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[Critique] OCEAN’S ELEVEN

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] OCEAN’S ELEVEN

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Titre original : Ocean’s Eleven

Note:

★
★
★
★
½

Origine : États-Unis
Réalisateur : Steven Soderbergh
Distribution : George Clooney, Brad Pitt, Matt Damon, Julia Roberts, Andy Garcia, Bernie Mac, Elliott Gould, Don Cheadle, Scott Caan, Carl Reiner, Casey Affleck…
Genre : Comédie/Policier/Remake
Date de sortie : 6 février 2002

Le Pitch :
Danny Ocean est sorti de prison depuis à peine 24 heures. De nouveau de mèche avec son partenaire Rusty Ryan, il fait appel à toute une galerie de voyous et de types louches pour l’aider à cambrioler 160 millions de dollars dans non pas un, ni deux, mais bien trois casinos à Las Vegas. Chacun possédant sa spécialité dans l’équipe. Mais ce n’est que lorsque le coup est en pleine préparation que le groupe découvre que Tess, l’ex-femme de Danny, a été séduite par Terry Benedict, le propriétaire de ces trois palaces. La question demeure alors, et menace de semer la dissension parmi l’équipe : le plan de Danny est-il simplement motivé simplement par l’argent, ou par quelque-chose de plus personnel ? Ils ne vont pas tarder à la découvrir…

La Critique :
Ocean’s Eleven est aussi léger qu’un nuage. Remake d’un métrage somnolent mettant en vedette Frank Sinatra et sa bande dans les années 1960, c’est un film qui garde la tête froide tout du long et chatouille les plaisirs sensoriels du cerveau, enchaînant les tours de passe-passe et les cartes maîtresse pour restaurer la réputation du divertissement hollywoodien old-school à la plus grande échelle possible. Qu’un tel film viendrait de Steven Soderbergh n’est pas vraiment une surprise.

Des films du passé comme Erin Brokovich : Seule Contre Tous ou Traffic en avaient déjà apporté la preuve: cet enfant prodige du cinéma indépendant a passé tellement de temps à déconstruire la narration dans les films expérimentaux, qu’il a déjà tout compris, presque instinctivement, sur comment raconter une histoire à fond les manettes (c’est l’équivalent cinématographique du gamin qui démontait toujours ses jouets électroniques, juste pour voir comment ils fonctionnaient). Alors que beaucoup de réalisateurs se contentent de simplement photographier des gens en train de parler, le don de Soderbergh est la quantité d’informations qu’il est capable de communiquer visuellement à l’écran dans un temps limité (qu’est ce qu’un triomphe comme L’Anglais sinon un film de deux heures et demie comprimé en 80 minutes et quelques ?).

Oceans-Eleven-Clooney-Damon

Ocean’s Eleven a beau n’avoir rien de particulièrement profond à dire, la manière continuellement séductrice avec laquelle il retient et divulgue les détails essentiels de son récit labyrinthique (parce qu’on parle bien d’un film de casse, après tout) en fait de lui un chef-d’oeuvre de manipulation signée Soderbergh. Dans d’autres mains, le scénario épigrammatique de Ted Griffin aurait pu être un bordel surpeuplé, avec trop de personnages à gérer et un triple braquage high-tech de casino tellement alambiqué qu’il aurait eu besoin de duperies accompagnées de diversions, suivies de fausses identités avec une petite pincée d’imposture, juste au cas où.

Mais avec Soderbergh au volant, c’est clair comme de l’eau de roche. Incarnant le rôle de son propre chef opérateur (sous le pseudonyme Peter Andrews), Soderbergh filme Ocean’s Eleven avec des travellings en Cinémascope et des zooms rétro, le tout avec un grain et une couleur jaunâtres qui n’est pas sans rappeler la palette soignée des 60’s. On comprend toujours juste assez qu’on croie savoir où va le film, avant d’être pris à revers quelques minutes plus tard, lorsque qu’il change de direction et nous amène à tout réévaluer. Ocean’s Eleven a un rythme tellement exquis (grâce en majeure partie au montage génial de Stephen Mirrone) qu’on arrive habituellement à calculer le coup au moins une demie seconde avant ceux en train de se faire berner, nous permettant ainsi la satisfaction d’apprécier pleinement la réaction outragée des personnages.

