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Interview de Flore-Agnès Nda Zoa, présidente de la CENE littéraire

Par Gangoueus @lareus
Interview de Flore-Agnès Nda Zoa, présidente de l’Association la C.E.N.E (Cercle des Amis des Ecrivains Noirs Engagés) littéraire. Cette association basée à Genève propose un nouveau prix littéraire qui récompense des auteurs engagés. La CENE littéraire tiendra un stand au Salon du Livre Africain de Genève et elle proposera une table-ronde intitulée L'héritage de Mongo Beti au salon Africain - N1441 - le mercredi 27 avril 2016 de 18h15-19h.
Interview de Flore-Agnès Nda Zoa, présidente de la CENE littéraireEn gras, mes questions.Me NDaZoa, bonjour. Vous êtes avocate à Genève et présidente de la CENE littéraire, une association qui a pour objectif de promouvoir des auteurs Noirs engagés. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et nous expliquer votre intérêt pour la littérature en général et les plumes dites « engagées » en particulier ?Flore-Agnès Nda Zoa (CENE littéraire)  :
Bonjour Gangoueus, je suis camerounaise et suissesse. Comme vous l’avez déjà mentionné, je pratique le métier d’avocate au barreau de Genève. J’ai attrapé le virus de la lecture très jeune. Je me souviens qu’à 8 ans déjà, je passais mes après-midi du jeudi au centre culturel français de Yaoundé. Le bibliothécaire était mon oncle, et sous son regard protecteur, je me gavais des contes de fées d’Andersen et autre Belle-au-bois dormant. Il faut dire que j’étais une petite fille timide et un peu mal dans sa peau, comme savent souvent l’être les enfants uniques. La lecture était alors un moyen d’évasion dans un monde rempli de grands frères et de petites sœurs bienveillants. D’ailleurs, cela n’a pas beaucoup changé, aujourd’huiencore, je rencontre dans les livres, les gens et les idées que la vie ne me donne pas toujours l’opportunité de côtoyer en vrai
En embrassant des études et une carrière juridique, je me suis un peu éloignée des livres, enfin je veux dire que je me suis consacrée aux codes et autres recueils de lois, par nécessité professionnelle. Mais depuis quelques années, le virus dormant s’est réveillé, mais vu mon âge et la réalité de la vie, Cendrillon ne peut plus me soigner. L’antidote doit être aussi puissant que le mal. Les Mongo Beti, Ambroise Kom, Boris Diop, Théo Ananissoh et autre Eugène Ebodém’apportent donc un début de traitement.

