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La ligne rouge - 8/10

Par Aelezig

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Un film de Terrence Malick (1999 - USA) avec Nick Nolte, Jim Caviezel, Sean Penn, John Cusack, Adrien Brody, Elias Koteas, Ben Chaplin, John C. Reilly

Superbe.

L'histoire : 1942. Guerre du Pacifique. Bataille de Guadalcanal. Des troupes américaines doivent attaquer une colline investie par les Japonais, et la leur prendre. C'est donc une bataille de front à front qu'ils vont devoir mener, s'approchant pas à pas, au ras du sol, mitraillés par l'ennemi, explosés par les grenades. Et alors que tout semble perdu, que l'eau vient à manquer, que les hommes sont épuisés, malades, blessés, découragés, le colonel continue à les haranguer : on la prendra, cette colline, même si le dernier doit y passer.  

Mon avis : La première image donne le ton ; on est bien chez Malick ! Un crocodile immonde qui avance dans une eau trouble, sur une musique symphonique lancinante. Puis on arrive au paradis (perdu) ! Où le réalisateur s'attarde longuement sur la beauté de la nature, de la vie indigène dite primitive, des enfants qui jouent et qui nage, et de la tête ravie de Jim Caviezel qui se verrait bien passer le reste de sa vie avec eux. 

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Puis on passe à l'enfer de la guerre, son absurdité, sublimement illustrée par des paysages somptueux, des herbes hautes, où la caméra, quasiment à même le sol, filme les hommes qui rampent, qui se cachent. Le paradoxe est immense : ce monde tellement beau, et ces petites fourmis qui s'acharnent à se battre les unes contre les autres. Nous entendons les pensées de ces hommes, des réflexions sur la bêtise d'être là, des prières adressées au bon dieu pour être épargné ou pour protéger leur famille ; les voix semblent s'envoler vers la cîme des arbres et se mêler en une seule, qui serait l'âme du monde. "Et si chacun de nous n'était que la partie d'un tout, universel ?" s'interroge l'un d'eux. C'est magnifique ! 

Mais ce n'est pas que ça ; c'est un vrai fim de guerre, dur, très dur, où l'on suit les hommes au plus près. Pour une fois, ce ne sont pas de vaillants soldats courageux. C'est beaucoup plus réaliste : on voit la terreur sur les visages, la détresse, voire la folie qui gagne au vu des horreurs que l'on croise sur la route... Lorsque les Japonais sont faits prisonniers, on peut alors observer sur eux exactement les mêmes expressions, tandis que les Américains deviennent à leur tour les bourreaux, soulagés, exaltés, vengeurs.

Trois types d'hommes qui se dessinent, Sean Penn, le pragmatique, le réaliste ; Nick Nolte, l'ambitieux, autoritaire, inhumain ; Jim Caviezel, le rêveur, qui affiche un sourire en toutes circonstances, nourri par l'expérience qu'il a vécue auprès des Mélanésiens ; au-dessus de la mêlée, il sait que le paradis existe, qu'il y retournera, que rien d'autre n'a de sens. 

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Peu de dialogues. Des ordres. Des disputes. Des pleurs. Des pensées qui s'échappent en voix-off.

Entre lyrisme et philosophie, et vraies scènes de guerre dignes, très dignes, de celles du surestimé Il faut sauver le soldat Ryan, ce film est une merveille d'intelligence, une intelligence du monde, où la nature, encore une fois, omniprésente, nous rappelle notre petitesse... et donc notre prétention ridicule à vouloir être les maîtres. 

Terrence Malick s'est inspiré d'un roman de James Jones, lui-même issu de ses expériences militaires. On peut longuement s'interroger sur le titre : the thin red line (la mince ligne rouge). La ligne rouge à ne pas franchir ; rouge parce que c'est justement au prix du sang ? La ligne entre le paradis et l'enfer ? La ligne entre l'homme organique et l'homme spirituel ? Waouh... y a de quoi philosopher !

A noter : le casting impressionnant. Et je n'ai pas mis là-haut, parce qu'ils ont des très courts rôles, John Travolta, en général hyper désagréable et énervant, et George Clooney, en instructeur laveur de cerveau.

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Le bémol : un peu long tout de même, 2h50. J'aurais préféré que les passages mystiques soient un petit peu plus présents, au détriment de scènes de guerre, mille fois vues et revues, même si ici elles sont filmées autrement, mêlant l'horreur à la poésie. Ou alors qu'il racourcisse un peu le tout (mais il avait déjà six heures d'images...). Mais non... c'est trop beau, le cinéma de Malick !

Vraiment j'adore ce bonhomme ! Plus je vois de films, plus je comprends son message et son sens artistique. Il me faut revoir The tree of life, que j'ai détesté, mais que j'aimerais redécouvrir maintenant que je connais mieux le personnage. Pour ensuite m'attaquer au décrié A la merveille ! Après, j'aurai vu tout Malick. Et j'attends la suite !

Et ce film entre dans mon Challenge, catégorie films de Guerre.


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