Que dire d’autre sur l’arnaqueur super cool Danny Ocean, si ce n’est qu’il a plus ou moins définit le George Clooney qu’on connaît aujourd’hui ? C’est un rôle qui affiche sa personnalité « classe » en lettres géantes, comme un panneau publicitaire, et le rythme du film est totalement, profondément ancré dans son sens d’humour à lui : sec et débonnaire. Le secret de Clooney et son timing unique ne se trouve pas vraiment dans ses vannes (et franchement, certaines mériteraient bien un peu plus de punch), mais le fait qu’il attend deux ou trois secondes avant de les sortir. Comme la dernière collaboration excellente entre Soderbergh et Clooney, Hors d’atteinte, l’humour d’Ocean’s Eleven est situationnel : strictement une question de réactions décalées face à des gags visuels encore plus bizarroïdes.

Clooney a un acolyte parfait pour l’épauler : le Rusty Ryan de Brad Pitt. Trop souvent, dans des films comme Snatch ou L’Armée des 12 Singes en passant même par Inglourious Basterds, Pitt essaye de jouer contre son image de beau-gosse en se donnant énormément de mal à enlaidir son physique ou son accent. Ici, pour une fois, il arrête de se prendre autant au sérieux et semble se réconcilier avec son charme presque ridiculement naturel. Même aujourd’hui, difficile de trouver un film où Brad Pitt est aussi relax et détendu, balançant ses répliques avec une nonchalance presque ennuyée et se chamaillant avec Clooney avec un rapport de deux vieux potes qui arrivent chacun à finir la phrase de l’autre.

Et puis, bien sûr, il y a le casting en béton : Matt Damon la joue discret en pickpocket à la fois prodigieux et réticent, tandis que Don Cheadle cabotine à cœur joie dans le rôle d’un expert en munitions (quoique il faut l’avouer, son accent Cockney est peut-être le moins crédible du lot). Le génial Bernie Mac incarne un dealer de black-jack qui infiltre le casino de l’intérieur, le techno-geek agité joué par Eddie Jemison prévoit l’informatique, et Casey Affleck et Scott Caan se joignent à la fête en conducteurs qui n’arrêtent jamais de se disputer. Carl Reiner et Elliot Gould manquent pas loin de voler la vedette à tout le monde dans la peau de deux vieux comploteurs grognons sortis de la retraite pour un dernier coup, et un acrobate chinois interprété par Shaobo Quin s’occupe de quelques cascades spectaculaires. La liste est longue, se résumant parfois à des apparitions qui se mesurent en minutes, mais une fois l’arrivée du grand final, on découvre la méticuleuse construction narrative : chaque personnage est essentiel ; tout le monde a un rôle à jouer.

On sait comment ça va se terminer, bien entendu. Mais il y a un dernier détail : il se trouve que l’ex-femme glaciale de Danny Ocean (Julia Roberts, dans un choix de casting assez parfait, au final) est tombée sous le charme du propriétaire des casinos qu’il s’apprête à dévaliser – qui est nul autre qu’Andy Garcia : suave, suprême et même un peu terrifiant. Les séquences entre Clooney et Roberts cachent en dessous une vraie douleur assez imprévue, donnant un contre-courant émouvant à la frivolité d’Ocean’s Eleven qui s’avère drôlement efficace.
On ne se rend pas compte à quel point le film met le grappin émotionnel sur les spectateurs, jusqu’à ce qu’il arrive à son dénouement éblouissant, qui devient un dernier rappel de rideau en slow-motion, accompagnée par la mélodie Clair de Lune de Claude Debussy. C’est peut être l’une des séquences les plus lyriques, les plus mélancoliques jamais orchestrées par Soderbergh – d’autant plus déchirante parce qu’elle signale la fin d’une merveilleuse confection.

@ Daniel Rawnsley

Oceans-Eleven
   Crédits photos : Warner Bros.


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