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Reprenons les bases: illustrations ou Mes symptômes positifs

Publié le 20 février 2016 par Lana

Pour illustrer de façon plus concrète l’article précédent, je vais parler des symptômes de la schizophrénie et de la façon dont je les vivais. Il ne s’agit évidemment que de mon expérience personnelle, ça n’a donc rien de scientifique, mais ça montrera je l’espère qu’être schizophrène, ce n’est pas être complètement fou et ne se rendre compte de rien, ce n’est pas perdre son humanité.

Les hallucinations: j’avais quelques hallucinations auditives comme entendre une voix qui m’appelait du ciel ou des conversations dans un couloir alors qu’il n’y avait personne,  des voix dans la tête mais qui ne disaient rien de sensé, quelques hallucinations visuelles comme voir des taches qui n’existaient pas sur un tee-shirt, mais surtout beaucoup d’hallucinations cénesthésiques ou « corporelles », c’est-à-dire que je sentais mon corps se transformer, gonfler, que j’avais l’impression d’avoir quatre yeux ou des yeux derrière la tête, le cerveau qui s’écoulait de mon crâne, et même une fois l’impression de me transformer en animal.  Concernant les hallucinations auditives et visuelles, je pouvais y réagir de deux façons: soit je savais que c’était des hallucinations, par exemple pour les voix dans ma tête ou les bruits entendus avant de m’endormir, des sortes d’exclamation, et si ce n’est pas très agréable, on s’y habitue pourtant. Quand je ne me rendais compte que par après que j’avais eu une hallucination, par exemple en me rendant compte que mon tee-shirt n’était plus tâché, ou que mes colocataires n’avaient absolument pas eu d’altercation dans le couloir comme je l’avais entendu pendant la nuit, je réagissais très mal. J’ai retourné toute ma garde-robe à la recherche d’un tee-shirt tâché, pleurant et sachant que je ne l’y trouverais pas, que c’était sur celui qui pendait immaculé sur le fil à linge que j’avais vu des taches en l’y accrochant. J’avais vu ou entendu quelque chose qui n’existait pas comme je vois et entends toute chose, et cela me mettait dans un réel état de panique car je perdais prise avec la réalité. Je ne pouvais plus me fier à mes sens et c’était réellement terrifiant.  Quant aux hallucinations cénesthésiques, j’ai fini par m’y habituer aussi, sachant que c’était des hallucinations, même si elles étaient très angoissantes, notamment la sensation de ne plus avoir de peau ou celle que mon cerveau sortait de mon crâne. Ma raison me disait de toucher mon crâne pour me rendre compte que mon cerveau ne s’en écoulait pas, mais ma peur de le sentir sous mes doigts prenait le dessus.

Le délire: j’ai pensé que tout le monde me détestait, même des gens que je ne faisais que croiser. J’ai eu peur d’avoir le sida, de devenir aveugle ou d’être diabétique. Et j’ai remis ma vie dans le pouvoir de statuettes religieuses ou de porte-bonheur, alors que je suis quelqu’un de très rationnel en temps normal. Le délire est très prenant, tout tourne autour de ça. Contrairement à certains qui ne critiquent pas leur délire, j’en doutais beaucoup et c’est ça qui me rendait folle. Comment savoir si les gens me détestaient vraiment ou si c’était moi qui étais parano?  Comment savoir quelles étaient mes vraies pensées et celles contrôlées par la maladie? Comment me comporter rationnellement pour faire face à un problème qui n’existait peut-être pas? Comment le savoir? Comment? C’était ça qui tournait dans ma tête en permanence. Je ne pouvais déjà plus faire confiance à mes sens, en plus je ne pouvais plus faire confiance à mes pensées. C’est pour ça aussi que j’ai voulu faire confiance à des porte-bonheur, et je n’ai pas compris quand j’ai raté un examen alors que je portais mon trèfle à quatre feuilles en or. Et je ne comprenais pas non plus comment je pouvais être celle qui ne comprenait pas ça. Bref, tout était très confus, et je ne savais plus à quelles pensées me fier, ne sachant plus quelle part de moi était malade et laquelle ne l’était pas.

L’automatisme mental: j’avais l’impression d’être transparente, que les gens pouvaient voir à l’intérieur de moi et me voler mes pensées. Rationnellement, je savais que c’était impossible, mais je ressentais pourtant ce vol de pensées. S’en suivaient de longues heures d’angoisses  à hésiter entre « si c’est possible » et « non ça ne l’est pas », « ça ne peut pas exister mais puisque je le sens peut-être que si », etc.

La déréalisation: c’est peut-être le symptôme qui m’a le plus marquée. Je ne comprenais plus rien au monde, je le regardais comme une scène de théâtre absurde, tout me paraissait étrange. Je vivais dans ce que j’appelais l’autre monde, un monde qui m’avait happée et me retenait prisonnière, un monde noir et terrifiant, dont j’étais persuadée de ne jamais revenir. Pendant ce temps-là, je continuais pourtant des études universitaires, je n’étais donc pas « complètement folle ».

La dépersonnalisation: il m’arrivait de sortir de mon corps, de marcher littéralement à côté de mes pompes, à côté de mon corps, de parler comme si j’étais un robot en pilote automatique, de me regarder faire avec une angoisse détachée. Et pendant ce temps-là, je continuais pourtant à avoir des interactions avec les gens.

Le comportement désorganisé: je faisais des choses bizarres comme vivre dans ma chambre les volets tirés, avec seulement quelques bougies comme éclairage. Mais ce comportement avait un sens. Je ne pouvais plus supporter le soleil, trop beau pour moi qui vivait l’enfer, ni que le monde arrive jusqu’à moi, avec toutes ses agressions.

Voilà pour les symptômes positifs.


Classé dans:Réflexions personnelles

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