Qu’entendez-vous par littérature engagée ?
Flore-Agnès Nda Zoa (CENE littéraire)  :
« On dit d’une œuvre qu’elle est engagée lorsqu’elle présente certaines opinions ou prises de position de son auteur sur un sujet donné. Par le biais de son texte, un écrivain peut critiquer certains aspects de la société, dénoncer une situation qui le dérange ou encore défendre une cause qui lui tient à cœur »Cette définition n’est pas de moi et j’ai malheureusement oublié le nom de son auteur. Mais elle exprime exactement l’idée que je me fais de la littérature engagée.
Derrière La CENE se cache un Cercle des Ecrivains Noirs Engagés. Votre démarche ne se réduit donc pas à l’Afrique mais également à sa diaspora de par le monde. Pourquoi ce choix ? Est-ce que les adversités et les thématiques abordées selon les aires géographiques sont les mêmes ?
Flore-Agnès Nda Zoa (CENE littéraire)  :Interview de Flore-Agnès Nda Zoa, présidente de la CENE littéraire
La CENE est l’abréviation de Cercle des amis des écrivains Noirs engagés. Par "écrivains Noirs ", il ne faut surtout pas entendre l’appartenance à une race commune (le mot race m’hérisse le poil), mais seulement et uniquement l’appartenance à une histoire commune, celle des africains et des afrodescendants. Pour nous, il est évident que de Port-au-Prince à Chicago, en passant par Yaoundé, Kinshasa, Prétoria, Paris et bien d’autres villes encore, les africains et les afrodescendants rencontrent les mêmes problèmes, en sus de leur histoire indéniablement commune. 
Vous proposez un prix du roman engagé dès votre première année d’existence. Quelle place possède l’attribution d’un prix littéraire à la fois dans la stratégie de votre association et dans le discours qui est le vôtre. 
Flore-Agnès Nda Zoa (CENE littéraire)  :
Notre Association a pour objectif principal de vulgariser (dans le sens noble de ce terme) l’écriture noire engagée. Nous pensons que l’attribution d’un prix peut contribuer à la médiatisation d’une œuvre. C’est un outil essentiel, alors nous l’utilisons. Je tiens à préciser que notre jury est composé de professionnels reconnus dans le domaine, alors les livres sélectionnés et primés le seront dans les règles de l’art. L’occasion m’est d’ailleurs donnée ici de remercier Madame Hortense SIME, Messieurs Ambroise KOM, Boris Boubacar DIOP, Théo ANANISSOH et Eugène EBODE qui ont aimablement accepté d’être les jurés du prix du livre engagé. 
Pouvez-vous revenir sur la sélection des ouvrages pour cette première édition ? Je rappelle la liste des auteurs en lice pour ce prix  : Hemley Boum, Max Lobe, LyonelTrouillot, Paul Beatty, Tania de Montaigne. Interview de Flore-Agnès Nda Zoa, présidente de la CENE littéraire
Flore-Agnès Nda Zoa (CENE littéraire)  :
Bien évidemment. A vrai dire, pour nous, ce sont les livres qui sont en lice et non leurs auteurs. Les contenus desdits nous ont parlé car ils mettent en exergue des causes chères à notre association. A savoir, celles humaine, historique, politique, économique, philosophique, sociétale ou sociologique du monde Noir. Les livres qui parlent d’empires et de civilisations africaines antiques, de razzias et de traite négrière, d’esclavage, de colonisation, de luttes pour l’indépendance, de néocolonialisme, d’impérialisme, de corruption, de pauvreté, de dictature, de prosélytisme et de fanatisme religieux, d’ethnocentrisme, de népotisme, d’immigration, de désertification etc, nous intéressent principalement.
Quelle place accordez-vous à l’esthétique des œuvres dans votre cercle de lecture ?Flore-Agnès Nda Zoa (CENE littéraire)  :
Toute la place qu’elle mérite. Nous sommes de ceux qui pensent avec Mohammed AIT AARAB qu’il est absolument possible de trouver une alchimie subtile entre l’engagement idéologique et l’esthétique romanesque lorsqu’on a du talent.
Sony LabouTansi disait : « Je sais quant à moi que l'on ne peut pas produire de l'art engagé, c'est l'art qui produit des engagements ». Qu’en pensez-vous ?Flore-Agnès Nda Zoa (CENE littéraire)  : 
La littérature appartient au domaine de l’intellect et donc par excellence celui de la liberté de penser et d’expression. Sony LabouTansi (dont j’affectionne beaucoup l’œuvre) et bien d’autres encore ont cette perception de l’art. Nous avons la nôtre au sein de notre association et il y a assez de place sur cette terre pour toutes sortes d’idées tant que le but commun est d’évoluer vers un monde meilleur pour tous. 
Que vaut l’engagement s’il n’invite pas une remise en cause individuelle et collective face aux erreurs du passé ?Flore-Agnès Nda Zoa (CENE littéraire)  :
L’engagement invite forcément à une telle remise en cause. C’est une évidence !
Pour votre première année, vous avez choisi de mettre un accent particulier sur Mongo Beti. Que représente-t-il pour vous au sein de la production littéraire africaine ? Pouvez-vous nous parler de votre rapport à l’œuvre de Mongo BetiFlore-Agnès Nda Zoa (CENE littéraire)  :
Mongo Beti est l’un des pionniers de la littérature africaine engagée. Il a notamment dénoncé l’imposture de la colonisation, mais aussi les tares de la société africaine occupée. Son approche de l’engagement littéraire correspond parfaitement à celle de notre Association. Dire les problèmes, tous les problèmes, sans œillères. Alors comment aurions-nous pu commencer par quelqu’un d’autre que lui ? Pour nous, son œuvre fait partie des racines de la littérature noire engagée.
Pouvez-vous nous parler de votre présence au Salon du livre de Genève et des activités que vous y tiendrez ?
Flore-Agnès Nda Zoa (CENE littéraire)  :
Avec plaisir. Nous serons au salon du livre et de la presse de Genève du 27 avril au 1er mai 2016. Nous y tiendrons un stand (1470) où nous exposerons  et vendrons des livres, notamment ceux de Mongo BETI. Nous y remettrons également nos deux prix littéraires (prix de l’engagement littéraire et prix du livre engagé) le jeudi  28 avril 2016 à 17 heures. En outre, nous organiserons, en partenariat avec le salon du livre, une table ronde sur Mongo BETI dont le thème sera : « l’œuvre de Mongo Beti, un héritage assumé ? ». Cette conférence aura lieu le mercredi 27 avril à 18h15.

Au-delà du salon du livre, quelles seront les autres activités de votre association genevoise cette année ?Flore-Agnès Nda Zoa (CENE littéraire)  :
La CENE organise, une fois tous les deux mois, en Suisse ou ailleurs, des “Cafés littéraires” qui sont des lieux de rencontre autour d’une œuvre ou d’échanges entre auteurs et lecteurs. 

Les “Cafés littéraires” de l’année littéraire 2016 porteront sur Mongo BETIet sur l’auteur qui aura remporté les “Prix La CENE  du livre engagé” 2016.La CENE littéraire étant une association de lecteurs, ses membres s’efforceront tout au long de l’année littéraire en cours de vous faire partager leurs émotions autour un ouvrage qu’ils ont lu. Vous êtes  invités à en faire de même en envoyant vos chroniques et notes de lecture par mail à l’association, nous les publierons. Notre page internet : www.lacenelitteraire.com. Notre page Facebook  : La CENE littéraire.


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