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(notes sur la création) Christiane Veschambre

Par Florence Trocmé

« Dans un texte admirable (…) et consacré à ce qu’est écrire, Marcel Cohen évoque l’angoisse d’une parole qui se cherche (il faut entendre parole comme celle qui peut advenir dans l’écriture). Il l’évoque à partir de ce qui peut sembler des anecdotes : Edmond Jabès passant sa première journée de retraité, enfin libre de consacrer tout son temps à son travail d’écrivain, à nettoyer la moquette où il avait aperçu une petite tache au moment de s’asseoir à son bureau, Kafka se plaignant de ne jamais avoir assez de temps pour lui et restant allongé toute la journée quand celle-ci était libre, sans rien écrire. Faulkner quittant sa machine à écrire, installée devant la fenêtre du jardin, dès qu’il repérait une branche morte ou un outil oublié sur la pelouse. C’est ainsi, dit Marcel Cohen, qu’il y a mille façons d’être misérable. La parole qui se cherche, comme dit Marcel Cohen, qui nous cherche ajouterais-je, en quelque sorte on veut d’abord la faire taire : elle vient de l’informe, elle récuse les usages repérables du langage et de la pensée, elle met à nu et confronte au plus misérable de soi-même. On veut autant la faire taire que l’entendre : on voudrait pouvoir l’entendre sans casse (j’ai écrit cette expression avant de comprendre qu’elle retourne à la glace et au béton). C’est pourquoi on se saisit d’une tache, d’une branche morte ou d’une fatigue pour détourner, différer le combat. »
Christiane Veschambre, La Ville d’après, Le Préau des collines 2012

choix d'Isabelle Baladine Howald


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