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De leur temps : l’audace des collectionneurs

Publié le 12 mars 2016 par Le Collectionneur Moderne @LeCollecModerne

De leur temps (5), 2016
L’Audace des collectionneurs

Du 12/03 au 08/05/16
Exposition triennale unique en son genre, De leur temps n’expose que des œuvres détenues par des collectionneurs privés. À Villeurbanne, sa 5ème édition se place sous le signe de « l’audace et de l’engagement » et confirme l’importance de l’initiative privée dans le paysage artistique actuel.

De Leur Temps (5) à Villeurbanne, triennale de l'ADIAFInformations pratiques

Institut d’Art Contemporain
11 rue du Docteur Dolard, 69100 Villeurbanne

Du mercredi au vendredi, de 14h à 18h
Samedi et dimanche, de 13h à 19h
Tarif : 6€ (tarif réduit : 4€)

Site de l’IAC : www.i-ac.eu
Site de l’ADIAF : www.adiaf.com

UN « INSTANTANÉ » DES COLLECTIONS FRANÇAISES

La triennale De leur temps rassemble des œuvres achetées ces trois dernières années par des collectionneurs d’art contemporain français et reflète ainsi les dernières tendances du marché de l’art.

Cette manifestation originale est organisée par l’Association Internationale pour la Diffusion de l’Art Français (ADIAF), une association de 400 collectionneurs qui a un indéniable pouvoir prescripteur sur le marché, puisqu’elle décerne chaque année le fameux prix Marcel Duchamp dans le cadre de la FIAC (voir notre article sur les prix et récompenses les plus influents pour l’art contemporain).

Michel et Colette Poitevin et Nathalie Ergino / De Leur Temps Villeurbanne / ADIAF

Les collectionneurs Michel et Colette Poitevin de l’ADIAF et Nathalie Ergino de l’IAC
autour des œuvre d’André-Pierre Arnal, Laetitia Badaut Haussmann et Bernard Piffaretti

Certes, l’ADIAF ne rassemble pas n’importe qui. Ses membres bénéficient pour la plupart de moyens financiers importants. Mais l’association peut néanmoins se targuer d’attirer de jeunes amateurs dans son giron grâce à un groupe qui leur est dédié, et les collectionneurs les plus fortunés ont tendance à créer leurs propres fondations.

Cette mise en commun de leurs moyens et de leur énergie se fait donc souvent au profit de jeunes espoirs ou de talents oubliés par les autres acteurs du marché.

SOUS LE SIGLE DE L’AUDACE

« L’achat d’une belle œuvre de Morellet ou de Soulages en 2015 est un extraordinaire plaisir, mais peu risqué, donc peu audacieux » résume Michel Poitevin, l’initiateur du programme De leur temps. « Au contraire, acquérir l’œuvre d’un jeune artiste ou un ancien oublié génère cet esprit du risque qui permet le développement de la création que nous souhaitons privilégier. »

L’artiste qu’il a choisi d’inviter en est une belle illustration, puisque Noémie Vulpian n’est pas encore suivie par une galerie d’art. « Je l’ai rencontré alors que ça ne faisait que six mois que j’étais sortie de l’École des Beaux Arts de Paris » commente l’artiste de 30 ans. « Une belle rencontre, un beau soutien… »

Cedrick Eymenier, The Answer, 2016 / galerie Jérôme Poggi / De Leur Temps Villeurbanne / ADIAF

Cedrick Eymenier, The Answer, 2016 / Courtesy de l’artiste & galerie Jérôme Poggi, Paris
Cette vidéo de 2h fait partie de la collection de Gilles Fuchs, président de l’ADIAF

L’audace des collectionneurs passe aussi par des choix disciplinaires : De leur temps (5) a consacré une salle au livre d’art à travers un ensemble d’œuvres de la collection spécialisée de Daniel Bosser (Saâdane Afif, Leonor Antunes, groupe Untel…). Ce domaine de création est « largement négligé en France » regrette Michel Poitevin : « des jeunes – avec des revenus normaux – peuvent pourtant construire des collections très pertinentes en rassemblant des éditions et des livres d’artiste. »

L’art vidéo est une autre discipline dont l’accès peut paraître compliqué pour les particuliers, mais dans lequel des membres de l’ADIAF s’investissent. Des collectionneurs comme Isabelle et Jean-Conrad Lemaître ont osé se spécialiser dans les créations de jeunes vidéastes (Arash Nassiri, Julien Crépieux,  Eric Dizambourg…) : « ils ont cherché des artistes, et aujourd’hui les artistes essayent de capter leur attention » se réjouit Gilles Fuchs, président de l’ADIAF.

DIALOGUE ET ENGAGEMENT

La nouveauté de cette édition réside également dans la production d’œuvres inédites qui témoignent d’un dialogue fécond entre les artistes et leurs commanditaires. Douze artistes ont répondu à l’appel et leurs collectionneurs-mécènes, épaulés par l’IAC (qui est un Fond Régional d’Art Contemporain en plus d’être un centre d’art) ont pu s’impliquer personnellement dans la création.

Un exemple éloquent de cette implication est le projet Déracinés de l’artiste Jonathan Lopin : pour l’occasion, la galériste et collectionneuse Marie-José Degrelle l’a accompagné  jusque dans les colonies israéliennes ! Ils ont dû braver ensemble les services des douanes pour importer en France les oliviers déracinés qui composent cette imposante installation.
Jonathan Lopin, Déracinés, 2016 / Marie-José Degrelle / De Leur Temps Villeurbanne / ADIAF

Jonathan Lopin, Déracinés, 2016 / production Marie-José Degrelle
avec le soutien du Conseil Régional de Normandie et de l’Institut Français

L’on peut également citer le travail de Judith Deschamps qui présente la collectionneuse Dorith Galuz dans une vidéo confondant le documentaire et la fiction, ou celui de Julie C. Fortier à qui le collectionneur Alain Le Provost « a demandé de mettre sa collection en bouteille et d’en faire un parfum » ! L’artiste québécoise a choisi d’illustrer, à travers sa fragrance, l’appétit du collectionneur. « J’ai exacerbé la volatilité du parfum : je l’ai construit comme un fondu au noir, un parfum qui disparaît en 5 minutes, comme un désir fulgurant. »

En conclusion – et dans le prolongement de notre article sur la timidité des collectionneurs français nous pouvons nous réjouir que presque tous les collectionneurs-prêteurs ont accepté cette fois de dévoiler leur identité : témoignage d’une évolution significative des mentalités, seuls deux d’entre eux sont restés anonymes pour cette édition.

Ils ont été particulièrement nombreux à répondre à l’appel de l’ADIAF : s’il découle inévitablement une certaine cacophonie scénographique de cette réunion hétéroclite, l’on ne manquera pas d’être étonné par ces quatre-vingt-cinq visions de l’art qui se côtoient… avec audace.

À LIRE ÉGALEMENT :

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