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[Critique] ARIZONA DREAM

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] ARIZONA DREAM

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Titre original : Arizona Dream

Note:

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Origine : États-Unis/France
Réalisateur : Emir Kusturica
Distribution : Johnny Depp, Jerry Lewis, Faye Dunaway, Lili Taylor, Vincent Gallo…
Genre : Comédie/Drame
Date de sortie : 6 janvier 1993

Le Pitch :
Axel Blackmar vit à New York depuis trois ans, où travaille pour le Ministère de la Pêche. Un jour, son cousin Paul vient le chercher. Profitant d’un instant de somnolence, il ramène Axel en Arizona où il n’est jamais revenu depuis la mort de ses parents. Acceptant bon gré mal gré d’aider son oncle – le héros de son enfance – à la concession automobile, il rencontre deux clientes excentriques, Elaine et Grace Stalker. Sans le vouloir, il va devenir le jouet de ce duo mère-fille à la relation tumultueuse…

La Critique :
Au début des années 1990, Emir Kusturica a réalisé trois films, tous primés dans des festivals prestigieux : Te Souviens-Tu de Dolly Bell ? (primé à Venise), Papa Est En Voyage d’Affaires (Palme d’Or à Cannes), et Le Temps des Gitans (meilleur réalisateur à Cannes). C’est donc un réalisateur très apprécié de la critique et récompensé qui est appelé par les États-Unis, et qui, comme beaucoup, succombe à cet appel. Contacté par son ami Miloš Forman, il accepte de le remplacer comme enseignant à l’université Columbia. Un de ses élèves lui propose un scénario complètement fou. Enthousiasmé, le réalisateur abandonne l’enseignement pour adapter le script, qui débouchera sur Arizona Dream, soit son premier film de Kusturica en dehors de l’Europe de l’Est. Un long-métrage tourné dans des conditions particulières, en raison de la guerre dans son ex-Yougoslavie natale. Pour ce baptême du feu américain, il s’entoure d’un casting de stars confirmées et de stars en devenir. À l’époque, Johnny Depp, qui s’est révélé au grand public dans la série 21, Jump Street, est déjà fort de deux collaborations prestigieuses avec John Waters et Tim Burton. Vincent Gallo a fait pour sa part quelques apparitions et sera lancé par ce film, tandis que Faye Dunaway et Jerry Lewis ont marqué le cinéma de leur empreinte. Cette distribution va dérouter une partie des fans du cinéaste, habitués à ses films basés aux Balkans. C’est d’ailleurs peut-être pour cela que de tous ses films, Arizona Dream est le plus mal aimé. Bien que primé à Berlin, il sera globalement boudé par le public, car souvent jugé trop « américain ». Pourtant, si l’œuvre de Kusturica dans son ensemble est particulièrement géniale, Arizona Dream est un film majeur, qui échappe totalement à la norme.

Arizona-Dream-Johnny-Depp-Faye-Dunaway

Emir Kusturica est un électron libre, un punk, et il le montre à chaque fois. Dès le début, on sait qu’Arizona Dream n’aura rien à voir avec les autres films. On se retrouve dans le grand nord entouré d’esquimaux dans une scène dont on ignore le but au départ, mais qui trouvera peu à peu du sens. Le film empile les séquences mémorables (avec par moments des images qui feraient de parfaites cartes postales), mais rien n’est vain, aucun plan (dont une majorité frôle la perfection) n’est superflu. Même chose au niveau des dialogues. Il y en a beaucoup, mais à aucun moment il ne s’agit de parler pour parler. Intensément poétiques, les répliques semblent sortir de méditations de grands philosophes. Le film joue avec justesse sur les sentiments les plus variés. On passe d’un humour parfois noir à l’émotion la plus intense. À ce titre, la bande-son de Goran Bregovic joue un rôle important, en premier lieu le titre Death, qui souligne les moments les plus dramatiques et qui donne des frissons qui parcourent l’échine. De cette bande-originale naîtra le tube cool qui signe le retour au premier plan d’Iggy Pop, à savoir In The Death Car. Un titre qui illustre un des moments les plus cultes du film. Une scène où Johnny Depp et Faye Dunaway voguent dans les airs à bord d’une machine volante de fortune, à la fois hommage au mythe d’Icare, aux frères Wright, mais aussi plus tard, à La Mort Aux Trousses. Car Arizona Dream est aussi un film de cinéphile, comme on peut le voir dans les monologues de Vincent Gallo alias Paul Léger, prétendu acteur né, qui cite Brando, Stallone, De Niro, Pacino (mais aussi… Johnny Depp car le film multiplie les mises en abîmes) et récite les dialogues de Raging Bull, sans oublier, comme cité plus haut, Alfred Hitchcock.
Les acteurs sont ainsi brillants. Johnny Depp en premier lieu, mais aussi Jerry Lewis et Faye Dunaway , qui interprète le rôle d’une femme mature qui se prend pour une éternelle nymphette. Lili Taylor (qui retrouvera plus tard un énorme succès dans la série Six Feet Under) incarne une jeune femme torturée et suicidaire, et Vincent Gallo s’avère hilarant. Un jeu à l’image du reste du film. La photo, la musique, la direction d’acteur, le jeu, les dialogues ou encore le scénario, tout s’imbrique dans une mécanique qui fonctionne à la perfection. Arizona Dream mêle amour, mort et folie dans un délire total, disserte sur l’envie de voyage comme moteur, ainsi que sur le passage forcé à l’âge adulte, même tardif, que les personnages refusent, et file la métaphore du rêve sous tous ses aspects (rêve américain devenu désenchanté, mais aussi rêverie et fantasme). Onirique, philosophique, il se perçoit comme une longue poésie. C’est un des meilleurs films des années 90, et probablement un des derniers long-métrages en date qui entrent dans la catégorie des grands classiques du septième-art.

@ Nicolas Cambon

arizona-dream-cast
  Crédits photos : UGC Ph


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