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Que puis-je pour vous ?

Publié le 19 avril 2016 par Le Journal De Personne

Question de l'impatient :
Sur quoi va déboucher cette séance ?
Vous allez avoir plus de pouvoir sur moi ?
Ou est-ce que je vais
vous reprendre le pouvoir ?
Excusez mon arrogance !

Ma réponse :
On ne peut pas entreprendre
une philoanalyse
sans se rendre à l'évidence
que nous avons
un problème avec le pouvoir.

Il faut se le représenter ce pouvoir,
celui qui circule par exemple
entre Socrate et ses interlocuteurs,
entre le maître et ses disciples,
le discoureur et ses contradicteurs...
Il faut bien ouvrir l'œil
sur ce genre de représentation
pour ne pas perdre de vue
le rapport de force,
le jeu des forces en présence,
le sens de la volonté de puissance.

Quand on ne tue pas le maître,
on finit toujours par s'y soumettre.
Et même ceux qui s'empressent
de se démettre,
ne tarderont pas à s'y remettre,
parce qu'on ne peut pas s'empêcher
de désirer la force,
même si on ne partage pas l'avis,
ni l'envie de celui qui la désire.

Force, puissance, pouvoir
sont nos plus obscurs objets de désir.
Aucune philoanalyse
ne peut faire l'économie
de ces deux entités :
force et désir...
Du désir de la force et la force du désir.
La politique et le poétique
comme les deux faces
de la même médaille.

Mais si nous avons tous de la force,
nous n'avons pas tous le pouvoir.
Qu'on le veuille ou non,
cette force n'est jamais aussi forte
que lorsqu'elle s'exerce sur l'autre
et c'est ce qu'on appelle le pouvoir.
Non le pouvoir de faire quelque chose,
mais le pouvoir qui s'exerce sur quelqu'un,
le pouvoir de faire faire quelque chose
à quelqu'un:
est-ce un bien ? Est-ce un mal ?
Ou peut-être par delà le bien et le mal ;
c'est plutôt vital que moral.

Pour ne pas vous décevoir,
on va distinguer deux types de pouvoir.
Le pouvoir qui enseigne quelque chose,
celui de l'instituteur,
et le pouvoir qui enchaîne à quelqu'un,
au détenteur du pouvoir : le dominateur.
C'est facile à retenir comme distinguo :
l'instituteur ou le dominateur,
l'enseigneur ou Monseigneur.
En latin on dit : Magister ou Dominus.
Jésus ou Jules César,
le philosophe ou le prince,
le savant ou le politique
selon le mot de Max Weber.

Une philoanalyse ne peut pas
ne pas se poser cette question,
ni mettre de côté ce genre de soupçon :
=> suis-je ici ou là
pour avoir un ascendant sur vous ?
Êtes-vous ici ou là
pour prendre le pouvoir sur moi...
en sachant que
même le pouvoir de séduction
cherche davantage à se servir qu'à servir.
Tout comme le pouvoir de persuasion
cherche davantage à asservir qu'à servir.
Et il faut se l'avouer
cette dialectique est incontournable,
cette impasse est inévitable.

On a peur de se découvrir,
de se retrouver à découvert,
donc on tire et on tire
la couverture vers soi...
pour se prémunir
contre les aléas de la vie
mais aussi pour affaiblir son vis à vis,
en prenant sur lui le dessus.

Socrate qui m'a inspiré la philoanalyse
prétend que cette volonté de puissance
n'a aucune prise
sur celui qui tend vers la vérité
et dont la volonté
est une volonté de sens.
Il n'a rien à prendre,
il cherche à comprendre.
Autrement dit, il s'adresse à vous
en tant que Magister
et non en tant que Dominus.
C'est votre savoir qu'il interpelle
et non votre pouvoir.
Votre connaissance
et non votre puissance.
Le premier donne accès à un sens,
le second subordonne votre conscience.

Quitte à vous surprendre,
je vous dirais que cette distinction
est artificielle. Elle n'a rien d'essentiel.
Car objectera Nietzsche à Socrate,
chez les deux
il y a la même volonté de puissance,
les deux cherchent à vous dominer.

Et ce n'est pas le premier (Socrate)
mais le second (Nietzsche)
qui me semble le plus franc des deux.
Il présume que même le soleil
ne cherche rien d'autre
qu'à soumettre ceux qu'il éclaire.
Et maintenant, dites-moi
quel est le plus dangereux des deux ?
mon pouvoir de persuasion
ou mon pouvoir de séduction ?
Mon Socrate ou mon Nietzsche ?

Une seule réponse :
il faut se méfier des deux !


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