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Sauver Ashraf Fayad

Publié le 17 janvier 2016 par Onarretetout

Ashraf Fayad, poète palestinien vivant en Arabie Saoudite, a été condamné à mort pour apostasie. On prétend qu’il a écrit des poèmes athées. Il s’en défend. Une mobilisation internationale grandit pour que soit pris en considération l’appel qu’il a déposé auprès des tribunaux du pays, pays qui siège dans la Commission des Droits humains à l’ONU, ce qui ne l’empêche pas de pratiquer la peine de mort, et notamment par décapitation.

Un rendez-vous était proposé ce jeudi 14 janvier au Théâtre des Abbesses. Quelques textes y ont été lus, en voici des extraits.

Victor Hugo

Tenter, braver, persister, persévérer, être fidèle à soi-même, prendre corps à corps le destin, étonner la catastrophe par le peu de peur qu'elle nous fait, tantôt affronter la puissance injuste, tantôt insulter la victoire ivre, tenir bon, tenir tête; voilà l'exemple dont les peuples ont besoin, et la lumière qui les électrise.

Adonis (publié dans Libération 24/04/2015)

Il y a deux grandes traditions dans le monde arabe : la poésie et la religion, dans cet ordre, car la poésie a précédé l’islam. Il en a découlé un conflit entre la religion et la poésie préislamique, qui prétendait dire la vérité. Or, après la «révélation» [coranique], la poésie n’a plus eu le droit de prétendre qu’elle disait la vérité. D’ailleurs, le Coran s’en prend aux poètes - on le voit dans la sourate «les Poètes» - comme avant lui Platon, qui recommandait de les chasser de la cité.

Aragon

(…)
Dieu le fracas que fait un poète qu'on tue
(…)
Quoi les bagnes toujours et la chair sous la roue
Le massacre toujours justifié d'idoles
Aux cadavres jeté ce manteau de paroles
Le bâillon pour la bouche et pour la main le clou

Un jour pourtant un jour viendra couleur d'orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

Eluard

(…)
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.

Ashraf Fayad

Corbeau volant sur deux bâtons

Dieu était sur son trône
écoutant les contre-louanges
et te punissant sans discontinuer
pour ton vol suspect
au-dessus des cadavres parfumés
Dieu sur son trône
Il a créé l’oiseau
et lui a appris à voler
à quérir sa nourriture
Il lui a appris
à chuter
toutes les chutes
interdites et permises
Dieu sur son trône
Et tu essaies maintenant
de réparer tes ailes
Tu es là
à apprendre une autre leçon :
ce qui t’a échappé
de ce que font les oiseaux
et de ce que l’on peut récupérer
d’un plumage ingrat
que l’eau n’a pas trop mouillé
Dieu sur son trône
Il te prive de la faculté de voler
pour que tu ne puisses pas
regarder à la dérobée
les terrasses des villes
peu habituées à ton envol
et pour que les cordes à linge
ne soient pas souillées
par tes crottes


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