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d'après Maupassant (N°43)

Publié le 18 janvier 2016 par Dubruel

D'après LA TOUX (28 janvier 1883)

Mon cher Onésime, je n'ai pas votre facilité pour trouver de délicats synonymes au mot toux. J'ai trop souvent besoin de périphrases. Néanmoins, j'ose me lancer :

La semaine dernière une de mes cousines dormait auprès d'un homme enflammé. Elle le connaissait peu, ou plutôt depuis peu.

Avec un vieil ami, on ne se gêne pas. On peut se retourner, lancer des coups de pied, occuper les trois quarts du matelas, ronfler, tousser. (Je dis tousser; veuillez transposer !) ou éternuer (Que pensez-vous du synonyme éternuer ?) Mais quand il s'agit d'une nouvelle relation, il faut faire un peu attention pour ne pas incommoder son voisin de lit et maintenir...une certaine poésie.

L'indisposition de ma cousine débuta dans le creux de son estomac par un discret bruit intérieur qui, peu à peu descendait vers les gorges inférieures. Elle regarda son voisin. Il dormait. La démangeaison étant trop forte, elle se mit à tousser. Elle tenta avec sa bouche (la véritable) de produire un bruit semblable... pour dérouter une éventuelle supposition de son compagnon. Elle se retourna, s'agita, le poussa. Il ne remuait pas. Elle l'appela :

-" Alain..."

-" Que veux-tu, chérie ? "

-" Tu ne dors pas ? N'as-tu rien entendu ? "

-" On a toussé, je crois ! "

-" Où ça ? Qui a toussé ?..."

-" Est-ce bientôt fini cette scie ? Tu sais bien que c'est toi. "

Ma cousine s'indigna :

-" Moi ?...j'ai toussé, moi ? Ah ! Mais tu m'insulte. Je n'ai jamais été traitée ainsi ! "

L'amant, voulant avoir la paix, reprit :

-" C'est moi qui ai toussé. "

-" Comment ? Vous...vous avez osé tousser à mes côtés ?...Et vous croyez que je vais rester avec vous si vous toussez toujours ainsi près de moi ? "

Faussement furieuse, ma cousine voulut se lever. Il la retint et lui dit :

-" C'est toi qui toussait, voyons ! Mais moi, je ne me plains pas. Je ne me fâche pas. "

Alain se mit alors debout sur le lit et... toussa par quintes, par roulements, avec des silences, des ralentissements, des reprises, des accélérations, avec brio, pétulance et soubresauts. Il demanda ensuite à ma cousine :

-" En as-tu assez ? "

-" Ah ! Que vous êtes drôle ! " Elle le saisit dans ses bras :

-" Je vous aime, mon chat ! "

Mon cher Onésime, pardonnez mon incursion dans votre domaine de prédilection où je n'ai ni vos compétences ni vos succulences mais je n'ai pu résister au désir d'empiéter sur votre fond de placement.

Merci de m'avoir ouvert la voie, céans.


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