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Invocation of my demon brother

Par Suzybishop @DLACDI

La peur du noir. La peur du monstre caché sous son lit, de l'ogre qui attend de nous dévorer dans nos rêves. De la sorcière qui rôde dans la forêt dans le noir. C'est cette peur là que ramène le cinéma d'horreur. Cette peur enfantine que rien ne peut calmer. Le cinéma, c'est cette cabane isolée au fond des bois, dans laquelle on vient se raconter des histoires qui font peur. Cette salle plongée dans la nuit, où vascille une faible lueur. C'est cet état terrifiant qui précède le sommeil où l'on est confronté à nos propres peurs. On ne peut leur échapper, car elles viennent de l'intérieur. Puis soudain un crépitement. On attend. Le pire est à venir. 

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1630, en Nouvelle-Angleterre. William et Katherine, un couple dévot, s’établit à la limite de la civilisation,
menant une vie pieuse avec leurs cinq enfants et cultivant leur lopin de terre au milieu d’une étendue encore sauvage. La mystérieuse disparition de leur nouveau-né et la perte soudaine de leurs récoltes vont rapidement les amener à se dresser les uns contre les autres…

The Witch de Robert Eggers nous plonge dans cette expérience. C'est l'angoisse qui s'enfort au creux de notre ventre dès l'ouverture et qui nous ronge de l'intérieur. Quelque chose d'incontrôlable qui dévore lentement nos entrailles. C'est cette peur qui fait crépiter notre chair. La musique rythme l'horreur  et nous laisse croire au diable dans les actes les plus innocents. L'image est d'une exquise lenteur, elle prend le temps de suggérer et d'inquiéter. L'imagination est nécessaire, car toute l'expérience de la peur vient du non-dit. Elle se nourrit de nous-même. Ses plans larges nous perdent dans des paysages ternes et sans vie, sans espoir.

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L'ambiance est anxiogène. On devient les voyeurs d'une cérémonie sinistre à laquelle on ne devrait pas prendre part. Le film dérange. Il nous met face à l'occulte, à la perte de la foi. Dieu nous abandonne et nous laisse entre les griffes du Diable. La prière résonne comme un hurlement venu des enfers, elle prend les accents d'une incantation démoniaque. Le language est archaïque, ponctué par des " thee " and " thou ", transforme les mots en une messe noire. Le film nous plonge avec lui dans son pessimisme monstrueux. Rien ne peut nous sauver de la cruauté, puisque nous sommes nos propres monstres. La religion n'est plus un refuge, c'est à l'intérieure d'elle que naît la terreur. Elle est malsaine. La prière invoque la mort.  Le Diable habite les hommes, ils les corrompts et les rends bien plus cruels.

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Ce film, c'est l'histoire effrayante que l'on raconte aux enfants le soir.  Mais les enfants ont grandits. L'innocence est morte. L'enfance devient maléfique, elle inspire la crainte. C'est un conte. Là où la forêt devient un lieu sinistre  La sorcière est une créature monstrueuse, mystérieuse, cruelle. C'est une figure féminine diabolique. Son effrayante nudité dérange. Elle hypnotise par ses atouts séduisants avant de céder à une barbarie sans nom. Elle incarne le péché. Car le corps d'une femme est mauvais. L'Amérique puritaine, obsédée par le sacré, réduit la féminité à de la sorcellerie. La femme qui se libère de la loi et de son corps devient une putain, une sorcière. 

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The Witch est un film d'horreur comme on en voit trop peu. A l'instar des jumpscares ridicules qu'on oublie immédiatemment, le film parvient à nous hanter par ses images cauchemardesques. Il remet en cause ce qui semble inébranlable, le sacré. Ce sont des images monstrueuses qui s'immiscent dans nos rêves pour les transformer en cauchemars. La terreur s'installe, se terre au fond de nous et ressurgit tard dans la nuit. Elle nous met face à nous même, et nous fait douter, nous fait peur. C'est l'angoisse terrible d'avoir laissé entrer le Mal dans notre crâne, d'avoir vu et entendu le péché, l'interdit et d'y avoir succombé. C'est la peur de s'être soumis aux ténèbres pour l'éternité. 


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