ailleurs le film le plus personnel et le moins conventionnel du regretté réalisateur (avec, plus tard, le génial True Romance, adapté de Tarantino, avec son casting 5 étoiles), un véritable mélange entre fantastique et étude stylistique expérimentant les images et les sons. Peut-être trop en avance sur le plan esthétique à l’époque, le film se fera démonter par la critique et sera un échec public, avant de devenir culte (comme pas mal de films cultes de l’époque), notamment auprès des communautés LGBT et gothiques. Le film a provoqué un petit scandale à l’époque, en raison d’une scène d’amour saphique entre Catherine Deneuve et Susan Sarandon. Une scène pourtant magnifique avec un jeu de lumière digne du photographe controversé Richard Hamilton et soulignée par le morceau d’opéra Lakmé de Léo Délibes (pièce autour de l’amour entre deux femmes) au cours de laquelle Miriam (Catherine Deneuve) transmet son pouvoir à Sarah (Susan Sarandon) ; le sexe, l’amour et le sang entremêlés.

Les-predateurs-Catherine-Deneuve

Ces éléments esthétiques servent le thème principal, à savoir le vampirisme, dont la plupart des codes sont respectés. Le vampire est un monstre sexuel, sensuel (je veux parler du vrai mythe du vampire, pas cette mascarade de vampire métrosexuel, propagande mormonde pro-chastetée pour gamines en rut qu’est Twilight). Le vampire possède la personne à laquelle il veut transmettre son pouvoir, il l’envoûte, occupe ses pensées et visions avant de la mordre dans une étreinte sensuelle. Ce que faisait Dracula et que perpétue Miriam, vieille âme de 3000 ans, qui passe de serviteur en serviteur. S’il reprend les codes principaux du genre, Les Prédateurs dépoussière le mythe, le retranscrit dans l’époque moderne sous les traits d’un couple oisif et chic où c’est la femme qui est vampire depuis nettement plus longtemps que l’homme. Un schéma qu’on retrouvera dans le film Only Lovers Left Alive de Jim Jarmusch. Une femme vampire, volage et bisexuelle, voilà qui innovait dans le paysage du fantastique à l’époque. Autre changement radical : l’absence de crocs chez les vampires, remplacés par un pendentif en forme de clé ancrée égyptienne, dissimulant un mini poignard pour égorger les victimes et boire leur sang.
Au cœur du triangle amoureux, on retrouve trois acteurs au sommet. En premier lieu Catherine Deneuve, tour à tour froide, amoureuse et d’une sensualité vénéneuse, aussi torride que dans ses rôles pour Luis Buñuel. Face à elle, Susan Sarandon s’est vue offrir son deuxième grand rôle après Rocky Horror Picture Show. Enfin, David Bowie est dans son élément. Sa théâtralité, son sens de l’esthétique avant-gardiste, son goût pour les transformations physiques poussées (son vieillissement dans le film est spectaculaire)… C’est à croire que Tony Scott et David Bowie se sont parfaitement trouvés. Dans le personnage de John, il y a une grande part de Bowie, son dandysme, sa prise de conscience de sa fragilité… Peur qu’avait eu l’artiste quelques années auparavant, suite à des problèmes de santé, peu avant de partir en Europe pour une période berlinoise où il a changé de style musical, très imprégné par l’art contemporain (toujours avec une esthétique similaire à l’univers de Tony Scott). Ce qui donne à penser que Les Prédateurs est l’un des plus bowiens des films de Bowie.
Arty, sensuel, moderne, vénéneux, transgressif, Les Prédateurs méritait mieux que la critique négative. Baptême du feu du futur réalisateur de films d’action plus conventionnels mais qui ont mieux marché comme Top Gun, Jour de Tonnerre, ou les géniaux True Romance, Le Dernier Samaritain, entre autres ; Les Prédateurs a l’audace du premier film, celui où le réalisateur met tout son univers (comme François Ozon pour Sitcom, ou Rob Zombie pour La Maison des 1000 Morts) et ses connaissances académiques. Alors, certes, il use d’effets de ralentis, de filtres comme on a vu dans les pubs et les clips musicaux par la suite, mais c’est ce côté clipesque qui participe aussi au charme du film. Porté par des acteurs magnifiques, une bande-originale somptueuse alternant post-rock et musique classique, une superbe photographie, un esthétique soigné, Les Prédateurs nous rappelle une époque révolue… Il faudra un film de Jarmusch et une comédie néo-zélandaise (Vampires en toute intimité) pour se rappeler que les suceurs de sang sont les créatures les plus classes du cinéma. Probablement le film le plus ancré dans le style 80’s de Tony Scott. Le plus « film d’auteur » du réalisateur, et probablement un de ses meilleurs.

Cette chronique est dédiée à la mémoire de David Bowie et de Tony Scott.

@ Nicolas Cambon

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  Crédits photos : Mission/MGM


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