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STRANGE FRUIT à l’Agora de Montpellier

Publié le 22 février 2016 par Idherault.tv @ebola34
STRANGE FRUIT à l’Agora de MontpellierRetour et compte-rendu sur STRANGE FRUIT à l'Agora - Montpellier le 17 février 2016

Strange fruit

A l'origine, une petite boîte trouvée par Pierre Schill, historien et enseignant à Montpellier. À l'intérieur, une vingtaine de photographies : des soldats sous les palmiers, le désert. Et une exécution en place publique : quatorze corps d'"indigènes" pendent au gibet. Face à son devoir d'historien et redoutant la frustration qu'une seule étude scientifique pourrait engendrer, il décide de les partager pour laisser l'émotion déborder du cadre : danse, littérature, création plastique, pour explorer d'autres possibles.
L'étude chorégraphique est alors confiée à Emmanuel Eggermont. Au vu de la violence de certaines photographies, Emmanuel Eggermont n'a pu s'empêcher de faire le lien périlleux avec le poème d'Abel Meeropol Strange Fruit, écrit sous le choc de la découverte de photos de lynchage de noirs américains en 1930.STRANGE FRUIT à l’Agora de Montpellier
La chorégraphie imaginée par Emmanuel Eggermont propose de se confronter à ce corpus photographique et d'en proposer une lecture artistique.
Accompagné par la voix de Nina Simone et le travail de composition de Julien Lepreux, Strange Fruit traverse les époques pour entrer en résonance troublante avec l'actualité, comme une histoire qui se répète dans le temps (d'après A.I.) L'ensemble des photos figurant sur cette page et portant filigrane www.idherault.tv ou philippe F sont librement partageables sur Facebook en l'état sous condition que soit précisé leur origine à savoir WWW.IDHERAULT.TV sous forme d'hyperlien et qu'elles ne fassent l'objet d'aucunes retouches, redimensionnement ou recadrages. Ces photos sont également téléchargeables et peuvent être utilisées sur tous types de sites internet, autres réseaux sociaux, blogs personnels ou associatifs sous réserve de respecter les conditions ci-dessus énoncées et que soit mentionné sous forme d'hyperlien l'origine des clichés utilisés. soit vers la page facebook IDHERAULT soit vers le site internet WWW.IDHERAULT.TV. Tous les organismes, sites commerciaux ou institutionnels devront nous faire parvenir par l'intermédiaire de l'onglet contact du site ou en message privé facebook une demande préalable d'autorisation. Tout non-respect à ces règles pourra entrainer des poursuites aux termes de l'Article L 122-4 du Code de la Propriété Intellectuelle. Tous droits réservés.

Seul sur scène, scène pavée de plaques rectangulaires et blanches de polystyrène. Lui, Emmanuel, le danseur, s'avance sur ses chaussures vernies de danseur moderne. Il avance et à pas comptés décrit l'espace qu'il va lentement habiter. C'est une lente errance, au travers de postures étudiées où les mains, leur élégance, prennent toute leur importance. Au sol, ces chaussures légères assurent la liaison. Puis il découvre, plié dans une enveloppe transparente, une vareuse bleu horizon, élégante et légère. Il la déplie, la manipule, elle gagne ses épaules et hissée au-dessus de sa tête, elle sera le voile du photographe et l'avant-train du taureau. Sans raison mais pas sans sensation, une lente corrida se déroule, hiératique. Les accents déchirants de la complainte " Strange fruit " accompagnent son ambulation ... et puis stop !

STRANGE FRUIT par NINA SIMONE

La vareuse prend sa place, le bas du pantalon remonté entre dans les chaussettes hautes : bandes molletières rêvées pour un poétique " poilu ". Il va arpenter les plaques, les parcourir, jusqu'à en mourir, là au sol, dans un espace quadrangulaire, réservé entre les plaques. Jihyé, l'assistante du danseur, intervient, elle pousse les plaques, tectonique provoquée dans des crissements primaux . C'est un monde qui s'arrange, s'organise, autour d'un corps inanimé. La violence cède la place à la paix du tombeau. " Strange fruit ", pour la deuxième fois, surgit des hauts parleurs, né des sillons du disque noir. C'est lent, c'est émouvant, cela grésille un peu !

Et le mort se réveille, chausse des crampons à glace. Il parcourt, à grands pas la blancheur des panneaux. Au passage plantant ses griffes d'acier, marquant, labourant, la surface fragile. C'est le parcours épuisant du trappeur dans la neige, de l'explorateur perdu, retrouvant son chemin. Labours accentués, traces de plus en plus profondes. Arrêt brutal, crampons crochés au sol.

Depuis les vernis souples aux pseudos brodequins puis des chaussures à crampons, il termine nus pieds, laissant plantés au sol chaussures, crampons, chaussettes. Dernier avatar, cette fois-ci le lien sol-danseur est parfait, chair nu sur sol immaculé, profondément marqué par les précédents passages. Il avance et s'emparant de la plaque, ponctuée par l'excroissance des chaussures abandonnées, la promène sur son dos, nouvel Atlas portant son monde d'images. Un monde qui s'écroule dans la brutale rupture du fragile panneau.

Fin de partie et départ du danseur... chaos de plaques, morceaux de polystyrène éclatés, un monde s'est arrêté... sa danse est finie !

Quelques clichés pris lors de l'événement :


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