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MINIATURES PERSANES : LES INJOUÏDES, MOZAFARIDES ET JALAYIRIDES (XIVe/XVe)

Publié le 13 février 2016 par Aelezig

Les Injouïdes (1303-1357)

Il est fréquent dans toute l'histoire iranienne qu'un simple gouverneur de province nommé par le sultan tienne en main tout le pouvoir régional et devienne le fondateur d'une dynastie locale à moitié autonome. Les Injouïdes formèrent ainsi une telle dynastie qui gouvernait la province du Fars au sud-ouest du pays, de 1303 à 1357. Le chef-lieu de cette province était la ville de Chiraz qui comptait plusieurs ateliers d'enluminure.

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Deux miniatures de cette époque d'un manuscrit disparu ont subsisté jusqu'à aujourd'hui. Il s'agit des illustrations du manuscrit de Kalila et Dimna (1333), de même qu'existent également plusieurs versions du Livre des rois commençant à l'année 1341. Ses miniatures témoignent d'une qualité provinciale par rapport aux grands ateliers du pays, mais elles conservent la tradition de l'art de l'ornementation persane qui, malgré l'influence chinoise, a continué d'exister en dehors de la capitale. La miniature de Kalil et Dimna, qui met en scène une femme adultère, présente une profusion de grandes fleurs sur les côtés. Cette particularité stylistique témoigne de la volonté d'orner plus que dépeindre des scènes de façon réaliste.

Les Mozaffarides (1350-1393)

Ils ont fondé leur dynastie sur les ruines de l'ilkhanat. Ils sont victorieux des Injouïdes dans les années 1350, s'emparent de Chiraz qu'ils pillent, mais ne peuvent prendre Tabriz. En 1393, Tamerlan met fin à leur pouvoir.

Les miniatures les plus anciennes de ce règne remontent aux années 1370, les précédentes ayant disparu. L'influence de l'époque djalayride qui fleurissait à Bagdad produit un changement dans l'organisation de l'espace de la miniature ainsi qu'une transformation de l'échelle des figures en proportion avec le fond. Les sujets sont traités de manière plus lyrique avec une tendance au raffinement et à l'élégance des formes.

Chiraz est alors la ville phare de ce nouveau style que l'on admire dans le Livre des rois composé en 1371. Il se distingue par son aspect clairement ornementé qui se manifeste dans les douze miniatures du manuscrit. Ainsi, la miniature Bahram Gour tuant le dragon est représentée non seulement de manière réaliste, mais aussi avec toute une ornementation, comme on peut le remarquer dans le corps du dragon qui forme une sorte d'arabesque. Il ne combat déjà plus et ne lance plus de flamme. Son corps pour renforcer l'effet est peint en bleu foncé. Ce nouveau style de Chiraz s'est prolongé plus ou moins jusqu'à la fin du XIVe siècle, comme on peut en juger d'après une autre copie du Livre des rois datant de 1393-1394.  

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Les Jalayirides (1339-1431)

Ils étaient sous les Mongols gouverneurs de l'Anatolie. Dans la tourmente qui suit la mort d'Abou Saïd, ils combattent pour s'emparer du pouvoir ainsi que le font les dynasties provinciales et les Injouïdes. Le chef des Jalayrides, Hassan Bozorg s'empare de Bagdad en 1339 et son héritier Ouvaïs de Tabriz en 1360. La dynastie cesse d'exister avec la mort du sultan Hossein en 1431.

De la période 1336-1356 n'ont survécu que quelques œuvres. Quelques miniatures dispersées, détachées de leur manuscrit, peuvent être datées de 1360-70. Elles sont conservées dans deux albums reliés qui se trouvent l'un à Berlin, l'autre à Istanbul. Malgré l'influence persistante de l'art des Ilkhans, on note un certain changement dans ces miniatures. C'est au milieu des années 1370 (à la mort d'Ouvaïs), qu'est formé le canon de la miniature persane pour les deux siècles suivants. Les artistes trouvent un équilibre entre ce que l'on pourrait désigner non sans un certain anachronisme l'abstraction et le naturalisme, de même qu'entre la couleur et le trait, les personnages et la nature. C'est ainsi qu'ils ont le mieux décrit l'esprit persan.

La mort d'Ouvaïs provoque une suite d'années fort troublées. Son frère Ahmad gouverne de 1382 à 1410. Le trône de Bagdad lui est enlevé à deux reprises par Tamerlan (qui fait installer à Samarcande une partie des artistes de Bagdad). Ce n'est que la mort de Tamerlan en 1405 qui permet à Ahmad de retourner dans sa capitale de Bagdad. C'est une figure de grande importance dans l'histoire de la miniature persane. Les sources le décrivent comme un homme cruel et obstiné, mais en même temps comme un homme cultivé féru de poésie, de musique et de peinture. En outre, il compose des vers et prend des leçons de dessin auprès du peintre de sa cour Abd al-Hay. Beaucoup d'experts estiment que c'est lui, Ahmad, qui a donné une réelle impulsion à la miniature persane en lui donnant sa caractéristique lyrique et poétique qui correspond à sa propre vision poétique du monde. Plusieurs manuscrits importants datent de cette période ; le plus ancien (1386-1388) est une version du Khamseh de Nizami qui, bien qu'encore provinciale dans ses traits, révèle déjà ce que les enlumineurs de la bibliothèque d'Ahmad de Bagdad vont réaliser plus tard en plénitude.

Ensuite les Trois poèmes de Khadjou Kermani (1396) contiennent neuf miniatures qui représentent un pas énorme dans le développement de la miniature persane. L'interprétation lyrique du texte y atteint des sommets extraordinaires. L'univers qui apparaît s'annonce d'emblée comme celui d'un jardin paradisiaque. Cela peut se remarquer dans la miniature intitulée La Princesse Khomayoun observant Khomay devant la porte, où un jardin fleuri et une tour décorée de carreaux de faïence symbolisent la beauté et la fleur de la jeunesse de la princesse attendant son bien-aimé. C'est la première fois dans l'histoire de l'art persan qu'une miniature est signée de la main de son auteur. Il s'agit ici de Djouneyd et cela signifie qu'à l'époque le prestige de la profession de peintre atteint un tel niveau qu'il devient possible ou nécessaire de laisser son nom à la postérité. Deux manuscrits survivent encore au règne d'Ahmad : un traité savant de cosmologie datant de 1388 et une version plus tardive du Khamseh dont les miniatures sont proches dans la construction de celles des Trois poèmes de Kermani. Cependant l'œuvre la plus mystérieuse des dernières années du règne d'Ahmad est un recueil de poésie (Divan) composé par Ahmad lui-même. Huit des trois cent trente-sept pages du recueil contiennent des dessins dans les marges sur différents thèmes, alignés dans un système à sept niveaux que les savants expliquent par les tendances mystiques du sultan Ahmad. Les dessins sont fort bien faits, mais les avis divergent sur son auteur. La plupart des spécialistes sont d'accord pour les attribuer au peintre de la cour, Abd al-Hay ; mais certains affirment qu'il s'agit d'Ahmad Djalayir en personne.

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La contribution des peintres de l'époque djalayiride à la miniature persane est énorme. Ceux-ci ont pu s'essayer à plusieurs techniques sous le patronage du sultan Ahmad et créer une quantité d'archétypes nouveaux dans leurs modèles de composition, qui seront suivis par cinq générations de peintres. Ils ont atteint une telle grâce et une telle harmonie de couleurs qu'ils seront repris dans les siècles à venir, du moins dans les meilleures productions.

D'après Wikipédia


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