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Shunga, pornographie et censure de l’art japonais

Par Marine @Rmlhistoire

Aujourd’hui je vous parle d’un art lointain, dans le temps et l’espace : le Shunga. Il s’agit de gravures japonaises particulièrement populaires entre le XVIIe et le XIXe siècle. Ces gravures sont pour le moins explicites et représentent différentes façons de s’aimer. Elles immortalisent des scènes de cul quoi. C’est assez fascinant. Découvrez l’histoire du Shunga (tous les liens sont érotico-pornographiques, si tu as moins de 18 ans, va plutôt lire l’article sur les chats).

erotisme shunga

Shunga, ça veut dire quoi ?

Dans un premier temps, il est important de savoir que le Shunga est chinois mais va se développer au Japon pour devenir un art national. Comme le karaoké. Ou le hentai. En Chine, les dessins érotiques connaissent une cote de popularité dès le XIVe siècle et un point culminant au XVe. Si en Europe, à cette époque là, l’idée est de faire des sous-entendus, de ne rien dévoiler d’explicite (sauf peut-être Pierre l’Aretin), en Chine, à l’époque de Muromachi, on représente des scènes de sexe diverses et variées avec une caractéristique bien précise : la taille des organes génitaux. Ils sont juste : GÉANTS.

bite bleue shunga

Le terme japonais Shunga du chinois chungonghua, signifie : « images de printemps » et non « carte postale du cul » comme on pourrait l’imaginer. Mais le printemps est aussi la période la plus propice aux rapprochements et aux coïts, alors finalement, ça a du sens. L’autre nom donné au Shunga est makura-e soit « images sous l’oreiller » et là, tout de suite, on voit où on veut en venir.

Shunga, l’art du XVIIe siècle

Au Japon, il faut attendre 1600 et l’époque d’Edo pour que le Shunga connaisse un succès fracassant. Avant cela, les gravures érotiques restent l’objet de curiosité de la classe courtisane alors qu’après 1600, toute la population va s’émoustiller pour différentes raisons : les méthodes d’impression s’améliorent, la production d’estampes est plus rapide et de meilleure qualité. De fait, les estampes sont moins chères et plus accessibles. Le Shunga est à son âge d’or. Tout le monde en veut, tout le monde s’en procure. En gros, si à 50 ans t’as pas une gravure érotique dans ta maison t’as raté ta vie. Mais attention, différents gouvernements vont quand même tenter d’endiguer le truc. C’est vrai, c’est pas sérieux d’afficher des pénis aussi gros dans toutes les maisons, sans parler de ces vulves béantes et ces poils !

Shunga, bientôt en ligne

Alors en 1661, le shogunat de Tokugawa relègue l’art du Shunga a un art clandestin : toute production et publication de livres érotiques mettant en scène un daimyo (personne de la haute société, de la noblesse japonaise) et les samouraïs sont interdites. En 1722, ça change, mais pas en bien. L’idée est d’interdire tout ce qui est un peu porno. Le Shunga est interdit, officiellement. Mais le marché noir se porte bien. Et vu que tout ce qui est rare attise la curiosité, les prix flambent et tout le monde veut encore et encore acheter des gravures porno. L’art du Shunga va se développer sous le manteau jusqu’au début de l’ère Meiji, au XIXe siècle. Et puis, ça va être dépassé. C’est l’heure de la photographie.Tout comme en France, dès le début de la photo, l’érotisme y trouve sa place.

La popularité du Shunga au Japon

C’est du cul, ok, le cul ça marche toujours. Mais qu’est-ce qui explique une telle popularité des Shunga, ces estampes japonaises ?

