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Barnabé Laye : Fragments d'errances

Par Gangoueus @lareus

Le hasard fait bien les choses, diraient certains. Le hic est que je ne crois pas au hasard. Mais entre nous, ce n’est pas le sujet. Pourquoi certaines connexions se réalisent, ce n’est pas la question. Disons que par un concours de circonstances heureuses, j’ai été conduit dans un laps de temps assez court à lire le recueil de poésie de Barnabé Laye intitulé Fragments d’errance (Editions Acoria) et le premier roman du jeune auteur congolais Jussy Kiyindou (Quand les lumières tombent du crépuscule, Editions Présence Africaine). J’aimerais m’essayer à un exercice de littérature comparée. Mais je me dois de chroniquer en première approche Barnabé Laye.
Barnabé Laye : Fragments d'errances
Tout d’abord, j’aimerais parler de ce monsieur fort sympathique rencontré au café des éditeurs du côté de Saint-Germain-des-Prés. Tiens donc. Les organisateurs du Salon du livre de Genève y organisaient une sorte de pot coquet pour présenter les spécificités de l’édition 2016. Je vous passerai le moment littéraire qui valait le déplacement où Eugène, romancier suisse pour le moins original, illustra une des nouvelles "in-abouties" de son recueil par une danse full métal sans jacket digne d'un concert de l’Hellfest de Clisson. Pendant qu’Eugène se déhanchait terriblement bien avec sa guitare virtuelle, j’entrepris d’échanger avec Barnabé Laye. On ne s’est pas quitté avec ce monsieur d’une classe certaine et avec lequel nous parlâmes poésie et blog littéraire. Promesse fut faite de nous revoir dans un cadre plus neutre.
Chez ce médecin à la retraite, quelque part dans Paris, quelques semaines plus tard, nous reparlâmes blog, émission littéraire et de son travail littéraire. Fragments d’errance a obtenu le Prix Aimé Césaire de la Société Française des Poètes pour l'année 2016.
Il n’est pas possible de trouver plus juste titre pour ce recueil de poésie. Quand on commence à lire Barnabé Laye, tout est à sa place. Correctement positionné. On se demanderait même si le scientifique ne détint pas un peu sur la structure de ce recueil. L'homme est donc très précis dans l'agencement de ces séquences. Tout st à sa place et les sujets sont pourtant si divers... En effet qu'en est-il de ses fameuses séquences?
Les trois premiers poèmes nous plongent sur la question de l’identité. Miroirs. Oeillades. Narcissisme. Zébrures. Complexe. Je ne savais pas le zèbre complexé, mais en réfléchissant... Les choses sont à la fois simple et elles cachent un profond questionnement. La métaphore animalière est exquise, remarquable subterfuge pour ne pas perdre le lecteur trop tôt. Mais l’identité va être un des sujets de ce recueil de poésie. La complexe question de l’identité ne participe-t-elle pas à la construction d’une errance? On erre parce qu'on se cherche. Investigation de l’histoire, du passé douloureux, qui pèsent comme d’une camisole de force dont on ne serait  se défaire. Et pourtant. Je vous l’ai dit l’homme est subtil. Sa poésie est nourrie par l’expérience. Car, il y a chez Barnabé Laye un désir profond de savourer la vie à pleines dents et de marquer une forme d’ancrage dans le territoire. Français en l’occurrence. On l’imagine fin connaisseur de vins quand il nous embarque dans ses analyses oenologiques, le temps d'un poème. Ou désireux de poursuivre sa découverte de la France profonde, quelque part dans la vallée de la Jordanne. C’est aussi la remémoration d’un moment heureux avec l’être aimé quelque part dans le désert tunisien. Cette hédonisme tempérée ne peut se vivre sans une libération complète de certaines entraves.
Le propos de Barnabé Laye, non sa poésie est engageante par le fait qu’elle ne répond à aucune assignation, aucun enfermement. Elle est le fait d’un homme qui semble libre de ses faits et gestes, en phase avec l’origine après l’avoir sereinement ausculté. J’aime les doubles sonorités du propos métissé de cette oeuvre quand le lecteur pourra entendre un parole écologiste de cet homme qui parle et se confie à un arbre là où tout élément ayant baigné dans l’animisme reconnaitra le rapport respectueux passant par la parole entre l’homme et la nature. On pourrait beaucoup écrire encore sur Fragments d’errance, mais l’idéal serait de se procurer le texte, d'aller en bord de Seine ou de Marne et déclamer les vers du poète béninois.
Barnabé Laye, Fragments d'errances
Editions Acoria, Première parution en 2016.
Prix Aimé Césaire de la Société Française des Poètes
Copyright Photo - Gangoueus

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