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Littérature étrangère: trois incontournables de l'an passé à rattraper pour l'été

Par Filou49 @blog_bazart
02 juillet 2016

  Avant de tirer un trait sur cette saison littéraire 2015/2016, encore trois conseils de romans en littérature étrangère parmi des incontournables et grands romans à ne pas manquer :

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1.La neige noire ; Paul Lynch ( Albin Michel)

« Le problème avec vous tous, c’est que vous accordez trop de place aux souvenirs. Vous vivez uniquement dans le passé. C’est la règle, par ici. Vous vivez en compagnie de fantômes, en vous apitoyant sur votre sort. Le regard constamment tourné en arrière. Incapables d’envisager l’avenir, de faire progresser ce pays. »

 Irlande 1945. Après avoir travaillé aux États-Unis à la construction des gratte-ciels newyorkais, Barnabas Kane reviens au pays. Il pense que la toute nouvelle république d’Irlande va lui ouvrir grand les bras. Il est revenu avec Eskra son épouse américaine d’origine irlandaise et Billy leur fils d’une douzaine d’années pour devenir éleveur. Le Donegal est une région austère et difficile, un bout de terre perdue qui a façonné ses habitants à son image et lorsque l’on a quitté le Donegal c’est en étranger que l’on revient au pays. L’incendie de la ferme, d’origine douteuse, qui décime le troupeau et coûte la vie à un ouvrier agricole va mettre à nu les rancœurs et les jalousies enfouies. Un retour au pays qui tourne mal.

Nous sommes au milieu du XXe siècle mais ce pourrait être le XIXe tant le temps semble s’être arrêté dans cette région du nord de l’Irlande. Dans ce roman naturaliste à l’écriture précise et hyperréaliste, Paul lynch décrit une communauté âpre, dure et féroce. Barnabas devra combattre cette société corsetée et enfermée dans des superstitions qu’il pensait d’un autre âge. Dans cette société encore féodale, les gens n’ont de chrétien que le nom. Un roman fort et violent qui sent la bruyère et la tourbe humide.

 2.Reconstitutions ; Nick Flynn ( Gallimard Etranger)

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« C’est Bob qui va jouer ton rôle, dans l’adaptation de ce livre au cinéma. C’est pour ça qu’on est là, il voulait te rencontrer. Il jette un œil à De Niro, comme s’il le remarquait pour la première fois. Alors comme ça, vous faites un peu l’acteur ? demande  mon père. Et ça vous plait ? De Niro sourit, hausse les épaules : Ouais, je fais un peu l’acteur. »

Nick Flynn a connu le succès en 2006 avec son roman « Encore une nuit de merde dans cette ville pourrie » .Il y racontait le suicide de sa mère, qu’il n’a connu que dépressive et, alors qu’il travaillait dans un centre d’hébergement, la rencontre avec son père devenu sdf. Lourd très lourd héritage. Ce roman est devenu un film en 2012: « Monsieur Flynn »  Robert De Niro, et Julianne Moore interprétant ses parents et Paul Dano dans le rôle du fils. Difficile pour Nick de revivre cette triste histoire, surtout que Paul Weitz le réalisateur l’engage comme conseiller technique dans la préparation et le tournage du film. Difficile de voir sa mère se tirer une balle dans le cœur, ou bien de revoir son père se pisser dessus après une biture mémorable. Heureusement  De Niro, Julianne Moore et Paul Dano ont beaucoup de talent.

 De cette mise en abime, de cet effet miroir, Nick Flynn en tire un formidable témoignage. Un dialogue posthume avec ce père et cette mère, presque des inconnus, et surtout un dialogue avec lui-même. Chronique d’un tournage étonnant, voir les acteurs répéter autour d’une table fera dire à Flynn : «  c’est le jour des morts-vivants ». Sans pathos, avec une distance poétique et philosophique, le romancier sait aussi s’éloigner de lui-même pour nous raconter, grâce à de minuscules anecdotes, l’histoire de la création d’un film de fiction à partir d’un matériau réaliste, Hollywood sera toujours Hollywood. « Reconstitutions » est une autofiction riche, passionnante et universelle.

 3.Claire Messud, la femme d'en Haut ( Folio)

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"Ce n'est pas parce qu'une chose est invisible qu'elle n'existe pas. A chaque instant, une foule de créatures invisibles flottent parmi nous. Certains extralucides voient les fantomes, mais qui voit les émotions invisibles, les évènements impercetibles?"

  Nora, institutrice américaine d’une quarantaine d’années, célibataire sans enfant,  va soudainement voir sa vie bouleversée par l’arrivée d’une famille d’expatriés en provenance de Paris.composée d'une artiste italienne, d'un intellectuel d’origine libanaise professeur à l’École Normale et de  leur fils Reza udont Nora sera l'institutrice.

Portait toute en finesse et en intensité d'une femme sans histoire , en apparence bien dans sa peau, mais qui va s'évérer au final pleine de regrets et de renoncement inavoués dans une confession lucide et sans affect sur cette vie toute en obeissance et en résignation.

"Nous sommes la voisine sans histoires du deuxième étage au fond du couloir, celle dont la poubelle est toujours rentrée, qui vous sourit chaleureusement dans l'escalier et que l'on n'entend jamais derrière sa porte close. Dans nos vies muettes de désespoir, nous sommes cette Femme d'En Haut, avec ou sans foutu chat tigré ou fichu labrador qui court partout, et personne ne s'aperçoit que nous sommes furieuses. "

Par cette relation triangulaire qui va renvoyer  la narratrice à ses espoirs et ses rêves, mais aussi ensuite à ses doutes et interrogations existentielles, La femme d'en haut s'avère être un très beau  roman  qui nous fait penser mine de rien aux romans victoriens, sur ces femmes prisonnière des conventions, , et qui essaient de s'en affranchir. à n'importe quel prix.

L'écriture sobre, gracieuse et élégante de Claire Messud, une des grandes romancières américaines, dont tous les romans ne sont pas encore traduits en français rend un bel hommage à tous ces femmes- et ces hommes aussi- persuadés d'être transparents dans nos grandes villes.


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