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(anthologie permanente) Sanda Voïca

Par Florence Trocmé

(2012.01. I0 Sanda Voïca en 27e poème]
10h30

Je ne peux pas dire non

Je ne peux pas dire non aux sons du "merci" dit par Adonis hier matin à la fin d’un dialogue – plutôt monologue – sur France Culture :
Les sons sortent de sa bouche, parmi ses dents, comme des enfants en vacances, sortant parmi les lattes en bois espacées ou cassées d’une haie Séparant des champs d’herbe, invitant à la découverte.
Je ne peux pas dire non au soleil que je sens en plein éclat ce matin même à Paris – j’ignore complètement la vraie météo –
S’opposant au brouillard perlant de mon domicile fixe.
Je ne peux pas dire non à la multiplication des grives dans le jardin et alentour : six il y a une semaine, environ dix ce dernier week-end, en voilà précisément vingt, tout à l’heure, dans un haut peuplier défeuillé, chez le voisin mort.
Je ne veux pas dire non à la lettre écrite et non-envoyée à Ryoko Sekiguchi – elle va partir aujourd’hui.
Je dis oui à ma propre nouvelle "Jamais l’automne ne fut plus beau" – qui m’a permis pendant les deux heures de son écriture de traverser des champs d’herbe dans le brouillard perlant, à la découverte du soleil, enfant sortant parmi les lattes espacées ou cassées d’une haie entre deux champs.
Je ne peux pas dire non à mon étalage médiatique : je vais faire monter mon propre brouillard dans la journée lumineuse.
Stalker de mes jours, stalker de mes soirs, stalker de mes aubes.
Je ne peux plus dire non aux mots nés en exil, ni aux mots morts en exils :
Qu’ils viennent à moi, ces éternels enfants !
Ouvrons le cahier, le livre, le dictionnaire. Ouvrons à ce que le cahier, le livre, le dictionnaire s’ouvrent !
Des mots et des vers – poèmes sans frontières.
Mon tour – le tour de moi-même – en 80 poèmes !
Titre : Le Tour du monde de Sanda Voïca en quatre-vingt poèmes. Epopopoèmémés !
Je ne dis pas non aux mots morts – lettres vives quand je les ré-imagine.
J’ai soif de vers : je traverse mon champ d’herbe de ce matin et je vois des vers de terre :
Le brouillard est percé, la lumière inonde la clairière.
Sanda Voïca, Epopopoèmémés, Éditions Impeccables, 2015.
On peut lire aussi des notes prises en lisant ce livre dans le Flotoir, site personnel de Florence Trocmé.
Présentation du livre sur le site de l’éditeur
Présenté sous l’aspect trompeur d’un journal de notations quasi-quotidiennes, cet ensemble de poèmes, volontairement inachevé, compose en réalité une forme d'épopée, avec toutes ses évolutions et circonvolutions, ses retournements et atermoiements, habitée par la conscience d'un pari lancé à soi-même : écrire TOUT, au fil des jours. Alors l’épique, roulant entre une forme de pure saisie phénoménologique et un absurde « à la roumaine », roulant entre la sensualité du corps et l’ennui des jours, entre le littéraire très référencé et le quotidien cru, – l’épique donc, permet de « piquer » la chair du temps. Epopopoèmémés nous fait ainsi traverser l’expérience « Sanda Voïca » comme une sorte de nouvelle vérité poétique, inconnue de la sorte en France.


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