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[Critique] L’ÂME DES GUERRIERS

Par Onrembobine @OnRembobinefr

[Critique] L’ÂME DES GUERRIERS

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Titre Original : Once Were Warriors

Note:

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Origine : Nouvelle-Zélande
Réalisateur : Lee Tamahori
Distribution : Rena Owen, Temuera Morrison, Mamaengaroa Kerr-Bell, Julian Arahanga, Taungaroa Emile, Rachael Morris Jr, Joseph Kairau, Cliff Curtis, Pete Smith, George Henare, Mere Boyton, Shannon Williams…
Genre : Drame/Adaptation
Date de sortie : 5 juillet 1995

Le Pitch :
Jake et Beth Heke vivent dans une banlieue pauvre d’Auckland, Nouvelle-Zélande. Beth est folle amoureuse de Jake, mais il est loin de lui rendre la pareille. Fraîchement licencié, Jake impose à son épouse des fêtes à la maison avec ses amis, il est alcoolique et extrêmement violent. Un soir, ivre, il passe à tabac Beth encore plus violemment. Le visage tuméfié, Beth ne peut se rendre le lendemain au tribunal où son fils Boogie est jugé pour délinquance et c’est la sœur de ce dernier, Grace, qui l’accompagne. Devant une telle situation, le juge place Boogie dans un foyer. La famille éclate…

La Critique :
En 2015 sortait The Dead Lands de Toa Fraser, un film retraçant une époque où la Nouvelle-Zélande se nommait Aotearoa (le Pays du Long Nuage Blanc) et où les légendes Maoris se forgeaient, souvent dans des guerres tribales. Une époque dont on retrouve les traces dans divers sanctuaires du pays, comme la colline One Tree Hill, dans le sud d’Auckland. Particulièrement violent, ce film montrait également les traditions de transmission orale, les valeurs Maoris que l’on retrouve également dans les hakas et les tatouages, et les séquences mystiques du film étaient semblables aux peintures que l’on peut retrouver à l’occasion du Matariki, le nouvel an Maori. Vingt ans auparavant, un film montre une certaine déliquescence de cette communauté qui a perdu de sa mana (sa fierté). Premier film de Lee Tamahori, L’Âme des Guerriers est l’une des premières œuvres cinématographiques néo-zélandaises à connaître un retentissement international (après La Leçon de Piano de Jane Campion, et la comédie d’horreur gore Braindead de Peter Jackson). Un film qui a même gagné le prix du meilleur premier film à la Mostra de Venise. Montrant une famille pauvre explosant à la suite d’un drame familial, le film est un véritable réquisitoire sur le contexte contemporain de la communauté en Nouvelle-Zélande. Malgré une vitrine certaine avec le haka des All-Blacks qui a fait connaître la communauté dans le monde, force est de constater qu’elle vit une situation peu enviable, alors que les Maoris sont les premiers habitants humains du pays. Souvent regroupée dans les banlieues défavorisées, c’est une communauté précarisée, souvent pauvre. L’alcool a fait des ravages, tout comme une certaine acculturation qui a rendu les communautés polynésiennes (Maoris, Tongiens, Samoans,…) perméables à l’américanisation du pays. Un cocktail explosif qui a fait se développer la violence conjugale, une des causes nationales. Les phénomènes de gangs (certes sans violence armée comparable aux autres pays) se sont aussi développés (ce que le film montre très bien quand le fils aîné fait le choix d’intégrer un gang qui promeut le retour aux valeurs de combat des Maoris). Ces violences physiques, sexuelles, verbales et sociales sont montrées dans L’Âme des Guerriers, de manière explicite et certaines scènes du film sont dures à soutenir.

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Des violences rendues particulièrement glaçantes par l’interprétation des acteurs. Temuera Morrison (Blueberry) est flippant en pater familias psychopathe (un rôle qu’il reprendra, de manière parodique dans la comédie d’horreur Fresh Meat). Face à lui, le mélange douceur et force d’une femme courage incarnée par Rena Owen (The Dead Lands), un tandem qui retravaillera ensemble sur Star Wars II et III. Les autres acteurs ne sont pas en reste, notamment la jeune et bluffante Mamaengaroa Kerr-Bell qui joue Grace, une ado de 13 ans, véritable pilier de la famille. Les autres ados, joués par Julian Arahanga et Taugaroa Emile sont également très bons, à l’instar de Cliff Curtis qu’on a aperçu récemment dans la série Fear the Walking Dead.
En 2014, selon un sondage, L’Âme des Guerriers a été élu meilleur film néo-zélandais de tous les temps. Ce plébiscite, le film ne le doit pas tant pour ses qualités esthétiques (il n’a pas très bien vieilli et souffre de la comparaison sur le plan technique avec d’autres films locaux de premier plan) que pour son importance. Son réalisateur n’a pas connu une suite de carrière reluisante, appelé par Hollywood suite à sa première œuvre et au final n’a pas transformé l’essai. Néanmoins, en plus des excellentes critiques qu’il a reçu, le film a été un électrochoc dans le pays. La violence conjugale n’a pas été éradiquée, loin de là, mais les gouvernements se sont préoccupés de la question, et notamment de certaines causes. Dix ans après le film, les Maoris ont connu des symboles importants en matière de représentation politique et culturelle avec la création du Maori Party, et d’une chaîne de télévision en langue Maori. Afin de lutter contre l’acculturation, des écoles spéciales avec un enseignement unilingue de culture maori (ainsi que les autres matières). En 2010, Taika Waititi (à qui on doit Vampires en Toute Intimité) a abordé récemment la question de la précarité des Maori avec son film Boy, mais avec un angle plus poétique et doux-amer.
Radical, violent, quasi-documentaire par moments, L’Âme des Guerriers secoue, remue les tripes, et ne laisse pas indemne, à l’instar de Midnight Express et Vol Au-Dessus d’un Nid de Coucou, des films qui, en apparence, semblent n’avoir rien à voir car ils parlent d’autres sujets mais qui procurent les mêmes émotions, contiennent des scènes très dures et surtout posent des questions essentielles sur le fonctionnement de notre monde. Kia Ora Lee Tamahori !

@ Nicolas Cambon

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