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(anthologie permanente) Wolfgang Borchert (par Lionel Richard)

Par Florence Trocmé

Wolfgang Borchert est né à Hambourg le 20 mai 1921, d’un père instituteur et d’une mère écrivant des romans de terroir. Avec Hölderlin et Rilke pour modèles, il publie ses premiers poèmes à 17 ans. En 1939, il abandonne le lycée, renonçant à passer le baccalauréat, et suit un apprentissage de libraire tout en prenant des cours de théâtre. Il envisage une carrière d’acteur. Début 1941, il est engagé au théâtre de Lunebourg, mais il est incorporé dans l’armée en juin et envoyé sur le Front de l’Est en septembre. Blessé, atteint de diphtérie, il est évacué en Allemagne, à l’hôpital de Schwabach, le 3 mars 1942. À peine guéri, il est accusé d’atteinte à la sûreté de l’État. Le 31 juillet 1942, à Nuremberg, un tribunal militaire demande sa condamnation à mort. Cependant, la grâce lui est accordée par les juges. Il est emprisonné jusqu’en octobre 1942. Ensuite, réincorporation dans une caserne allemande, et nouvelles poursuites contre lui en janvier 1944. Plusieurs mois de détention à la prison de Moabit, à Berlin. En septembre 1944, jugé dangereux en raison de son esprit défaitiste, il n’est pas renvoyé sur le front, mais à Iéna, en garnison. Le 29 mars 1945, son unité se rend aux troupes américaines, et lors de son transfert dans un camp de prisonniers en France, il parvient à s’enfuir. Miné par la maladie, il se lance dans une marche à pied de 600 kilomètres pour rejoindre Hambourg, où il arrive le 10 mai 1945. Il se met alors, bien qu’épuisé, de plus en plus malade, à écrire abondamment poèmes, nouvelles et pièces de théâtre. Il meurt dans une clinique de Bâle le 20 novembre 1947. Entre-temps il est devenu, notamment avec son drame Dehors devant la porte diffusé à la radio en février 1947, l’un des plus éminents représentants de ce qui a été appelé en Allemagne, dans l’immédiate après-guerre, la “littérature des ruines”.
Adieux

Donne-moi tes lèvres de rose
Pour encore un baiser.
Un chien dehors en sait la cause :
Il me faut te laisser.
Donne-moi tes genoux si clairs
Pour une prière encore.
Fasse que sous le vent de la mer
Tout me soit indolore.
Donne encore tes cheveux légers
Pour qu’en moi vive le rêve
Que d’amour vrai tu m’as aimé,
Et ce rêve soit sans trêve.
Abschied

Lass mir deinen Rosenmund
noch für einen Kuss.
Draussen weiss ein ferner Hund,
dass ich weiter muss.
Lass mir deinen hellen Schoss
noch für ein Gebet.
Mach mich aller Schmerzen los !
-horch, der Seewind weht.
Lass mir noch dein weicher Haar
schnell für diesen Traum :
Dass dein Lieben Liebe war –
lass mir diesen Traum.
Chanson d’amour

Comme voici que la nuit tombe,
À ton côté je veux rester.
Tout ce que je peux pour toi,
Je tiens fort à te le donner !
Jamais te prenne me demander
D’où je viens et où je m’en vais,
Engouffre-toi dans mon amour 
Et pars avec moi tout au loin !
Assure-moi de ta tendresse
Toute la durée de la nuit.
Car le temps de cette nuit seule
Et pas plus ne resterai.
Liebeslied

Weil nun die Nacht kommt,
Bleib ich bei dir.
Was ich dir sein kann,
Gebe ich dir !
Frage mich niemals :
Woher und wohin –
Nimm meine Liebe,
Nimm mich ganz hin !
Sei eine Nacht lang
Zärtlich zu mir.
Denn eine Nacht nur
Bleib ich bei dir.
Adaptations [1958] et présentation de Lionel Richard.
Les poèmes originaux se trouvent in : Borchert, Wolfgang, Das Gesamtwerk, Hamburg, Rowohlt, 1958.


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