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Voyage au coeur d'une mémoire humaniste: le goût du large de Nicolas Delasalle

Par Eirenamg

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Le goût du large est un très beau roman, si j’étais un peu restée sur ma faim, pour un parfum d’herbe coupée, l’année dernière là pas de restriction pour celui-ci.

Un voyage littéraire, à travers la folie des hommes, mais aussi leur humanité, à travers le monde, Europe de l’Est,  l’Asie, le Proche et Moyen Orient. Des hommes qui comme l'auteur vont vivre des situations exceptionnelles, comme lors des guerres en Lybie, Afghanistan avec les fixeurs guides qui sauvent la vie. Les combattants comme à Kobané, la détresse de la population en Afrique et ces 2 enfants jumeaux si fragiles (Asma et Asmara) que l'on croise au détour des pages. On côtoie aussi  la misère et l'exploitation humaine  comme  dans un hall d’hôtel avec les prostituées russes.  La vie dans un pays en crise comme en Grèce, le déclassement des pygmées et leur exploitation, l’absurdité des conflits sont aussi évoqués. Le choix du migrant qui préfère mourir en mer que de rester réfugié et ne plus être considéré comme un être humain.

On comprend mieux aussi le dur métier de reporter, l’inconscience, parfois, les reportages avortés comme en Lybie, les choix de s’impliquer ou non. Les coups de chance, la mort qui frôle comme lors d’une course en taxi à Kaboul. Les amitiés et la sincérité qui ont une force plus importante dans un pays en guerre. Ces instants volés loin d’être glamour mais profondément humain où l’auteur se questionne sur la vie, sa fragilité.

En parallèle, à  cette évocation, on a le récit sur une dizaine de jours d’un voyage de l’auteur sur un Cargo ( MSC Cordoba) qui va l’amener d'Anvers jusqu’à Istanbul.  L’auteur se replonge dans ses souvenirs, ses moments de vie,  de reportage heureux ou triste, étrange parfois comme sa plongée dans une grotte. La réflexion sur le temps, les liens sociaux, la mémoire est à nouveau au cœur du récit. La nécessité de témoigner aussi comme pour Sari par exemple, les peuples ou les endroits dont personne ne parle car ils ne sont pas vendeurs comme les Hazaras dans la région de Bamiyan en Afghanistan . La vie sur le bateau fait aussi réfléchir au kairos, à l’instant présent dans notre monde ultra connecté.

Il pousse à réfléchir à la mondialisation avec ces marins philippins qui vivent les ¾ du temps en mer loin de leurs familles. La mer est aussi une compagne de voyage importante pour l’auteur, les images sur celle-ci, la recherche du rayon vert,  sa confrontation aux éléments, au roulis du bateau donne une touche poétique à son récit. Comme une sorte de respiration entre les conteneurs où symboliquement dorment les souvenirs de l’auteur.

La persistance de la vie, la nécessité de l’instant sont omniprésents. Finalement, ce voyage clair obscur fait avant tout ressortir notre humanité, les rencontres aux 4 coins du globe. Avec un style efficace, riche, plein d’autodérision mais aussi précis, l’auteur nous accompagne dans son cheminement personnel, cette introspection qui devient peu à peu universelle.

Certains passages m’ont vraiment fait monter les larmes aux yeux et fait relativiser sur ce que l’on trouve dramatique aujourd’hui tranquille en France. Cette ballade fait réfléchir à ses rêves, nos actions sur le monde. Elle questionne aussi sur le métier de journaliste souvent dénigré qui là revient à l’essentiel.

Donc plongez dans ce voyage au cœur de la planète, de ses douleurs,  ses richesses et faites ce voyage qui paradoxalement vous donnera encore plus envie de vivre intensément.  Humer le goût du large et découvrez les conteneurs de souvenirs de l’auteur, vous ne le regretterez pas.


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