Shunga, bientôt en ligne

Déjà,on les trouve sous différentes formes. De simples feuillets, des livres mais aussi des rouleaux. Les rouleaux sont la forme la plus chère, tout est fait individuellement et à la main. Le Shunga peut rapporter gros aux artistes, pour la vente d’une seule œuvre à un mec de haut rang, un artiste peut vivre environ une demi-année. C’est propre. Le Shunga devient un signe de richesse : en faire rend riche, en posséder montre que t’as beaucoup de pognon. Bon, pas tout le monde, il y a aussi les petits artistes qui produisent en masse pour pas grand chose (une image = un bol de nouilles). Mais ça fait vivre des familles les nouilles ! Le prix rend aussi le Shunga accessible à tous, selon les finances, la qualité change mais tout le monde peut y avoir accès. Parmi les peintres célèbres, on peut en évoquer certains qui se sont essayés au Shunga : Hokusai, Hiroshige, Utamaro, ou encore Harunobu.

shunga bain

Autre point qui a permis à l’art érotique de se développer : sa variété. On trouve des couples hétéro, homo, des personnes seules et même avec des animaux. Gluants les animaux. Les femmes sont généralement des courtisanes, elles font bander les hommes et font rêver les femmes. Les hommes sont souvent des acteurs de kabuki, le théâtre traditionnel japonais. Les mecs sont représentés avec un maquillage facial fort important. Outre la diversité de protagonistes, on trouve aussi une grande variétés de postures et actes sexuels : pénétration vaginale ou anale (avec un pénis, des doigts ou tout ce qu’on peut faire rentrer, genre des sextoys, ou des pieds), mais aussi des fellations, des cunnilingus. Il y en a pour tout le monde. D’ailleurs, au XVIIIe siècle, un Shunga, bien que clandestin, est offert à tous les jeunes mariés (pour les stimuler un peu) mais aussi à de nombreux enfants, pour leur apprendre les codes de l’amour !

Mise en scène et érotisme au Japon

L’art japonais met le plus souvent en scène la vie quotidienne, aussi, les protagonistes des actes sexuels sont le plus souvent un mari et sa femme dans la vie de tous les jours. Genre, la femme qui passe le balai… Les vêtements sont débraillés, mais rares sont les Shunga qui mettent en scène la nudité. Non par censure ou pudeur, au contraire, les japonais se voient nus lors des bains publics qui sont mixtes, alors voir une paire de nichons ou un pénis, ça n’a pas d’intérêt, sauf s’ils sont GEANTS. Dans certains Shunga, on ne prend pas la peine de montrer des personnages, non, on fait juste un gros plan sur la bite, le vagin, ou les deux. Ainsi tous les organes sont génitaux sont agrandis et les pénétrations sont mises en avant. Tout y est exagéré : la taille, les poils…

anal shunga

La masturbation féminine et masculine sont également représentées. Les sextoys aussi et tout particulièrement le harikata, un gode à deux têtes pour deux personnes, un double dildo quoi. Mais aussi, le gode ceinture ! Les relations interraciales ou old and young (c’est un vrai LeTagParfait quoi). Autre chose, les Shunga fantastiques ont su trouver leur place. C’est particulièrement le cas des estampes où l’on trouve un homme et un animal (ex : rêve de la femme du pêcheur). Ce Shunga est devenu particulièrement célèbre et a créé un genre de hentai : le shokushu. C’est le délire (majoritairement masculin…) d’une femme qui se fait violer ou menacer par un monstre à tentacules. Forme de porno qu’on retrouve encore régulièrement au Japon.

Le Shunga, aujourd’hui

Avec l’arrivée de la photographie, le Shunga devient has been. En plus, c’est interdit, alors on ne s’emmerde plus pour en trouver. Et hop, ça tombe en désuétude. Il faut attendre les années 2000 pour qu’on s’intéresse à nouveau à cet art. C’est seulement en 2013 en Angleterre que la première exposition a lieu. Et ça n’a pas été de tout repos au British Museum. Exposition contestée mais qui a attiré plus de 90 000 visiteurs en un an. En 2014, c’est la Pinacothèque de Paris qui accueille une telle exposition. Et deux ans après Londres, le Japon se décide à mettre en avant ce patrimoine mais aucun établissement ne veut accueillir l’exposition. Ce sera finalement au musée Eisei Bunko.

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