Magazine Culture

Courts métrages, feuilleton (1/10)

Par Jean-Jacques Nuel

En feuilleton, des extraits de mon recueil Courts métrages, paru en 2013 aux éditions Le Pont du Change.

LE DROIT D’AÎNESSE

Ma sœur aînée, je le sais, est née un an après moi et se prétend mon aînée. Je ne l’ai jamais contredite pour ne pas la contrarier, car elle peut se montrer, dans ses accès de colère, d’une violence extrême. Et ma position de frère cadet, bien qu’elle repose sur un mensonge, m’arrange au fond : je n’ai jamais aimé les responsabilités, et laisse volontiers à ma sœur, depuis la mort brutale de nos parents, le rôle de chef de famille. Elle a de puissantes relations dans la haute administration, je sais qu’elle s’en est servi pour parvenir à une falsification du registre d’état civil. Mon acte de naissance a été trafiqué : on m’a rajeuni de deux ans pour me faire naître fictivement après elle. J’en veux secrètement à ma sœur. Elle aurait pu tout aussi bien ne pas toucher à mon année de naissance et reculer la sienne de deux ans, le résultat aurait été similaire. Mais sa coquetterie et sa peur de vieillir s’opposaient à cette solution, et elle a préféré attenter à mes jours.

*

FEUILLE DE ROUTE

Le soleil, comme un camionneur de l’entreprise Norbert Dentressangle, a un itinéraire et un horaire à respecter.

*

LE CORPS DÉCAPITÉ DU MARTYR SAINT-TROPEZ

Le nom de la petite ville de Saint-Tropez, charmant port de pêche situé sur la Côte d’Azur, en France, n’évoquerait probablement rien pour la plupart des gens si ce lieu n’avait été le théâtre, en l’an 68 après Jésus-Christ, du débarquement involontaire d’un martyr chrétien. Torpès, intendant de Néron, refusant d’abjurer sa foi chrétienne, fut torturé et décapité à Pise ; son corps fut ensuite jeté dans une barque sur l’Arno, en compagnie d’un coq et d’un chien. Les courants ramenèrent la barque jusqu’au rivage de l’actuelle Saint-Tropez, où les chrétiens recueillirent le corps, le cachèrent et élevèrent une chapelle au martyr.

La ville tire son nom de Torpès, devenu Tropez. Chaque été, une grande ferveur religieuse pousse des centaines de milliers de pèlerins à se baigner dans les eaux sacrées de la Méditerranée.

*

Le recueil Courts métrages est disponible aux éditions Le Pont du Change.

En feuilleton, des extraits de mon recueil Courts métrages, paru en 2013 aux éditions Le Pont du Change.

LE DROIT D’AÎNESSE

Ma sœur aînée, je le sais, est née un an après moi et se prétend mon aînée. Je ne l’ai jamais contredite pour ne pas la contrarier, car elle peut se montrer, dans ses accès de colère, d’une violence extrême. Et ma position de frère cadet, bien qu’elle repose sur un mensonge, m’arrange au fond : je n’ai jamais aimé les responsabilités, et laisse volontiers à ma sœur, depuis la mort brutale de nos parents, le rôle de chef de famille. Elle a de puissantes relations dans la haute administration, je sais qu’elle s’en est servi pour parvenir à une falsification du registre d’état civil. Mon acte de naissance a été trafiqué : on m’a rajeuni de deux ans pour me faire naître fictivement après elle. J’en veux secrètement à ma sœur. Elle aurait pu tout aussi bien ne pas toucher à mon année de naissance et reculer la sienne de deux ans, le résultat aurait été similaire. Mais sa coquetterie et sa peur de vieillir s’opposaient à cette solution, et elle a préféré attenter à mes jours.

*

FEUILLE DE ROUTE

Le soleil, comme un camionneur de l’entreprise Norbert Dentressangle, a un itinéraire et un horaire à respecter.

*

LE CORPS DÉCAPITÉ DU MARTYR SAINT-TROPEZ

Le nom de la petite ville de Saint-Tropez, charmant port de pêche situé sur la Côte d’Azur, en France, n’évoquerait probablement rien pour la plupart des gens si ce lieu n’avait été le théâtre, en l’an 68 après Jésus-Christ, du débarquement involontaire d’un martyr chrétien. Torpès, intendant de Néron, refusant d’abjurer sa foi chrétienne, fut torturé et décapité à Pise ; son corps fut ensuite jeté dans une barque sur l’Arno, en compagnie d’un coq et d’un chien. Les courants ramenèrent la barque jusqu’au rivage de l’actuelle Saint-Tropez, où les chrétiens recueillirent le corps, le cachèrent et élevèrent une chapelle au martyr.

La ville tire son nom de Torpès, devenu Tropez. Chaque été, une grande ferveur religieuse pousse des centaines de milliers de pèlerins à se baigner dans les eaux sacrées de la Méditerranée.

*

Le recueil Courts métrages est disponible aux éditions Le Pont du Change.


Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Jean-Jacques Nuel 733 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazines