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Anthologie permanente : Seamus Heaney

Par Florence Trocmé

Menthe
Bouquet de petites orties poussiéreuses,
Herbes folles au flanc de la maison,
Elle poussait derrière les déchets et les bouteilles vides,
Jamais verdoyante, presque invisible.
Disons-le : elle était aussi une promesse,
Une fraîcheur dans l’arrière-cour de notre vie,
Quelque chose d’inachevé mais de tenace
Qui flânait parmi les allées vertes.
Petits coups de ciseaux, lumière du dimanche
Matin où l’on coupait la menthe avec amour :
Restera cela même qui m’échappe aujourd’hui.
Donnez leur liberté aux choses qui survivent.
Que les odeurs de menthe se fassent capiteuses, démunies,
Prisonnières qu’on libère en cette cour,
Victimes de notre indifférence que nous condamnons
Pour les avoir trahies par notre indifférence.
Mint
It look like a clump of small dusty nettles
Growing wild at the gable of the house
Beyond where we dumped our refuse and old bottles :
Unverdant ever, almost beneath notice.
But, to be fair, it also spell promise
And newness in the back yard of our life
As if something callow yet tenacious
Sauntered in green alleys and grew rife.
The snip of scissors blades, the light of Sunday
Mornings when the mint was cut and loved :
My last things will be first things slipping from me.
Yet let all things go free that have survived.
Let the smells of mint go heady and defenceless
Like inmates liberated in that yard.
Like the disregarded ones we turned against
Because we’d failed them by our disregard.

 

Seamus Heaney, L’étrange et le connu, traduit de l’anglais (Irlande) par Patrick Hersant, Gallimard, 2005, p. 25 et 24
contribution de Tristan Hordé
Seamus Heaney dans Poezibao :

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