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Déclassification des archives nord-américaines [Actu]

Publié le 19 mars 2016 par Jyj9icx6

Déclassification des archives nord-américaines [Actu]

Gros titre : "Mieux vaut tard que jamais"
au-dessus d'une photo de Kissinger avec Videla
En manchette, "le coup d'Etat toujours en marche" :
une allusion à l'ouverture d'une procédure de destitution contre Dilma Roussef (1)


Faut-il parler de victoire des mouvements des droits de l'homme, comme le faisait Página/12 hier, ou d'habile résultat de la diplomatie conduite par Susana Malcorra ? Eu égard au ton assez peu diplomatique employé ces derniers temps par les associations argentines des droits de l'homme pour évoquer la prochaine visite officielle en Argentine de Barack Obama, on peut assez bien imaginer que c'est la ministre des Affaires étrangères qui a obtenu de Washington cette décision historique : la déclassification des archives sur la dictature de Videla et consorts, qui a fait 30 000 disparus et 500 enfants en bas âge volés à leur famille biologique, dont seulement une centaine ont maintenant retrouvé leur parenté.
Retrouvant son sens habituel de la conciliation, Estela de Carlotto, la présidente de Abuelas de Plaza de Mayo, s'est félicité, au nom de son organisation, de cette décision et le secrétaire d'Etat aux droits de l'homme, Claudio Avruj, a même reconnu publiquement l'implication de la CIA dans le coup d'Etat du 24 mars 1976.
Tout devrait donc être normalement réuni pour que le quarantième anniversaire de ce triste événement, le 24 mars prochain, se déroule dans le calme et la dignité, alors que Barack Obama se trouvera sur le sol argentin depuis le 22 au soir, en provenance de Cuba. D'autant que d'après une enquête exclusive publiée par La Nación (journal favorable à l'actuel gouvernement et hostile au précédent), 70 % de la population soutient encore aujourd'hui le Gouvernement de Mauricio Macri, même si la hausse des prix (très violente) est ressentie comme une dégradation grave de la situation par une grande partie des gens et un sujet de préoccupation plus important que celui de l'insécurité (un thème qui a pourtant fait florès pendant la campagne électorale). Seuls 29% des sondés déclarent rejeter la politique du nouveau gouvernement, un chiffre très faible, en perte d'une vingtaine de point par rapport au score obtenu par le candidat de la gauche, Daniel Scioli, au second tour de l'élection présidentielle (quatre points le séparaient de son adversaire) (2).
Par ailleurs, le Vatican a lui aussi fait savoir que, conformément à une promesse du Pape François à Estela de Carlotto en avril 2013, quelques semaines après son élection, les archives diplomatiques du Saint Siège concernant les dictatures en Argentine et en Uruguay seront très prochainement mises à la disposition des chercheurs. Le Vatican les organise en ce moment pour rendre possible cette consultation, qui correspond à une demande de très longue date de la part des organisations argentines.
Pour en savoir plus : Sur l'ouverture des archives nord-américaine lire l'article de Página/12 lire l'article général de La Nación lire l'article de La Nación sur la prise de position du ministre de la Justice argentin, qui annonce que ces archives vont en surprendre plus d'un lire l'entrefilet de Página/12 sur les déclarations de Claudio Avruj sur la position de Abuelas de Plaza de Mayo lire l'entrefilet de Página/12 lire l'article de La Nación sur les archives du Vatican lire la dépêche de Télam lire l'article de La Nación.
(1) Página/12 trouve tout à fait normal la démarche de Dilma Roussef de nommer Lula Premier ministre pour qu'il retrouve une immunité et échappe ainsi aux investigations de la justice. Donc l'ouverture par le Parlement d'une procédure de destitution contre la présidente serait une tentative de coup d'Etat déguisé... C'est insupportable de mauvaise foi de la part du quotidien. (2) Mes contacts personnels, ceux du moins qui ont voté pour Daniel Scioli, me disent s'être détournés de la presse de droite qui manipulerait l'information. Pour eux, seul Página/12 est fiable. Force m'est de constater toutefois que la politique de Mauricio Macri suscite relativement peu de réaction publique. Si cette réaction était forte, si elle correspondait bel et bien aux 49% de votes émis pour Daniel Scioli en novembre, il ne fait guère de doute, dans mon esprit en tout cas, que Página/12 ne manquerait pas de s'en faire largement l'écho. Or on trouve peu de référence à des manifestations publiques massives dans les colonnes de ce journal, que ce soit dans la rue, sur les réseaux sociaux, dans les théâtres ou les lieux de culture associatifs, coopératifs, alors qu'il y régnait jusqu'au 10 décembre une forte revendication kirchneriste de même que dans les institutions culturelles publics, maintenant gérées majoritairement à droite. En revanche, l'analyse, elle, est abondamment développée dans les pages du quotidien qui semble vouloir engranger les arguments contre la politique actuellement menée. J'ai donc tendance à penser que l'enquête de La Nación doit refléter de façon assez fidèle la réalité politique du pays et le fait que Claudio Avruj, d'habitude si prudent, ose parler de l'implication de la CIA dans le coup d'Etat de 1976 me conforte dans cette idée : il faut que ce gouvernement se sache largement soutenu pour aller ainsi contre l'aile extrême de la droite, que Mauricio Macri caressait si bien dans le sens du poil avant le premier tour de l'élection (en octobre) et lorsqu'il était à la tête du gouvernement local de Buenos Aires. Pour que Avruj se soit ainsi exprimé, il est presque certain que le thème aura été directement abordé avec John Kerry et l'Ambassadeur des Etats-Unis pendant la préparation du voyage d'Obama et que Kerry, voire le Président lui-même, aura clairement accepté qu'on parle ainsi des Etats-Unis des années 70. D'autant que ça ne peut pas faire de mal dans le cadre de la campagne électorale où cette brute de Donald Trump semble bien nostalgique de ces anciennes mœurs de l'Oncle Sam. Il n'est guère pensable en effet que Macri laisse une déclaration inconsidérée d'un de ses ministres mettre en péril la réussite de cette visite de laquelle dépendent son prestige et son crédit internationaux. L'idée n'est donc pas à écarter qu'à Buenos Aires, Obama puisse poser un geste spectaculaire, dans la lignée du recueillement de Willy Brandt au ghetto de Varsovie ou des mains unies de Kohl et Mitterrand à Verdun.

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