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Schopenhauer vu par Maupassant (d’après ... N°44)

Publié le 19 janvier 2016 par Dubruel

D'après AUPRÈS D'UN MORT (30 janvier 1883)

Hier, j'ai rencontré par hasard un ancien ami de Schopenhauer. Je lui ai communiqué aussitôt mon sentiment sur ce philosophe :

" Je n'aime pas votre maître. Par sa terrible ironie, ce jouisseur désabusé a renversé les espoirs, les croyances et la poésie. Ce sceptique a saccagé les illusions du cœur. Ce philosophe moqueur a ravagé la conscience des âmes. Il a tué le culte de la femme. "

Cet homme me confia alors l'un de ses souvenirs :

" Schopenhauer venait de mourir. Je le veillais avec un confrère d'université. Sa chambre n'était éclairée que par deux bougies. Nous causions à voix basse de son esprit incomparable et de ses surprenants préceptes.

Mais rapidement, l'odeur écœurante de son corps en décomposition nous mit mal à l'aise. Mon compagnon me proposa de nous installer dans la pièce voisine en laissant la porte entrebâillée, de sorte que nous ayons un œil sur le défunt et que nous puissions continuer à le veiller.

Une heure plus tard, nous vîmes quelque chose de blanc courir sur le lit et tomber par terre. Un frisson nous passa dans les os. Nous nous approchâmes de Schopenhauer. Les joues creusées, il grimaçait horriblement.

Mon ami se pencha et me montra sur le tapis... le râtelier du philosophe !

Le travail de décomposition avait desserré ses mâchoires permettant l'éjection de son appareil dentaire qui roula à son chevet. "


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